XVI INTRODUCTION
dans notre histoire jusqu'aux temps mérovingiens et (ians celle de l'Angleterre jiisciu'à la conquête normande.
Cette idée d'une persistante hostilité de race sur un même sol et dans une même patrie n'était pas absolument neuve. Siéyès l'avait développée dans une retentissante brochure à la veille de la Révolution, dénonçant dans l'Aristocratie la race conquérante et poussant la race conquise, le Tiers, à ressaisir enfin ses dioits usurpés. Au moment même où Thierry allait se mettre au travail, le problème se posait à nouveau dans toute son irritante acuité. M. de Montlosier dans un insolent manifeste venait de reprendre, en sens inverse, la thèse de Siéyès et il criait à la bourgeoisie sa condition subalterne : « Race d'afTranchis, race d'esclaves arrachés de nos mains, peuple tributaire, peuple nouveau, licence vous fut octroyée d'être libres, et non à nous d'être nobles; pour nous tout est le droit, pour vous tout est de grâce. Nous ne sommes point de votre communauté; nous sommes un tout par nous-mêmes. Votre origine est claire; la nôtre est claire aussi. » Thierry releva l'insulte avec une fierté indignée : « Le ciel nous est témoin que ce n'est pas nous qui avons les premiers évoqué cette vérité sombre et terrible qu'il y a deux camps ennemis sur le sol de la France... Le génie de la conquête s'est joué de la nature et du temps; il plane encore sur cette terre malheureuse... La noblesse actuelle se rattache par ses prétentions aux hommes à privilèges du XVK' siècle; ceux-là se disaient issus des possesseurs d hommes du Xllb' siècle qui se rattachaient aux Franks de Karl le Grand, qui remontaient jusqu'aux Sicambres de Chlodowig... Nous sommes les fils du Tiers-Etat... Ainsi de formule en formule, à travers .• l'intervalle de quinze siècles, nous sommes conduits aux termes extrêmes d'une conquête qu'il s'agit