‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 42 sur 118 · XLII. De exsilio suo liber · texte numérisé non relu

XLII. De exsilio suo liber

Tous les copistes n'ont pas connu l'auteur de ce poème célèbre. En effet, voici les titres de plusieurs copies : Versus cujusdam de lapsu fortunœ, de casu hujus mundi, de exsilio suo, de infortunio suo, de contemptu mundi. C'est un de ces textes anonymes, et l'un des plus défectueux, qui a été publié de nos jours comme inédit (ce qui doit surprendre) dans un recueil estimé (1). On a plus rarement transcrit.ee poème

(1) Revue de philologie, 1845, t. I, p. 410.

sous de faux noms. Il est pourtant, intitulé, dans le n° 15155 de la Bibliothèque nationale, Matthxus de Forttma. Ce Matthxus est sans doute Matthieu de Vendôme, à qui l'attribution fait beaucoup d'honneur. Nous avons même à signaler, dans une édition moderne, une plus grave méprise. Selon M. Thomas Wright l'auteur serait Guillaume de Blois (1). Il est probable que M. Thomas Wright aura lui-même reconnu plus tard cette erreur et l'aura corrigée.

Nous n'avons pas besoin de mentionner les copies que suit où précède le nom d'Hildebert; elles sont vraiment innombrables : toutes les bibliothèques de quelque importance en possèdent au moins une. Le poète est, d'ailleurs, clairement désigné par des traits tout à fait particuliers. Cet évêque riche et glorieux de sa richesse, qu'un nouveau comte du Maine chasse du pays et contraint d'aller en exil au delà de l'Océan, c'est, à n'en pas douter, Hildebert, car ce ne peut être un autre que lui. C'est pourquoi les bibliographes sont ici d'accord avec les manuscrits. On reconnaît donc que cette pièce a été convenablement publiée sous le nom d'Hildebert par Vincent de Beauvais dans son Miroir historial (2), par Antonin de Florence dans sa Chronique, part. II, tit. xvi, ch. 10, § 1, par Égasse Du Boulay dans le second tome de son Histoire de V Université, par Jacques Hommey dans son Supplément à la Bibliothèque des Pères, p. 453, et plus tard par Antoine Beaugendre ; mais on reproche

(1) A sélection of latin stories, edited by Thomas Wright, p. 192,

(2) Spéculum histor. iib. XXV, cap. gix.

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aux éditeurs, et particulièrement à Beaugendre, de l'avoir fait imprimer su* de mauvaisçs copies. Les variantes qu'il a mises au bas de ses pages valent mieux généralement que la leçon par lui préférée, et il n'a pas recueilli toutes celles qu'il aurait dû recueillir. Il aurait pu s'épargner ainsi la peine de proposer des conjectures qui sont presque toutes à rejeter. Nous ne résistons pas au désir de donner enfin un meilleur texte de cette élégie vraiment remarquable. Nos corrections seront faites sur d'anciens manuscrits, notamment sur les n 08 7596 A, 14194 et 15155 de la Bibliothèque nationale :

Nuper eram locuples multisque beatus amicls,

Et risere diu prospéra fata mihl.

Larga Ceres, deus Arcadiee Bacchusquô replebant

Horrea, septa, penum (1), farre, bidente, mero. Hortus, apes, famulse, pulmento, nielle» tapetis

Ditabant large prandia, vasa, domum.

Dextra laborabat gemmis, pomaria fructu*

Prata redundabant gramine, lacté grèges.

Agger opum, tranquilla quies, numerosus amicus,

Delicias, somnos consiliuinque dabant.

Singula quid memorem? Lsetos testantia casus \

Omnia captivœ prosperitatis erant.

Jurares superos intra mea vota teneri,

Et res occasum dedidicisse pati.

ftenlque mirabar sic te, Fortuna, fidelem}

Mirabar stabilem, quœ levis esse soles.

(i) Lé sens de penum est ici « cellier. » C'est une acception dont Forcellini ne cite aucun exemple.

d'hildebert de lavardin 83

Sœpe mihi dixi : Quorsum tam prospéra rerum?

Quid sibi vult tantus, tam citus ( 1) agger oj^um? ^

Hei mihi (2) ! nulla fidès, nulla est constantia rébus ! *

Res ipsae quid sint mobilitate docent.

