‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 31 sur 118 · XXVIII. Ad Odonem · texte numérisé non relu

XXVIII. Ad Odonem

Beaugendre suppose que cet Odon est l'illustre prieur de Gluny, qui devint pape sous le nom d'Urbain II. Les auteurs de V Histoire littéraire prétendent qu'il s'agit 'd'un autre Odon, cardinal, évêque d'Ostie. La pièce ne nous apprend rien sur le personnage auquel elle est adressée, sinon qu'il était poète. Quatorze des vers qui la composent ayant été publiés par Pithou, sous le nom de P. Terentius Varron (2), Burmann leur a donné place dans son Anthologie latine, les croyant d'un ancien, de Varron ou de tout autre (3). M. Riese les a néanmoins retranchés de son édition, après avoir reconnu, comme il le déclare, qu'ils avaient été donnés par Beaugendre sous le nom d'Hildebert. Signalons toutefois une faute ici commise par M. Riese. Après avoir rendu Peusemble de la pièce à notre évêque (4), il en a publié, d'après Gaspard de Barth, six vers détachés, les prenant pour un fragment sauvé d'un poème perdu (5).

(1) H. Hagen, Calai, cod. Bem. t p. 508.

(2) Epigrammata, p. 26.

(3) Anthol. lat. t 1. 1, p. 513.

(4) Anthol. lat., part. I, fasc. n, prœf., p. xxxvm.

(5) Anthol. lai., part. I, fasc. n, p. 340, n° 927.

Cette pièce n'est pas d'un ancien, Burmann l'aurait bien vu, s'il l'avait eue complète. Mais, publiée par Beaugendre sous le nom d'Hiidebert, elle Ta encore été par Nicolas Chamart sous le nom de Philippe , abbé de Bonne-Espérance. De là quelque incertitude. Tous les manuscrits ne viennent pas à notre aide. La pièce est sans nom d'auteur dans notre n° 3761 (fol. 66) et dans le n° 115 de Saint-Omer. Elle parait également anonyme dans le volume de Vienne que M. Endlicher désigne par le n° 2521. Cependant elle est, dans le n° 14194 (fol. 161) de la Bibliothèque nationale, parmi des pièces réunies par un copiste du xn e siècle comme étant toutes d'Hildebert, et Baluze Ta recueillie (n° 120, fol. 331) pour l'insérer dans son édition. Ce qui nous persuade encore que cette pièce est vraiment d'Hildebert, c'en est la bonne facture. Il y a dans l'édition de Beaugendre, comme à l'ordinaire, des vers faux et d'autres vers qu'il est impossible de comprendre. Mais on peut les corriger sur les manuscrits. Voici toute la pièce, telle que nous l'offrent les n 08 376l et 14194:

Moribus, arte, fide, cœlcsti pectore dignis,

Cura superes alios, desipis, Odo, tamen.

Credis enim populum versus curare disertos,

Teque placere putas moribus, arte, fide.

Dotibus his quondam sacri placuere poetœ,

Ingeniumque dédit praedia, nomen, opes.

Nunc aliud tempus, alii pro tempore mores.

Nunc odium virtus, sceptra merentur opes.

Nil artes, nil pura fides, nil gloria linguee,

Nil fous ingenii, nil probitas sine re ;

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Nullus inops sapiens, ubi res ibi copia sensu s,

Res sapiunt, pauper nil nisi pauper erit.

Necjam divitibus tollunt suacrimina nornen,

Sed quod lex damnât gratia solvit opum.

Hinc est quod populus, aurum quasi numen adorans,

Audet in ignotum sponte venire nefas, Speque lucri totiens excedere jus et honestum

Sustinet, ut gratis jam juvet esse reum.- Jus mit, ordo périt, sceleri placet oramanusque

Vendere, quamque inopem tam pudet esse probum. Non igitur mirum si quisquam pravus et excors

Divinos vates nallius esse putat.

Quem comitantur opes sapientia vera relinquit,

Semper mobilibus incomitata bonis.

Quant à la matière, c'est un lieu commun. Pierre le Peintre disait dans le même temps :

Carmina saepe dedi prœlatis ecclesiarum, Ut mihi compluerent de turbine divitiarum; Sed pro carminibus mihi nil nisi verba dedere, Sed pro carminibus data verba parum valuere.

Et Vital de Blois :

Carmina' nùlla placent

- Quemlibet immodicus alligat œris amor.

Yincit amor census et nummis carmina cedunt ;

Multa licet sapias, re sine nullus eris (1). .

Et Matthieu de Vendôme :

Majus habet pretium cui sola crumena pérorât JSre tumens, quam qui Nestora mente gerit, Sit tibi folliculus hydropicus aère, secundus

(1) Préambule du Geta.

Es Maro; stultitiae compatiuntur opes.

Mœvius exundat opibus, mendicat honestas (1).

Et bien d'autres poètes ont, en d'autres temps, dans tous les temps, fait entendre la même plainte. Elle est donc vraiment banale. Gela pourtant ne prouve pas qu'elle soit tout à fait juste. Il est bien vrai que l'opulence a souvent couronné la sottise; on doit aussi reconnaître que les Nestor et les Virgile ont été de leur vivant, moins honorés par la multitude que ne l'ont généralement été les Grësus et les Mévius. Mais, après la mort des uns et des autres, cela change ; j)lus de sept siècles se sont écoulés depuis la mort d'Hildebert, et ses vers sont encore lus, on a souci de sa gloire, on s'impose le labeur pénible de dégager ses œuvres authentiques d'un fatras compromettant. Or, parmi les plus riches et les plus adulés de ses contemporains, en est-il un seul dont le nom ne soit pas aujourd'hui complètement oublié?

XXIX'. De lapsu rnundi.

C'est encore une pièce deux fois imprimée par Beaugendre, sous deux titres différents (col. 1334 et 1361). Il l'a, dit-il, extraite du n° 3019 de Colbert, inscrit aujourd'hui sous le n° 3088 de la Bibliothèque nationale. Elle est, en effet, dans ce volume, au fol. 78, mais sans aucun nom. Elle est encore dans le n° 7596 A (fol. 164) et dans le n° 120 des Papiers de

(1) Wattenbach, Poetischer BriefsleUer von Mat. v. Vendôme, dans Sitzung des philos, philol. Classe ;3 nov, 187?*

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Baluze (fol. 328). Baluze l'a donc crue d'Hildebert, comme Beaugendre et comme le copiste du n° 7596 A, qui Ta jointe à d'autres œuvres du même poète. Cette attribution ne mérite pas toutefois une entière confiance.

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