INTRODUCTION XVII
d'cflaccr. » On peut dire que la Conqiicle d'Anglelcrre n'est d'un bout à l'autre que l'illustration de cette doctrine des races en perpétuel conilit.
L'œuvre se divise naturellement en trois parts : les préliminaires de la conquête; la conquête proprement dite; les suites de la conquête.
Avant de passer au détail de la grande lutte épique qui sera le centre de son ouvrage, l'historien nous fait prendre contact avec les races qui vont entrer en conflit. Il nous promène sur le sol qui sera le théâtre de la lutte, car il estime que le milieu géographique doit être reconstitué si l'on veut avoir la claire intelligence de l'âme des peuples qui vont y évoluer. « Tel le nid, tel l'oiseau » dira plus tard Michelet, donnant la formule heureuse d'une idée dont Voltaire avait eu la divination. Et Thierrj' s'eflbrce donc à nous restituer la physionomie du « nid » anglo-saxon, du repaire des pirates normands. Après quoi, pénétrant au dédale des opérations militaires, il suit ses héros pendant la conquête, soutient de ses évidentes sympathies le vaincu dont il écrit « l'épopée ». La conquête achevée, il nous fait assister à l'expropriation saxonne, au dépeçage du territoire anglais, à la naissance de la haine contre le vainqueur, jusqu'à la fusion apparente des races antagonistes.
Le plan d'ensemble s'organisa dès l'abord avec une prompte aisance dans la tête de l'historien, mais l'exécution du détail lui coûta de laborieux efî'orts et lui fit éprouver les longues angoisses de la création littéraire : « J'étais incessamment ballotté entre deux écueiis, dit-il ; je cheminais entre deux périls : celui d'accorder trop à la régularité classitjue, de perdre ainsi la force de la couleur locale et la vérité pittoresque; et celui, plus grand encore, d'encombrer ma narration d'une multitude de petits faits, poétiques peut-être, mais incohérents et dépourvus de gravité...