Res hominum atque homines levis aléa versât in auras,

Et venit a suramo sumcna ruina gradu.

Cuncta sub ancipiti pendent mortalia casu

Et spondent propria mobilitate fugam.

Quidquid habes hodie cras te fortasse relinquet,

Aut modo, dum loqueris, desinit esse tuum.

Has ludit Fortuna vices, regesque superbes

Aut servos humiles non sinit esse diu.

Illa dolosa cornes, sola levitate fldelis,

Nec favet seternum, neo sine fine premit.

Illa, mihi quoûdam risu blandita sereno,^

Mutavit vultus, nubila facta, suos ; Et, velut œternam misero conata rainam, ,

Spem quoque lœtitisD detrahit ipsa mihi.

Illa, professa dolum, submersit, diruit, ussit

Culta, domos, vites, imbribus, Igné, gela. Heec eadem fregit, concussit, debilitavit

Hoste, notho, morbis, horrea, poma, gregetû»

Accessit damnis novus ille gravisque tyrannus,

Quo Genomanorum consule (3)jusperiit;

(1) Hildebert était évoque du Mans depuis quelques années seulement quand eut lieu sa disgrâce. Voir GalU christ*, t. XIV, col. 378,

(2) Beaugendre se trompe en disant que cette leçon Hei mihi, donnée par Hommey, n'est autorisée par aucun manuscrit. Nous l'avons rencontrée dans plusieurs, et Si mihis, que donne Beaugendre, n'a pas de sens.

(3) Beaugendre traduit Cenomanofum consule par le « maire de là ville. » C'est une traduction libre et singulière. On ne sait pas bien, d'ailleurs, en quelles circonstances Hildebert fut exilé. Les actes de sa vie, publiés par Mabillon, le font traverser la Manche, vers Tannée 1100, allant apaiser Guillaume le Roux, roi d'Angleterre. Hildelbert parle lui-même de os voyage dans le

Cujus avos puduit scelerura genuisse patronum

Fortunseque parem mobilitate, dolis.

Ille pudor patriae me non impane tuentem

Justitise leges expulit a patria. j

Inde ratem scando, vitam committo procellis.

Tela turaent, geminacymbajuvatur ope.

/ 1 <5* Portus erat longe cum ventus fortior œstum

Movit $t in tumulos Auster aravit aquas.

Grescit hiems, agit aura ratem, furit ùnda dehiscens; £ K "' Imbre madet vélum, nox tegit atra diem. Desperare jubent venti, mare, turbine, fiuctu,

Occursu rupes, ignibus ipse polus.

In fragilem pinum totus prope congerit iras

Orbis, et est hostis quidquid obesse potesti Dum sic seevit hiems, dum pallet et ipse magister,

Dum stupet et fieri piscibus esca timet, Ecce rapax turbo, tollens ad sidéra fluctus, ~t% Impulit ad littus jam sine Wppe ratem.

Sic misère felix, quassa rate, Ijebus ademptis, j

• Evasi ventos, eequora, saxa, Jovem. ko

Ecce quid est hominis ; quid jure vocare paternum,

Qua miser ipse sibi plaudere dote potest!

Hoc est, hoc hominis semper cum tempore labi

Et semper quadam conditione mori.

Est hominis nudum nasci nudumque reverti

Ad matrem, nec opes tollere posse suas.

Est hominis putrere solo saniemque fateri,

Et miser is gradibus in cinerem redigi.

Second livre de ses lettres, lettre 8. Mais il s'agit, dans le poème, d'un exil, et l'expulsion d'Hildebert est le fait d'un nouveau comte du Maine, honte du pays, pudor patrix, qui s'éloigne des traditions de sa famille en chassant un évêque dont il méconnaît les droits. Ce ne peut être le comte légitime, Hélie de La Flèche, alors ami d'Hildebert, mais c'est peut-être Foulques Réchin, l'un des comtes usurpateurs. Modico tempore, dit Hildebert dans la lettre citée, sex in urbe sustinuimus coiwules.

D'HILDEBERT DE LAVARD1N 85

Istius est hœres homo prosperitatis, et illum

Certius his dominum prœdia nulla manent. tf ^ Res et opes praestantur ei, famulantur ad horaro,

Et locuples mane, vespere pauper erit.

Nemo potest rébus jus assignare manendi,

Quse nutus hominum non dedicere sequi.

