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II. — Lettres sur l'Histoire de France

Tout dans la carrière de Thierry se fait par brusques éclairs et voltes-faces inopinées. Son quotidien commerce avec les vieilles chartes et les grandes collections historiques lui avait révélé, dans une illumination soudaine, sa vocation de pur historien, libéré d'immédiate contingence. Ses articles du Censeur Européen étaient la première escarmouche en faveur de la grande rénovation dont il rêvait. Il restait à poser les conditions de lArt futur, à tracer la voie que les jeunes écrivains lassés des méthodes surannées devraient suivre pour donner une histoire renouvelée : « Je sens en moi, écrivait-il, la conviction profonde que nous n'avons point encore d'Histoire de France, et j'aspire seulement à faire partager ma conviction au public, persuadé que de cette vaste réunion d'esprits justes et actifs, il s'élèvera bientôt de nombreux candidats pour les hautes fonctions dhistoriographc de la liberté française. » Il s'agissait donc de faire partager au public français la conviction que l'Histoire n'existait pns encore chez nous : c'était le côté négatif de la réforme. Et il s'agissait de dresser pour. les jeunes « candidats historiographes » les lois du genre transformé : c'en était le côté positif. Le Censeur Européen venait de disparaître brisé par la censure. Thierrj' entra au Courrier français et, sans désemparer, commença sa croisade.

Le 13 Juillet 1820 parut la première de ses Lettres sur l'Histoire de France. C'était une déclaration de guerre, une brujante passe d'armes, contre les ignorants rhéteurs qui s'étaient mêlés jusqu'alors d'écrire l'histoire. Le camp antilibêral poussa un cri de colère, et les routiniers lecteurs du journal, tranquilles bourgeois férus de tradition, s'eifarèrcnt. On pria Thierry d'apaiser ses ardeurs et d'éclaircir son encre. Il ne voulut rien entendre, sentant qu'il avait le vent dans

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