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INTRODUCTION V

d'historien, et, devant l'insuffisance notoire des œuvres, historiques parues jusqu'alors, une grande ambition s'éveillait en lui : « planter pour la France du XIXe siècle le drapeau de la réforme historique. »

En attendant que ce rêve prît corps et se réalisât dans une œuvre patiemment mûrie, il bataillait dans le Censeur Européen à coups d'arguments d'histoire fraîchement exhumés des archives. Ce n'était pas là, certes,^ de la science sereine et impartiale. Thèses hâtives et conduites à la baïonnette, œuvres circonstancielles de combat quotidien, sentant la poudre, ces articles improvisés ont laissé passer plus d'une bévue et plus d'un jugement mal fondé. Mais ces ardentes pages de vive polémique écrites avec une sorte de griserie dans le bruit de la bataille, révèlent déjà tout le génie précis et coloré de celui qui écrira les Récits mérovingiens. Quelques-uns de ces fragments, « ébauche première de ce qui, plus tard, a formé des volumes », seront recueillis un jour par l'auteur, et composeront ce précieux volume qui nous est parvenu sous le titre de Dix Ans d'Eludés Historiques. Toutes les grandes idées directrices qui inspireront son petit coup d'état littéraire sont là en germe : rôle historique de la conquête, portée du mouvement communal, importance du peuple et des foules anonymes dans la vie des nations. Il n'aura plus tard qu'à les expliciter et à les confronter avec les faits. Mais, dès lors, il lient son système. Le malheur c'est que toute sa puissance de divination historique est provisoirement asservie à ses conceptions politiques : « Si je songeais à devenir historien, dit-il, c'était à la manière des écrivains de l'école philosophique, pour abstraire du récit un corps de preuves et d'arguments systéraaticjues, pour démontrer sommairement, et non pour raconter avec détail ». Nous allons le voir se dégager de ce point de vue étroit et devenir le chef de la grande école narrative qui achèvera de s'illustrer avec Thiers et Michelet.

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