. Jus illis Deus adscripsit statuitque teneri |

Legibus et nutu stare vel ire suo.

Hle simul, semel et solus praevidit et egit

Cuncta, nec ille aliter vidit agitque aliter. Ut vidit facienda facit, régit absque labore,

t)istinguit fôrmis, tempore, fine, loco.

Y ' Distinctis idem cursum metitur, et illa

Secretis versât legibus, ipse manens.

Ipse manens, dum cuncta movet, mortalibus œgris

Consulit, atque ubi sit spes statuenda docet. Si fas est credi te quidquam posse vel esse,

Fortuna, quides? Quod potes ipse dédit.

Pacetua, Fortuna, loquar : blandire, minare;

Nil tamen unde querar aut bene lœter âges.

Ille potens, mitis, ténor et concordia rerum,

Quidquid vult in me digérât, ejus ero.

Il "y a* dans ces vers, des licences que nous condamnons, avec Virgile, avec Ovide. Il y a des locutions et des constructions qui n'appartiennent pas à la bonne antiquité. Mais, d'autre part, il y a de belles pensées, exprimées dans un style d'une remarquable noblesse, el qui, suffisamment développées, ne le sont pas avec une prolixité répréhensible. C'est bien naturellement que cet évêque fugitif regrette ses jardins ravagés, ses greniers pillés, toutes ses richesses évanouies, et que, faisant ensuite un retour sur lui même, chrétien, évêque chrétien, il cesse d'accuser la fabu-

88 LBS MÉLANGES POÉTIQUES

leuse Fortune de sa misère présente, pour voir en Dieu, le sage et puissant ordonnateur des choses, l'auteur réel de sa disgrâce, et pour lui dire, en achevant sa complainte, que, malgré l'excès de ses maux, il rappelle encore doux, clément, et sera toujours à lui. On ne trouvera pas, dans les recueils du xn e , du xin e siècle, beaucoup de vers pareils à ceux-là, Ils sont d'un vrai poète.

XUll.Bpistola elegiaca ad cmicwm*

Nous allons montrer, sous ce titre, avec quelle légèreté Beaugendre faisait ses attributions. Le n° 8088 de la Bibliothèque nationale, ancien 3019 de Golbert, d'où Beaugendre a tiré cette épître élégiaque, est un recueil formé de nombreux cahiers, complètement dissemblables. Les uns sont en papier, les autres en parchemin, et contiennent les uns des vers, les autres de la prose ; l'écriture de quelques-uns est du xu e , du xm e , du xiv e siècle ; celle de la plupart est du xvi*. L'assemblage de ces cahiers si divers est le faii d'un relieur. Eh bien, ayant rencontré, vers le milieu du volume, quelques pièces d'Hildebert, transcrites sur papier par une main du xvi e siècle, Beaugendre en a conclu qu'une autre série de vers anonymes, copiés sur parchemin au xn e siècle, et placés par le relieur à la fin du volume, devaient être aussi d'Hildebert. La témérité d'une telle conclusion est très surprenante. Qu'on en soit donc surpris, mais qu'on ne croie pas nous entendre raconter les choses autrement qu'elles n'ont eu lieu. Beaugendre connaissait-il un second

D'HILDfcmT DE LAVARPIN 87

exemplaire de la même épître? Non, Lisait-il sur celui-ci quelque note, quelque avis favorable à sa conjecture ? Non. Cette conjecture est pleinement de son chef, il Fa faite comme nous l'avons dit, et voici comment il s'est efforcé de la justifier.

Le poète adresse ses vers, qui sont très mélancoliques, à un ami, ou plutôt h des amis dont il se dit séparé par le domaine de Neptune. C'est Hildebert persécuté, qui, de France ou d'Italie, écrit à l'un de ses amis âaglais, peut-être Roger, évêque de Salisbury, le suppliant de compatir à sa disgrâce. Le poète se dit victime, au vers 52, de la colère de César, César, remarque Beaugendre, est le nom poétique soit de Guillaume le Roux, soit de Henri I, soit de Louis le Gros, qui tous les trois ont, en divers temps, maltraité le vaillant évêque. C'est avec la plus grande facilité que Beaugendre interprète toutes ces allusions. Ne sont-elles pas, en effet, transparentes ? Ainsi, bien que la pièce soit anonyme, il est prouvé qu'Hildebert en est l'auteur, non-seulement par la présence de cette pièce dans le volume, mais encore par ce qu'elle contient.

