‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 16 sur 118 · XIII. Epitaphium Gualonis, Parisiensis episcopi · texte numérisé non relu

XIII. Epitaphium Gualonis, Parisiensis episcopi

Il en a commis une autre sous ce titre, sinon plus grave, du moins plus singulière. Voici la pièce, que

(1) Hildeberli vita, édit. Beaugendre, p. xxn.

(2) Duchesne, Scriptor., t. IV, p. 258.

(3) Hist. lit t. de la France, t. XI, p. 384.

(4) Ibid., t. XII, p. 374, 490.

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nous reproduisons, avec quelques changements nécessaires, d'après le n° 1529 de la Bibliothèque nationale, f*l. 103, d'où Beaugendre reconnaît l'avoir tirée :

Te, pater et pastor, vult sanum natus ovisque ;

Vota pater nati suscipe, pastor ovis.

Es mihi sisque pater, ex quo bonus, imo bonorum

Optimus ille pater destitit esse pater.

Ille pater mihi quœ de te dixisse recordor :

* Gualo, valent alii, prae valet hic aliis; Hune tibi trado patrem eu jus coramunico rébus,

Cui gravis hoc uno sum quia parco suis.

Romam vado, vale! > Romain se fixit iturum,

Sed melius potuit dicere : c Vado mori. »

Mors maie blanda viro minuensque quiète laborera,

Abrupit lucem nocte viamque mora.

« Nolo virum, dixit, gelidas sudare per Alpes;

Sed stet, sed maneat, sed moriatur, ait. > Vas fidei, vas justitiœ, vas simplicitatis

Occidit; illa, suo vase cadente, cadunt.

Sed te justitiœ vas supposuisse cadenti

Audio. Quod si sit nescio, sitque tamen.

Rien, comme il semble, de plus clair. Un certain Galon avait eu pour protecteur, peut-être pour parent, un évêque que la mort est venue récemment surprendre, lorsqu'il avait formé le dessein de faire le voyage de Rome. Cet évêque remplacé, Galon complimente son successeur, dont il sollicite en même temps les bonnes grâces. Dans le manuscrit, le titre de cette pièce est Gualo ad episcopum^ successorem patrui sui. Ainsi le titre ajoute quelque chose au contenu de la pièce. Mais c'est une addition qu'on accepte volontiers ; en effet Galon peut avoir été neveu de l'évêque défunt.

Mais ce qui n'est aucunement acceptable, c'est la fable que Beaugendre a pris la peine d'imaginer à l'occasion de cette pièce. Le compliment est, dit-il, une épitaphe. Qui l'aurait soupçonné? Et cette épitapheest celle xie Galon, évêque de Paris, Epitaphium Gualonis, Parisiensis episcopi, mort en février 1116. N'est-ii pas naturel que cet évêque ait eu pour neveu quelqu'un de son nom? Assurément. Eh bien, voilà pourquoi l'ingénieux Hildebert a, sous le nom de ce Galon fictif, dressé l'épitaphe du Galon réel, son vénéré collègue.

Cette fable n'a pas été critiquée par les auteurs de V Histoire littéraire. Ce qui nous étonne davantage, les auteurs du Gallia christiana l'ont formellement admise, et, reproduisant l'épitaphe, ils l'ont accompagnée de cette note explicative : Hildebertus, Turonensis archiepiscopus, Galoni cecinit nomine Galonis, forte nepotis, epitaphium successori inscriptum (1). Ainsi les auteurs du Gallia christiana, prenant à leur compte la fable de Beaugendre, l'ont même exposée plus franchement que lui.

Voici maintenant pourquoi Beaugendre l'a si laborieusement inventée. Il s'était persuadé, comme nous l'avons dit, qu'Hildebert devait être réputé l'auteur de toutes les pièces anonymes qui sont contenues dans notre n° 1529. Or, lisant dans une de ces pièces le nom de Galon, il se trouvait forcé de reconnaître la fausseté de sa conjecture ou de substituer d'une façon quelconque le nom d'Hildebert à celui de l'importun Galon.

(1) Gallia christ., t. VII, col. 57.

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Nous avons un Galon, ami de Baudry de Bourgueil, qui fut, dans les premières années du xu e siècle, un des maîtres les plus renommés et les plus remuants de l'école de Paris. 11 a fait des vers, et l'on en cite de très satiriques (1). C'est peut-être à lui qu'il faut rendre la pièce dont il s'agit.

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