‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 38 sur 118 · XXXVIII. ratio ad très personas sanctissimx · texte numérisé non relu

XXXVIII. ratio ad très personas sanctissimx

Trinitatis.

Cette prose rimée mérite encore d'être lue. Il y a sans doute plus de jeux de mots que de traits éloquents; mais le jeu de mots le plus déplacé dénote lui-même une intention littéraire. Elle fut du reste très goûtée durant le moyen âge, très souvent copiée, et depuis on Ta fréquemment imprimée. Vincent de Beauvais l'ayant recueillie sous le nom d'Hildebert, elle est sous ce nom dans toutes les éditions du Miroir historial (liv. XXV, ch. cxiv), d'où Ta tirée, comme il semble, Antonin de Florence, pour l'insérer dans sa Chronique (part. II, 1. XVI, ch. x, § 3). Sous le même nom Usher, évêque d'Àrmagh, l'a publiée, en 1645, dans son traité De symbolis (p. 36), et le P. Labbe, en

(1) Hist. litt. de la France, t. XL, p. 388.

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1666, dans son Thésaurus epitaphiorwm (p. «178). Elle y est singulièrement placée; mais le P. Labbe voulut, en la donnant, rompre la monotonie funèbre de son livre. Nous en avons encore deux éditions sous le nom d'Hildebert : celle de Jacques Hommey, dans son Supplementum Patrum (p. 446), et celle de Beaugendre. Cependant c'est une attribution contestée. Ainsi Martène a publié la même pièce sous le nom de Pierre Àbélard, d'après un manuscrit du Bec (1), et, sur la foi de Martène , Duchesne et M. Cousin l'ont admise parmi les œuvres de l'illustre philosophe (2). Enfin, tout récemment, en Tannée 1853, M. Mone en a reproduit un texte incomplet, mais accompagné de nombreuses variantes, sous le nom d'un, certain Conrad, prieur de la chartreuse de Marienthron, près Gaming, dans l'Autriche inférieure (3).

Cette dernière attribution est manifestement erronée. Il est vrai qu'une copie de la pièce, contenue dans le n° 3012 de Munich, porte le nom, d'ailleurs peu connu, de Conrad le Chartreux (4). Mais il ne faut accorder aucune confiance au témoignage de cette copie. Le prieur Conrad a peut-être abrégé, remanié la pièce, pour la faire chanter à ses moines , mais il n'est pas l'auteur du texte original, dont nous avons des exemplaires bien antérieurs au temps où il paraît avoir vécu.

Les auteurs de Y Histoire littéraire ont hésité d'abord

(1) Martène, Ampliss. collect., t. IX, col. 1092.

(2) Pétri Abxlardi Opéra, édit. V. Cousin, t. I, p. 331.

(3) Moue, Hymnisacri medii wi, 1. 1, p. 14.

(4) Calai, codic. latin, bibliolh. Monae., n° 3015.

entre Hildebert et Pierre Àbélard. Au tome XI, p. 388, 389, ils posent la question sans la résoudre. Mais au tome XII, p. 136, ils se prononcent pour Abélard. Hildebert n'avait, disent-ils, aucun besoin d'exposer si nettement sa doctrine sur la Trinité, n'ayant jamais « donné prise sur lui par cet endroit. » Cet argument ne semble pas décisif. Quiconque nous a laissé des proses ou d'autres chants sur la Trinité, sur l'Incarnation, sur tel ou tel mystère, ne doit pas être, à cause de cela, suspect d'avoir eu d'abord des sentiments hétérodoxes touchant le mystère qu'il a célébré. Cet argument écarté, d'autres se présentent. M. Édélestand Duméril fait remarquer, au commencement de la prose, un passage dont les termes sont, dit-il, trop philosophiques pour Hildebert (1). Nous répondons que ces termes appartiennent à l'idiome de la théologie comme à celui de la philosophie. Il est vrai qu'en théologie l'emploi de ces termes ne tire pas à conséquence, tandis qu'un philosophe n'en pourrait user sans faire profession du plus absolu panthéisme ; mais le panthéisme n'est aucunement la doctrine propre d' Abélard, puisque c'est la doctrine que Bayle et d'autres critiques imputent à ses adversaires. Le second argument n'a donc pas plus de valeur que le premier. Enfin, dit M. Édélestand Duméril, on ne possède que deux manuscrits de cette prose, et tous les deux sont anonymes. Quels sont donc les témoignages au profit d'Hildeberl ? Nous allons les produire, puisqu'ils sont restés inconnus à M. Duméril.

1) Poésies pop. lat. du moyen âge, p. 426.

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Quelques manuscrits sont en effet anonymes, comme, par exemple, les n 08 2905 (fol. 60), 3652 (fol. 26), 4709 (fol. 98), H867 (fol. 179), 12020 (fol. 138), 13343 (fol. 37), 14993 (fol. 1) de la Bibliothèque nationale, 895 et 939 (fol. 135) de la bibliothèque Mazarine, 12007 de Munich, 348 de Tours, 115 et 710 de Saint-Omer, 125 de Troyes, 139 de Laon; mais nous allons en citer beaucoup d'autres avec le nom d'Hildebert : ainsi le n° j£3ûl-de Munich, et, à la ,, m \ ? ; Bibliothèque nationale, le n° 2595 (fol. 108) le n° 13413 (fol. 208), où on lit expressément Ildeberti de Lavar- + y~* L } tin, episcopi Cenomanensis, le n° 14867 (fol.171), le WxTV n° 15291 (fol. 152), très précieux volume du xn* siècle, enfin le n° 17468 (fol. 57). Sous le même nom la pièce est dans les Papiers deBaluze (n° 120, fol. 329). Dans le n° 146 de Laon, le titre est encore plus précis : Gildebertus, Cenomanensis episcopus, de confessione sanctse Trinitatis, in oratione ad sanctam Trinitatem, quam composuit in vinculis dumpro C hristo positus eweJ.Nous pourrions indiquer, en Allemagne (l),en Angleterre, en Italie, bien d'autres copies que précède le nomd'Hildebert; mais il nous semble que nous avons suffisamment infirmé l'autorité du seul manuscrit où Martène ait lu le nom d'Abélard. Insistons maintenant, en peu de mots, sur le renseignement historique qui nous est fourni par le manuscrit de Laon. Il y est dit qu'Hildebert était dans les fers quand il composa cette prière. Cela signifie qu'il la composa de l'année 1110 à Tannée 1114, dans la prisonpublique.de Nogent-le-Rotrou.

(I) Voir Denis, Calalog. cod. theol. Vindob^t. I, col. 1090.

Gomment les auteurs de Y Histoire littéraire', connaissant le témoignage de Vincent de Beauvais en faveur d'Hildebert, ne Font-ils pas admis avec une entière confiance? Ce compilateur ne fut pas sans doute, au siècle d'Albert le Grand, de saint Thomas et de Duns Scot, un homme du premier rang; mais il avait une instruction, sinon très profonde, du moins très étendue : personne, dans son temps, n'a connu mieux que lui les livres des auteurs anciens ou modernes, et, en ce qui regarde notre Hildebert, il ne s'est pas une seule fois trompé.

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