L'erreur est grosse, nous en prévenons. D'abord l'auteur du poème, c'est, à proprement parler, Beaugendre lui-même. Le copiste ayant transcrit les uns h la suite des autres des vers pris à des pièces diverses, Beaugendre n'a pas remarqué les signes ou les faibles intervalles qui distinguent ces extraits, et c'est ainsi que la composition de cette épître bizarre, où rien ne s'enchaîne, est vraiment son ouvrage. Quant à l'auteur des vers, ce n'est pas l'adversaire impuis-

sant de Guillaume le Roux, de Henri I ou de Louis le Gros; c'est l'aimable poète exilé par Auguste sur les rives du Pont-Euxin; c'est Ovide. Tous les vers du poème fabriqué par Beaugendre appartiennent aux Politiques. Les vers 1-8 et 9, 10, sont les vers 7-14 et 40, 41, de Fépître troisième, livre IL On lira les vers 11-20 et 21-24 dans l'épître sixième du même livre, vers 5-14 et 21-24. Les vers 25-40, 41-50, 51-54, 55-60, 61-62, sont, dans l'épître septième, les vers 1-16, 38-48, 53-56, 71-76, 83-84; les. vew" 63-66 et 67-70 sont, dans l'épître neuvième, les vers 5-8, 25-28, etc., etc. Il n'est pas nécessaire de continuer cette collation.

XLTV. De infelicitate forttmm et amoris mundi.

Mundi doit être une addition de Beaugendre. Il aura voulu, par cette addition, donner au poème le cachet chrétien. Dans un manuscrit de la reine Christine dont nous avons fait connaître le contenu, le même poème est mieux intitulé De amore et fortima (1). C'est en effet une élégie tout à fait profane sur l'inconstance de l'amour et de la fortune. Il y a des fautes de quantité dans le texte de Beaugendre, et, comme à l'ordinaire, des mots dont le sens est impénétrable. Cependant les vers sont généralement faciles et bien rythmés. Les auteurs de Y Histoire littéraire les attribuent à un des Serlon (2) ; mais c'estjune attribution aussi conjecturale, et encore moins plausible que celle de Beau-

(1) Not. et extr. des manuscrits, t. XXIX, deuxième partie, p. 341.

(2) T. XV, p. xvi.

tfHILDEBEM DE LAVARDIN 89

gendre. Nous regrettons de ne pas avoir un meilleur * texte de cette pièce. '

XL VJ. De instabilitate rerwn humanarvm,

lm quatre vers auxquels Beaugendre a donné ce titre sont des vers bien connus, mais pas sous le nom d'Hildebert. Ils sont d'Ovide : Pont. lib. IV, ep. S, vers 35, 36 et 49, 50. Ainsi Beaugendre a deux fois commis la même étourderie, et tes auteurs de YHistoire littéraire ne l'ont pas même une fois signalée. Ajoutons que ces quatre vers d'Ovide sur la mobilité des choses humaines se retrouvent au début d'un poème inséré par Gerberon dans les Œuvres de saint Anselme (1), et que l'auteur de ce poème, quel qu'il soit ; se les est manifestement attribués ; ce dont Gerberon n'a pas su le* reprendre. La plupart des bénédictins de Saint-Maur, très versés dans la littérature sacrée, l'étaient peu, beaucoup trop peu, dans la littérature profane. On a bien le droit d'en faire la remarque quand on ne leur refuse aucune des louanges qui leur sont dues.

XLVI1. De matrimonii sacramento.

Cette dissertation historique et poétique sur le mariage fait partie d'un petit poème en trois chapitres, intitulé De fine data ritibus judaicis, dont l'objet est de montrer comment les cérémonies principales de l'ancienne loi, c'est-à-dire le sacrifice, le baptême, le mariage, ont été modifiées par la loi nouvelle. Dans

(1) Édit. Migne, PatroL, t. CL VIII, col. 707.

les bons manuscrits, comme, par exemple, le n° 3088 de la Bibliothèque nationale, on lit à la fia du poème ces vers qui le résument : f

Eoce vides in lege typos et signa prœisse, Et caput ad proprium tria sacramenta redisse. Hostia, conjugium, baptismus, qualia primo Talia nunc; res ipsa redit, disparuit unjbra,

La plupart des copistes ayant disloqué ce poème, il s'agissait d'abord d'en réunir les membres épars. C'est ce qu'a très bien fait l'auteur du Supplementum Patrum, Jacques Hommey. Il s'agissait ensuite de rétablir les chapitres dans Tordre que le poète leur avait assigné, et que Ton retrouve dans plusieurs manuscrits (1). C'est à quoi Jacques Hommey n'a pas réussi, puisqu'il a placé le mariage après le baptême. Quant à Beaugendre, il n'a pas même soupçonné l'existence du poème, et son édition reproduit, môme en l'aggravant, le désordre des manuscrits les plus Imparfaits.

