‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 92 sur 95 · soüvENms · texte numérisé non relu

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ver la terre, de fertiliser les champs, de faire croître les arbres , de fouiller des mines , d’ouvrir des canots, de fabriquer des draps 'et des toiles , de se rendre plus dispos à la ffuerre ; mais une grande population doit offrir des contrastes , et il est bon que les individus qui la composent soient diriges par des instincts diffe'rens ; que si los uns attachent leur gloire à exterminer les hommes, les autres la mettent à les gue'rir , ou à relever des édifices que la barbarie a renversés. S’il en est beaucoup qui se complaisent dans Jl’ignorance, dans l’irréflexion , il est heureux que quelques êtres privilégiés anoblissent l’espèce humaine par le savoir et de hautes pensées , et que le génie ten^e de

franchir le cercle des idées vulgaires.

« J’admets à mes concerts et souvent à ma table des poètes fiançais dont les sallies fines et ingénieuses m’amusent; des académiciens dont les démonstrations^l-ectlfientma tactique. Tout bien considéré, je recueille plus de fruit de la société de ces*lettrés , que de celle de mes taciturnes barons qui se battent bien et boivent encore mieux.

« Je bannirais sans pitié de nies états l’insensé assez aveugle pour nier l’existence d’un Dieu , principe de toute création ; je ferais punir

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comme perturbateur ror^ueilleiix qui prétendrait asservir à sa croyance le catholique , le luthérien , le calviniste , l’anabaptiste. J’exige de toutes ces sectes respect et silence sur tous les rites, jusqu’à ce qu’il plaise ù l’auteur de la nature de manifester^ d’une manière incontestable quel est celui de tous qu’il daigne agréer. Si parmi les créateurs de systèmes politiques , il en était un seul qui osât publier que mon autorité n’est ^ue celle du plus fort, que le prince royal , héritier légitime de mà couronne , ne devra la porter qu’autaut que mon peuple la lui aura déférée, que mes soldats, payés de mon trésor, sont plus ceux de la nation que les miens , et qu’ils lui doivent obéissance et fidélité, je ferais conduire ces novateurs loin de mes frontières et je les ferais punir de mort, s’ils osaient reparaître dans mes états , ainsi que tous ceux qui tenteraient de faire propager cette in. fàme doctrine. Je ne ferais pas un crime aux écrivains qui exposeraientau grand jour les abus d’autorité, les prévarications, les exactions, mais j’exigerais de ceux qui les auraient révélées , qu’ils se nommassent, qu’ils en donnassent les preuves j je récompenserais leur zèle s’ils avaient dit la vérité, et je les condamnerais à une détention plus ou moins longue , à une

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amende plus pu moins forte , en raison de la gravité de la calomnie. t

J'ai une trop haute idée delà majesté royale pour croire que les traits d’un libellisle f d’un satirique ^puissent arriver jusqu’à moi, mais s’ils étaient dirigés cou^e un membre de nia famille, la réclusion et une flagellation sévère seraient la punition de cet outrage. d

En vous exposant mes principes , mon ini-.

tention , M. le Cardinal , n’est pas qu’ils servent de règle à* votre gouvernement : je rends le mien le plus juste qu’il m’est possible et je ne censure point les autres. Je trouve bon que l’Espagne ait des inquisiteurs puisqu’ils conviennent à ses mœurs , ià ses habitudes , mais tant que je serai roi , ce tribunal ne jettera janiais l’épouvante dans mes provinces. Je respecte le' pape , parcequ’il est pontife et souverain ; 'ses ■foudres ne^ m’elfraient point. Je tolérerai ses missionnaires tant qu’ils se borneront a pret;her la charité , l'humilité chrétienne et la douce morale de l’évangile j si leur zèle les emportait jusqu’à damner de leur seule autorité ceux de mes sujets qui ne croiraient pas tout ce qu’il leur plairait d’annoncer comme des vérités incontestables , j’exigerais impérieusement qu’ils allassent exeïçer leur terrible ministère

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parmi des nations moins accessibles que la Prusse aux lumières de la raison.

Je de'sire, M. le Cardinal, que ma profession de foi politique qui , peut-être, ne s’accorde pas avec la vôtre , ne me fasse rien perdre de votre confiance dans le traité qui me lie avec votre souverain. J’ai comme lui la ferme ibtenlion d’abaisser une puissance qui ne cherche qu’à s’étendre et voudrait se perpétuer dans une domination absolue sur tous les princes de l’Allemagne. Je ne vous dissimulerai pas que je désirerais que le maréchal de Broglie mît plus d’activité dans ses marches , et que ses plans fussent plus d’accord avec ceux deM. de Belle- Isle. Q u’on ne m’exposât point à supporter seul tout le poids des forces de la maison d’Autriche. Déjà ses succès commencent à me faire crain- ' dre qu’on ne se soit trop hâté de couronner le nouvel empereur. La difficulté n’était pas dé le pVoclamer sous ce titre , mais de l’attacher pour jamsfis à son électorat. Je salue votre éminence et fais des vœux pour la conservation de vos jours précieux à la France et au prince que vous éclairez de la sagesse de vos conseils. *

SOüVENlUS

TRISTES PRESSe'nTIMENS

.DE l’auteur.

