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XXVI INTRODUCTION

temps et de tous les lieux, se trouve dans la doctrine catholique. Toute la vérité s'y rencontre et 1 on est dans le faux à mesure que l'on s'en éloigne... D'aucun côté je ne vois aucune bonne raison contre la religion catholique. Quant aux préceptes de l'Eglise, tout y est bon, raisonnable, salutaire, tout jusqu'aux moindres pratiques : on ne peut en omettre aucune sans avoir à le regretter. N'hésitons pas. Il faut arriver là. La véritable philosophie, la vraie sagesse pratique y conduisent de plus en plus. »

Il mourut le 22 mai 1856, après une agonie longue et douloureuse, assisté du curé de St-Sulpice, M. Hamon, qui lui donna les derniers sacrements. Quelques jours après sa mort, un autre de ses amis, illustre converti lui-même, pouvait écrire ces lignes émues par lesquelles nous concluerons celte rapide étude : « Grâce à Dieu, l'homme excellent que nous regrettons est mortdans le sein de l'Église catholique. Parti, comme beaucoup d'entre nous, de l'incrédulité complète, ainsi qu'il me l'a dit lui-même, l'étude sincère des hommes et de l'histoire lui avait depuis fort longtemps appris que l'incrédulité n'explique pas le uionde et que la force vive qui mène le genre humain, c'est la Religion (') ».

Francis VINCENT.

(}) Le Père Gralrij par A. Chauvin, p. 363. Paris, Blond.

Augustin THIERRY

^y Dix Ans Etudes Historiques

Jugement sur Cromwcll

A propos de l'Histoire de Cromwell par M. Villemain.

Il n'y a peut-être pas de pays où l'on ait moins lu qu'en France les faits de l'histoire de Cromwell, et il n'y a pas de pays où l'on affirme plus intrépidement que Cromwell est grand. Il ne faut qu'un peu de mémoire pour découvrir d'où nous vient cette opinion consacrée, et qu'elle est pour nous une partie des traditions de l'ancien régime. Dans le temps où l'anglais Sydney, chaque jour de sa vie, appelait Cromwell tyran, et agissait en conséquence de cette malédiction répétée, dans ce temps-là, le ministre français Mazarin le saluait comme le génie du siècle, et le roi de France Louis XIV se tenait la tête découverte en parlant à ses ambassadeurs. Voilà les opinions imposantes, sans doute, qui ont formé la nôtre. Le jugement de Sydney a disparu devant ces grandes autorités. Qu'est-ce, en effet.

À AUGUSTIN TIUEURY

qu'un factieux en présence de deux hommes d'état? De quel poids peut être la raison de celui qui n'a su que mourir pour la liberté, devant la raison d^ ceux qui ont su g-ouverner en paix et longtemps ? Sydney, il est vrai, a pour garant de son jugement sur Cromv/ell la conscience du peuple anglais énoncée par dix ans d'insurrections continuelles. Mais aussi, Louis XIV et Mazarin ont pour eux Christine, reine de Suède, qui admirait Crorav/.-ll d'avoir chassé le parlement ; le roi de Portugal, qui le nommait tendrement son frère, le roi d'Espagne qui l'engageait à se faire roi, et lui offrait ses secours ; et le prince de Conti, qui parlait de Richard, fils de Cromwell, comme du plus lâche des hommes, parce qu'il n'avait su être que citoyen.

Ce n'est pas un paradoxe de dire que le prestige qui s'attache au nom de Cromwell, dans l'esprit de ceux qui ne connaissent de lui que son nom est l'ouvrage des hommes du pouvoir et des écrivains pour le pouvoir. Clarendon éloigné de l'Angleterre durant toute la révolution, admire en rentrant avec Charles II, l'anéantissement de la liberté, l'abattement des esprits, la facilité de l'obéissance, l'énormité des taxes et de l'armée; et à cette vue, il célèbre dans un livre, écrit pour le roi, les grandes choses que l'usurpateur a faites. Le poète Cowley, qui avait assisté à la création de ces grandes choses, et qui en avait subi sa part, n'en est pas aussi joyeux que le lord Clarendon; quand il veut parler du Protecteur, il ne trouve sous sa ;plume que ces mots d'une énergie sombre : « Cet homme se jouait de nos souffrances. » Le nom du

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héros ds Mazarin, a été, durant sa vie, fort à la mode dans les cours, et fort peu chez les nations. Nous n'étions pas alors une nation libre; mais le peuple de Hollande en était une; et l'on peut voir dans les livres du temps, ce qu'on y pensait, ce qu'on y disait du destructeur de la liberté anglaise. Nous sommes une nation aujourd'hui ; ce n'est pas une raison, sans doute, pour croire ce que les nations ont cru, mais c'en est une pour lire sérieusement, pour penser d'après nous-mêmes, et pour secouer le jou^ des admirations de Louis XIV et des anathèmes du prince de Con i.

Nous aimons la liberté, nous la cherchons; et le nom de ceux qui l'ont aimée, qui l'ont cherchée, est aussi inconnu de nous que s'ils n'avaient pas existé. Combien d'entre nous connaissent Ludlow, Harisson, Vane, Haslerig, et même le grand Sydney ? Une bouche française aurait peine à prononcer res noTis étrang-ers; mais nos enfants apprennent à bégayer le nom du protecteur Cromwell, Le Gaulois l'avait bien dit : « Malheur aux vaincus ! » L'opinion humaine est souvent infidèle à la cause de l'humanité même. En présence du vainqueur d'une révolution, quand le champ de bataille est déblayé, quand le triomphateur est le seul homme qui soit debout et qui se montre, le souvenir de cette grande défaite se réduit bientôt dans notre esprit à quelques espérances trompées, à quelques convictions démenties, à quelques chimères évanouies. Notre intérêt, qui veut toujours s'attacher à quelque être sensible, se retire sans peine de ces objets métaphysiques, et, faute d'aliment, il se livre à la fortune du vainqueur, à la

fortune de notre propre ennemi. Nous jouissons de sa joie; nous mêlons notre voix aux acclamations qui proclament notre néant. Tel est le fatal entraînement de la sensibilité humaine : les Français en ont fait l'expérience.

Mais sachons que ce ne sont point de pures abstractions que ces espérances, ou, si l'on veut, ces chimères de liberté, à la destinée desquelles nous savons si difficilement compatir. Elles avaient pris racine dans des cœurs d'hommes; elles s'y étaient attachées invinciblement; elles n'ont pu cesser d'exister, sans que ces cœurs aient cessé de battre. Voilà le souvenir que nous ne devrions jamais perdre.

Le mérite de M. Villemain est d'avoir été plus juste que la destinée aveugle, et d'avoir relevé ceux qu'elle avait couchés par terre : historien du vainqueur, il s'est fait l'ami des vaincus; il a mis sous nos yeux, à côté du triste spectacle des défaites de la liberté, le tableau de ses luttes diverses, et des vertus qui la défendaient. La constance et les malheurs des patriotes, les protestations énergiques des villes, la résistance d'un simple marchand, les souffrances obscures d'un écrivain, occupent une grande place dans ses pages. Il n'a point oublié de signaler les grands caractères et les entreprises périlleuses de ceux qui s'indignaient que la liberté anglaise fût perdue, après tant de sang versé pour elle. Ceux qui ont critiqué son ouvrage ont peu remarqué ce soin, qui est l'un des meilleurs titres de l'auteur à l'estime publique. Parmi tant de caractères heureusement tracés, le seul qui paraisse avoir frappé les yeux est celui de

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