Le premier des trois chapitres, commençant par

Melchisedech Domino panem vinumque litavit,

se trouve à la colonne 1151 de Beaugendre, sous ce titre : De novo sacrificio vêtus abrogante. L'édition est assez correcte. Cependant il faut, au cinquième vers, diluit au lieu à? expiai, et, au sixième, pr&signans au lieu de designans. Le douzième vers, que Beaugendre

(1) Notamment dans un manuscrit du collège Sidney-Sussex, Gâtai. Angl. et Hibern., 1. 1, part. III, n* 714.

d'H!M>EOTRT PB LAVARDIN 91

propose de modifier, ne le comprenant pas, doit être simplement mieux ponctué. Voici ce vers et les deux suivants remis en bon ordre :

Crux sol, crux portus. Hœc est ; ea prœteriere. Crux clausit templum, crux sol vit enigmata legls; Sub cruce cessât ephod et déficit unctio régis ;

au dix-septième, lisons, au lieu de orux, oaro, et rétablissons le vingt-huitième comme le donne Jacques Hommey d'après les bons manuscrits :

Unde prooul facinus, procul borror et usus inanis.

Enfin, après avoir substitué, dans le vers suivant, decretum à secretum, plaçons sous le titre, avant les vers, ces lignes rimées, de quinze syllabes, qui contiennent l'argument du chapitre ;

Ante legem pro peccato panis factus hostia Lege cessit, et post legem redit ad altaria (1),

Un semblable argument se lisant en tête de chacune des trois parties, voilà une nouvelle preuve de cette unité qu'on a maladroitement rompue.

Le second chapitre manque dans l'édition de Beaugendre. Comment Beaugendre Ta-t-il omis, quand Hommey l'avait publié ? C'est ce qu'il est bien difficile de s'expliquer. Le titre particulier de ce chapitre est Quod baptismw circv/mcisioni successif et voici les

(1) La plupart de ces corrections au texte de Beaugendre ont été déjà faites par Denis d'après un manuscrit do Vienne *• Cod. man. theolog. Vindob., 1. 1, col. 177*

lignes de prose rimée qui lui servent de préambule;:

Baptismalis qusedam forma fuit in diluvio; Huicsuccessit, buîc cessura, carnis circumcisio.

Les vers commencent ensuite, dans un certain nombre de manuscrits, par ceux qui sont les derniers de tout le poème dans notre n° 3880 : Hostia, conjugium, baptismus. Les jugeant mieux placés dans cette copie que dans les autres, nous publions ainsi le chapitre omis par Beaugendre :

Diluvium speciem baptismi gessit, et unda Abluit excessus undis quandoque lavandos.

Prœputium post diluvium successio Tharœ Deposuit, ritusque fuit sic prava piare.

Circumcisa caro lavit sub lege reatus, Iliud agens quod agit fons sub cruce sanctificatus. Fons ptfferis, fons simplicibus, fons crimine mundis Ad vitam prodest ; crux hoc accommodât undis. Talibus aut meritis aut œvo profuit ante Circumcisa cutis; sed, Christi morte juvante, Ritus uterque sacer, quia sanguis utrumque sacravit. Tempus utrique suum : corpus piat, umbra piavit. Supplicium, sed mysterium, sed tempore sacrum, Praeco fuit, quia prœcinuit fluviale lavacrum. Praeconem decuit, Domino prœsente, siiere, Necnon et Dominum, praecone silente, jubere.

Sic ad se baptisma redit, cessante figura ; Sic involvit aquis sua circumcisio jura.

