‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 21 sur 118 · XVIII. Versus de quodam paupere · texte numérisé non relu

XVIII. Versus de quodam paupere

Cette longue pièce, composée tout entière de vers à triple rime, est un véritable tour de force de poésie léonine. Il faut d'abord en faire connaître le sujet. En effet Beaugendre Ta donnée sous un titre peu clair et d'après un texte tellement fautif, si souvent tronqué, qu'il est vraiment difficile de comprendre ce que l'auteur a voulu dire. Devant un juge comparaissent deux individus ruricoles, l'un pauvre, l'autre riche. Le pauvre accuse le riche de l'avoir contraint à lui vendre ses vaches, ses brebis et d'avoir ensuite empoisonné ses abeilles. Le riche présente sa défense. Quant à la sentence du juge, elle nous manque, mais elle nous importe peu. Si Ton veut lire cette pièce plus correcte et complète, avec la distinction des deux plaidoiries qui

sont ici confondues, on la trouvera dans le n° 6765 (fol. 60) de la Bibliothèque nationale.

Elle est d'un poète assez ingénieux, mais tout autre qu'Hildebert. Nous le prouvons d'abord par cette citation des deux premiers vers :

Yestra peritia, dum régit omnia, sidéra tangit, Dura domat effera (1), mitigat aspera, fortia frangit.

Ce sont des hexamètres dactyliques, et il y en a beaucoup de semblables dans la même pièce. Eh bien, si la Muse d'Hildebert s'est exercée sur bien des rythmes, elle a, comme* il parait, méprisé celui-là. On sait, en effet, positivement qu'Hildebert a seulement composé, durant tout le cours de sa vie, quatre vers dactyliques, qui sont bien différents de ceux qu'on vient de lire. Voici, sur ce point, le témoignage d'un de ses contemporains, Bernard de Morlas. Nous l'avons cité dans une autre occasion (2); mais il faut le reproduire ici : Id génies metri, tum dactylum continu/uni, exceptis finalibus, trocheo vel spondeo, tum etiam sonoritatem leoninam servans, ob sui difficultatem jam pêne, ne dicam penitus, obsolevit. Denique Hildebertus de Lava/rdino,.. % Wichardus, Lugdunensis canonicus, versificatores prœstantissimi y quant pauca in hoc contuleru/nt palam est; quorum Hildebertus , dum illam beatam peccatricem Mariam, loquor Mgyptïacam, hexametris commendaret, hoc métro tantum quatuor coloravit versus, Wichardus vero plus minus triginta

(1) Dans le texte de Beau gendre il y a effeta ; ce qui ne signifie, rien. De plus, le vers est faux.

(S) Not. etewtr. des man., t. XXYII, 2« partie, p. 24.

d'hildebert de làvàrdin 39

in sua contra qiwsdamsatyra (1). Ce témoignage, digne d'une entière confiance, nous apprend d'abord que la pièce publiée par Beau gendre n'est pas d'Hildebert. N'est-il pas ensuite probable que, si l'auteur de cette pièce l'avait écrite avant Bernard, celui-ci n'en aurait pas ignoré l'existence? Nous la croyons, en effet, d'un poète postérieur à Bernard, Serlon de Wilton, le plus fécond inventeur de rythmes bizarres qui jamais ait existé (2).Notre conjecture sera facilement* admise quand on saura que le n° 6765, où nous invitons à lire cette pièce, en contient beaucoup d'autres du môme Serlon. Ce n'est pas, d'ailleurs la feule que nous ayons sur la même fiction, tirée des Déclamations que Burmann a publiées sous le nom de Quintilien (3). Dans le n° 1136 de l'Arsenal, fol. 35, se retrouve le discours du pauvre accusant le riche, en vers élégiaques, au nombre de deux cent quarante. La longueur de ce discours en est le défaut principal, car les vers sont généralement d'assez bonne facture. Si l'auteur de ce plaidoyer poétique est, comme on doit le croire, Pierre Riga, c'est une de ses œuvres les plus soignées et les plus estimables.

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