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INTRODUCTION XIX

m'avait été rendue moins pénible, écrivait-il, par les soins empressés d'une amitié qui m'est bien chère. C'est à M. Armand Carrel, dont le nom est célèbre aujourd'hui, que je dois d'avoir franchi sans hésitation ce pas diflicile. » Les deux amis revirent ensemble et remanièrent profondément ces Lettres sur l'Histoire de France dont nous avons parlé et qui avaient si bruyamment ouvert les hostilités romantiques. L'historien retiré sous sa tente, triomphant et malade, travaillait maintenant sans fièvre, ni batailleuse ardeur. La sérénité nécessaire à l'Histoire était, avec l'isolement, descendue dans son âme, et tout son effort tendait maintenant dans cette rédaction nouvelle à atténuer les tons que la polémique avait exaspérés, à adoucir les acides de sa pensée première. Rédigées dans cet esprit ajjaisé si favorable à l'impartialilé, les Lettres parurent en 1827, et valurent à l'auteur une pension de 1500 livres qu'il n'avait pas demandée.

Mais la refonte des Lettres avait achevé de l'épuiser. En réalité, c'était une œuvre toute nouvelle qu'il venait d'écrire puisqu'aux dix premières lettres étaient venues s'en ajouter quinze autres totalement inédites. L'effort l'avait brisé. En 1828, Thierry n'était plus qu'une ruine humaine. Ravagé par une terrible maladie nerveuse, perclus de paralysie, il dut déposer la plume : « Je fus contraint de m'avouer vaincu, dit-il, et pour sauver, s'il en était temps encore, les derniers restes de ma santé, je renonçai au travail et je quittai Paris. »

Dans l'ensoleillement d'une paisible plage provençale un peu de santé lui revint. Il en prolita pour reviser sa Conquête normande, préoccupé plus que jamais de vérité scrupuleuse, s'elforçant de supprimer les luxuriances de sa première rédaction et de communiquer à tout son récit le calme rayonnement de son Ame pacifiée. Sur sa route, la Providence mit alors une admirable femme, yv^^' de Quérangal qui

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