Le plus intéressant des trois chapitres est le dernier, qui se rapporte au mariage. Beaugendre Ta publié très loin du premier, à la col. 1349, d'après le n° 4103 de l'ancien fonds du roi. C'est actuellement notre

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n° 2595, où la pièce est au fol. 108. Beaugendre aurait dû prendre ailleurs le texte de ce chapitre ; il l'aurait facilement donné plus correct d'après les volumes qui portent aujourd'hui les n 08 3652 (fol. 26), 3696 B (fol. 19), 7596 A (fol. 165), 8484 (fol. 30), 13343 (fol. 39) et 14867 (fol. 170) de la Bibliothèque nationale, et d'après une copie de Baluze qui se trouve au fol. 318 de ses papiers, n° 120. Le préambule, en lignes rimées, est ainsi conçu :

Ut cognatos et affines uniretconjugium, Raritate primae prolis fuit necessarium.

Ut augerent caritatem nuptiœ sub gratia, Ad externos transierunt sacra matrimonia;

et tels sont les vers :

Affines, consanguineos connubïa prima Non susceperunt, nec plures una, nec unus.

Unius Eva fuit conjux, vir unius Adam.

Praecessit coitum benedictio, gratia prolem.

Nupta sequens non sic; cui copia par va virorum, Affinem, consanguineum fratremve jugavit.

Hinc etiam plures uni nupsere marito, Non solum quia quaeque parem non inveniebat, Sed quia Messiam proies paritura placebat.

Tu, genitrix Isaac, venturi praescia Christi, Conjugii sociam patienter sustinuisti.

Ante datam legem Jacob et Rachel et Lia nupsit, Uxores sub lege duas simul Belcana duxit.

Temporis illius si vis atteadere nuptas, Quœsita est soboles, non affectata voluptas ; Non sibi, sed generi matrona satisfaciebat, Unde redemptorem venturum prospiciebat.

Hinc uni multœ, non multis una maritis, Heeserunt pariter, velut ulmo plurima vitis.

Unus enim multis ad prolera sufficiebat ;

Pluribus una viris non quo generaret egebat.

Sic populum Domini peperere sacrce mulieres,

Undecreandus erat suus ilte redemptor et hères.

Illius advëntus connubia prima reduxit.

Inde nec affinis nec proxima sanguine nupsit,

Nam descendentes ab eadem stirpe ligantur

Proximitate sua, carique sibi generantur.

Nil amplexus eis ad honestum prœstat amorem,

Nam satis hune fratrem, satis est hanc esse sororem;

Inter eos ideo connubia nulla jugantur

Quos generis pietas et gratia prœcomitantur»

Vult Deus ut liant qui non nascuntur amici ;

Vult homines aliud quam cognatos sibi dici ;

Illas uxores, istos vult esse maritos.

Ex alienigenis illas istosque petitos ;

Conjugialebonum quos stirpssua séparât unit.

Fœderat hoc populos, ligat urbes, mœnia munit.

Sic diffusus amor, sic res hœcpublicacrevit,

Sic mundus discors qusesita pace quievit.

Ut sacra sub Christo dilectio porrigeretur,

Femina sub Christo sic nubere lege jubetur.

Nous n'avons pas cité ces vers comme bons et louables. Assurément ils ne le sont pas. Cependant on ne peut refuser de les admettre dans les œuvres d'Hildebert, car ils lui sont attribués par tous les manuscrits où se lit un nom d'auteur. Mais il est permis de supposer que c'est là une œuvre de jeunesse. Si, d'ailleurs, la facture des vers est généralement répréhensible, les idées ne sont pas toutes banales.

XLVII1. De duobus Jaôobis.

îl s'agit de Jacques le Majeur et de Jacques le Mineur, dont le poète s'est chargé d'expliquer la généalo-

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gie. Ce poète n'est certainement pas Hildebert. Jamais Hildebert n'a fait des vers aussi mauvais que ceux-ci, les premiers de la pièce, que valent, au surplus, ceux qui suivent :

..... Ex Jacobis nonlitiget amodo quivis.

Hic satus Alphaeo, fuit alter a Zebedaeo.

Quem prias audisti fratrem, memor, assere Ghristi,

Jerusalemque situtn legimus quem ssepe petitum...

Nous ne connaissons pas une autre copie de ces vers, que Beaugendre dit avoir tirés d'un manuscrit d'Auxerre. On remarque que le premier n'a que cinq pieds. Mais, en indiquant la lacune, nous mettons la faute au compte de Beaugendre*

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