INTRODUCTION IX
spectacle somplueux qu'ils avaient sous les yeux, projetèrent sur les petites cours barbares du X'^ siècle les brillantes couleurs empruntées à la cour de f.ouis XIV. D'ailleurs, l'histoire, pour eux, n'était que l'histoire des rois, des princes et des chefs militaires. Encore ces rois n'étaient-ils que des abstractions de rois, sans physionomie distincte, simples entités (|u'on afTublait d'un nom et d'un numéro d'ordre : « On dirait (|ue c'est toujours le même homme et que par une soite de métempsycose la même âme, à chaque changement de règne, a passé d'un corps dans l'autre. »
Depuis la Renaissance, qui nous avait fait reprendre contact avec l'antiquité, sévissait aussi parmi nos historiens la manie de la harangue délibérative et du discours politique. A l'instar de Thucydide et de Tilc-Live qui faisaient parler leurs héros avec intempérance, les Du Haillan et les (iilles, leurs imitateurs scrviles parmi nous, composèrent pour leurs personnages, même incultes et barbares, des discours d'une tenue littéraire parfaitement déconcertante. Pharamond et ('lodion le chevelu ]);irlaicnl, dans leurs livres, avec un rafîincment d'élégance et une profondeur de sens politique dont ces cerveaux primitifs n'approchèrent évidemment jamais : « Dès les premières pages, dit Thierry parlant de Du Haillan, sa passion d'imiter les Italiens et de faire des harangues lui fait violer de la manière la plus bizarre la vérité historique. A propos de Faramond, roi dont l'existence est à peine authentique, il suppose une assemblée d'Etat, où deux orateurs imaginaires, Charamond et Quadrek, dissertent, l'un après l'autre, sur les avantages de la monarchie et sur ceux de l'aristocratie. » C'est déjà la scène de Cinna et de Maxime chez Auguste dans un temps où on en était encore au système des tribus et des clans !
Après avoir dénoncé avec une allègre virulence les