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INTRODUCTION VU

SCS voiles et que, désormais, le classicisme aurait beau se trémousser, la réforme aboutirait.

Il quitta le Courrier français et se livra pour un temps à l'étude désintéressée de la conquête normande. Mais plus tard il reviendra à son œuvre de polémiste et de théoricien ; il achèvera ses Lcllrcs sur l'Histoire de France brusquement interrompues, les remaniera, les complétera, et l'ouvrage, mis au point dans la pleine maturité de son talent, constituera comme le manifeste de la jeune école historique. Ces Icllres seront, pour ainsi dire, la Préface de Cromwell de l'Histoire. Toutefois, n'y cherchons pas une œuvre longuement méditée et didacliqueraent construite" Ces feuillets jetés dans la bataille, au jour le jour, nous livrent la doctrine de l'auteur dans l'inévitable désarroi de l'improvisation, sans ordre rigoureux ni méthode discernable. La partie critique et négative ne se dislingue pas de la l)artie constructive, et ce n'est que par un artificiel travail d'abstraction que l'on peut les dissocier.

L'attaque contre les historiens de l'époque précédente est brillamment contluite par Thierry, mais elle n'est pas exempte des quelques excès familiers à tous les novateurs. L'enivrement du combat, l'insufTisance de son enquête, l'empêchèrent de percevoir nettement dès l'abord les services éminents rendus à la science par les grands travailleurs de l'Ecole bénédictine. Plus tard, il reconnaîtra son erreur et, loyalement, rendra justice à ses laborieux devanciers : « A Dieu ne plaise, dira-t-il, que j'atténue en quelque chose la grande Ecole d'érudits antérieurs à la Révolution ! Quel que soit le progrès actuel, quel que puisse être le progrès à venir, cette gloire restera belle et intacte. Les œuvres des Bénédictins de Saint-Maur et de Saint- Vannes et celles des savants laïques qui les ont imités sont, comme l'a dit un écrivain de génie, l'intarissable fontaine où nous puisons tous. Ils ont recueilli et mis au jour un monde de faits enfouis dans la poussière

VIII INTKODUCTION

<ïes archives ; ils ont fondé la chronologie, la géographie, la critique de l'Histoire de France. » Mais, dans le premier moment, il ne vit que l'archaïque bastion du classicisme à démanteler et il poussa sa charge contre l'obstacle sans faire les nécessaires distinctions. Avouons d'ailleurs que l'œuvre incolore, froidement pompeuse, sans critique, des Mézera}', des Daniel, des Velly, des Anquctil, avait de quoi déchaîner la verve incisive du réformateur. Depuis le XV!»^ siècle, à la suite de litalien Paul-Emile qui considérait l'histoire comme un thème à littérature, nos historiens avaient gaspillé tout leur savoir-faire dans l'élaboration de beaux récits imaginaires et de solennelles harangues. Pour eux, comme pour Cicéron, l'histoire était un département de l'éloquence : inuniis ordlorhim. Le passé français leur était à peu près inconnu, et le Moyen-Age leur appar;;issait, ainsi qu à Boilcau, comme une époque de sombre barbarie à jamais indéchifTrable. A quoi bon, d'ailleurs, recourir aux sources quand le public ne leur demandait que d'élégantes narrations soigneusement rédigées. Pour le succès de l'entreprise, un ouvrage de. dixième main était plus sccourable que de rebutants grimoires d'archives. Mézcray avouait avec une parfaite bonne grâce (jue ce recours aux sources lui aurait donné bien de la peine et bien peu. de gloire. Ce touchant aveu révèle une mentalité singulière mais le public qui la rendait inévitable n'était-il pas plus coupable encore que les auteurs?

Le jeune théoricien vit aussi très clairement qu'une des plus fâcheuses tares de l'histoire, avant la Hévolution, fut de créer le passé à l'image du présent. Comme l'auteur de la Chanson de Roland qui nous peignit na'ivement des Sarrazins francisés avec des évèques mitres, des barons et des paladins, les historiens du XVIL' siècle, impuissants ù s'abstraire du

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