Je m’occupais de corriger la dernière épreuve de mon ouvrage, lorsque je vis arriver jusqu’à moi un ancien oratorien plus respectable encore par scs vertus que par ses lumières et son grand-âge. Je le vois, m’a-t-il dit, vous voulez vous- créer de nouveaux ennemis, vous alleis donner le jour à des pensées qui ne se trouveront d’accord qu’avec celles que vous avez déjà publiées et qui ne corrigeront ni les pervers ni les ingrats. Je veux-vous le prouver : n’avezvous jamais vu dans la société une femme dont l’air sombre rembrunit le visage, qui concen-' tre un ridicule orgueil dans un silence obstiné, qui courbe sa tête pour ne pas rendre le salut à ceux qu’elle feint de ne pas voir, eh bien 1 je lui demandais il y a quelques jours pourquoi elle affectait tant de dédain pour des femmes • aimables et spirituelles qu’elle voyait autrefois. C’est, me répondit- elle , qu’elles ne sont pas de véritables royalistes. R me semble , répli-

quai-je, qu’il est impossible d’avoir pour le roi un plus sincère attachement que celui dont elles sont péne'trées , il n’y a pas de sacrifices qu’elles ne soient disposées à faire pour, le maintenir sur son trône et fortifier sa prérogative , et cependant on ne les voit ^oint briller des faveurs de la bonté royale. Je m’inquiète fort peu , repartit-elle avec humeur , du sentiment intérieur de ces dames, il me suffit de savoir qu’elles «ont engouées de la Charte, pour que je ne veuille avoir rien de commun avec elles. Je me permis de lui observer que ce n’étalt pas être anti-royaliste que d’aimer un^Ioi créée par le roi ; qu’il déclarait sans cesse être une de ses plus heureuses conceptions. Cela peut-être , me répondit-elle , mais nous nous plaisons à croire le contraire , et nous ne nous trouvons bien qu’avec les personnes qui parlent et pensent comme nous ; vous imaginez , continua-t-il , qu’à ce puissant argument je n’opposai que le silence.

Je vais maintenant vous donner une autre preuve de ténacité dans un opinion contraire. Je rencontre quelquefois au parc un de mes anciens élèves, qui n’a pas, comme tant d’autres, perdu le souvenir des leçons que j’ai données à sa jeunesse. Ce jeune homme, fils d’un père

bien estimable , apprit, pendant qu’il combattait pour la republique, quel’auteur de ses jours , avait péri sous le glaive de la re'volulion. Cette affreuse nouvelle ne refroidit pas son zèle : atta*. ch^depuis à la destinée du grand exterminateur des hommes, il a combattu pour lui avec la meme valeur , il l’a suivi dans toutes ses campagnes jusqu’à celle de Moscow, où l’une de ses jambes a été saisie d’un froid si âpre, qu’elle en est demeurée paralysée, et n’est plus, pour lui qu’un membre inutile dont il faudra peutêtre qu’il se détache, eh bien ! le croiriez-vous ? ceti sensé , devenu orphelin parja révolution , dont toute la fortune a été envahi# par la république, qui n’a pu obtenir d’autre récompense qu’un ruban qui répand quelque lustre sur la vétusté de son vêtement , qui n’a d’autres moyens d’existence qu’une modique pension de retraite que lui accorde le gouvernement, regrette encore celui» qui l’a si faiblement dédommagé de ce qu’il a perdu.

Jugez, poursuivit-il, d’après ces deux exemples que je me borne à vous citer, de l’effet que vous pouvez vous promettre de vos discours et de vos pensées.

Croyez-moi soyez assez sage pour cesser de vouloir faire entendre le langage de la raison

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^ des sourds et faire luire le flambeau de la vérité pour des aveugles.

Je l’avoue, cos observations troublèrent tellement mon esprit que je n’aurais pas hésité à «replonger mon ouvrage dans les ténèbres, si l’impression n’en eût pas été presque achevée.

^ Et en effet, de quelle stérilité n’ont pas été déjà frappés les projets que j’ai publiés dans mes Réflexions morales sur les délits publics et privés (i), qui avaient pour objet de concilier notre législation criminelle avec les règles d’une sévérité plus équitable ; d’étouffer les infanticides , et de transformer un jour en milice nationale cette nâultitude d’orphelins qui n’ont plus que la patrie pour mère.

(i) Le gouvernement , en plaçant cet ouvrage au nombre des livres classiques , déclara qu’il convenait particulièrement aux disciples près àe iortir des lycées. Un génie mal&isant ne s’opposa pas moins à ce qu’il pénétrât dans les collèges, et fût donné en prix aux jeunes disciples couronnés. #

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