XXII INTRODUCTION
Grégoire de Tours auxquelles il sut rendre la saveur de poésie et la vie qu'elles n'avaient pas toujours su garder sous la plume du vieil historien. L'érudition est formidable dans cette dernière œuvre mais se dissimule avec une charmante discrétion; elle essaie de se faire oublier et pardonner. Nulle part plus parfaitement qu'en ces alertes récits il n'a réalisé son rêve esthétique, libéré qu'il était de préoccupations utilitaires. Tout au plus peut-on lui reprocher avec M. Godefroy Kurth d'avoir trop cédé au charme poétique de son sujet et d'avoir dérobé aux vieux poètes, aux vieux chroniqueurs, ses modèles, une parcelle de cette imagination mythique qui magnifie tout ce qu'elle touche. Chacun de ces Récils est un petit monde à part, un canton d'art autonome ; il a sa vie propre et son symbolisme spécial. Chacun d'eux a pour mission de nous suggérer, de nous .s/V/n/Z/^r un des aspects caractéristiques de ce monde tumultueux qui s'organisait si laborieusement dans la lutte et dans le sang. Ils sont tous une synthèse à qui l'on pourrait ajouter un sous-titre, comme l'a fait d'ailleurs l'auteur lui-même : « Bien que remplis de détails et marqués de traits essentiellement individuels, dit-il, ces Récits ont tous un sens général facile à exprimer pour chacun d'eux. L'histoire de l'évêque Praetextatus est le tableau d'un concile gallo-frank; celle du jeune Mérowig montre la vie de proscrit et l'intérieur des asiles religieux; celles de Galeswinthe peint la vie conjugale et les mœurs domestiques dans les palais mérovingiens ; enfin celle du meurtre de Sighebert présente, à son origine, l'hostilité de plus en plus nationale de l'Austrasie et de la Neuslrie. » Par leur richesse de coloris, par la coquette aisance de leur style, les Récits sont et demeureront une des œuvres les plus populaires de notre Littérature. Thierry avait trouvé