L. Cur dicantur très misssè in natali Domini
Cette pièce médiocre, composée de six vers, est ici pour la seconde fois imprimée, avec quelques diffé-
rences. Beaugendre l'avait déjà publiée, à la col. 1155, entre deux poèmes sur l'eucharistie qu'il croyait l'un et l'autre d'Hildebert. Mais c'était une fausse opinion. Si donc elle appartient à l'auteur des deux poèmes, il faut en décharger Hildebert, puisque les deux poèmes ne sont pas de lui. Les auteurs de V Histoire littéraire l'ont déjà démontré; mais nous croyons devoir ajouter quelques détails aux preuves qu'ils ont fournies.
Le second de ces poèmes, dont nous parlerons en premier lieu, commence, à la colonne 1155 de Beaugendre, ainsi que dans les n 08 8484 et 16697 de la Bibliothèque nationale, 215 et 224 de Troyes, par une série de vers rythmiques dont voici les premiers :
Quisquis nostri Salvatoris
Vestiris imagine, Et divinœ delectaris
Sacramentis paginée, Nostrum lege codiceilum,
In quoscripsi breviter...
C'est une sorte d'épître liminaire, où l'auteur recommande naïvement la lecture de «on œuvre didactique : aux prêtres d'abord, ensuite au peuple des fidèles. Dans plusieurs manuscrits ces lignes rimées sont à la fin du poème. Comme l'une ou l'autre place leur convient également, nous n'insistons pas sur cette différence. Mais nous allons en signaler une bien plus importante. Dans le n° 8484 de la Bibliothèque natiotionale, ainsi que dans les n 08 215 et 224 de Troyes,
' d'hildebsrt de lavardin 97
les premiers vers sont, comme dans l'édition de Beaugendre :"
Panis in altari verty vlrtute sacratus Fit divina caro, nostri medicina reatus ;
mais, entre les lignes rimées et ces hexamètres, il existe une grande lacune ; il manque un prologue de deux cents vers, dont voici les premiers :
Omnibus in factis, incœptis atque peractis, Débet preeponi Deus humanœ rationi ;
or, dans ce prologue, que nous offrent. à la fois le n° 11579 (fol. 145) de la Bibliothèque nationale (autrefois 658 de Corbie), le n° 15291 (fol. 1) de la même bibliothèque, le n° 7950 de Munich et un volume de Vienne cité par M. Endlicher sous le n° 312 (1), se rencontre deux fois le nom de Fauteur. Invoquant d'abord Dieu le Père, le poète lui dit :
pater œterne, qui, cuncta regendo superne, Omnia disponis virtute sacrée rationis, Garminis esto raei dux et via matériel.
Materiam, metruin, mendacia, prospéra, Petrum, Prœsigna, forma, remove, concède, reforma ;
puis, invoquant Dieu le Fils, il s'exprime ainsi :
Duritiam frange Pétri petra, duraque tange Corda...
Il est donc certain que Fauteur de ce poème avait nom Pierre. C'est pourquoi Jean Busée, qui Ta publié le
(1) 8t. Endlicher, Calai, coi. philolog. Vindob. t p. 147.
premier, bien avant Beaugendre, a cru pouvoir le donner à Pierrode Blois (1); ce qu'a fait aussi Goussainville, dans son édition postérieure (2) de toutes les œuvres conservées de ce fécond écrivain. Cependant ils se sont trompés l'un et l'autre. Ainsi que l'a justement remarqué M. Ginguené (3), les vers de cette pièce sont détestables, on y trouve presque autant d'offenses aux règles de la grammaire qu'à celles de la métrique, et ils ne sont pas plus imputables à l'archidiacre de Bath qu'à l'évêque du Mans. En effet, Pierre de Blois, sans être un poète irréprochable, n'était pas un- poète lourd et pédant à ce degré. Ils sont de Pierre le Peintre, chanoine de Saint-Omer, à qui les attribuent positivement le manuscrit de Vienne, les n 08 11979 et 16699 de la Bibliothèque nationale, ainsi qu'un catalogue de la meilleure date, rédigé par quelque contemporain de Pierre le Peintre, le catalogue de Saint-Àmand (4). Nous n'insistons pas sur cette démonstration, car elle n'est pas entièrement nouvelle. Déjà les auteurs de Y Histoire littéraire ont deux fois rejeté sur Pierre le Peintre la responsabilité de cette pénible et inélégante poésie, Hildebert et Pierre de Blois également disculpés (5).
Retournons maintenant au poème sur l'eucharistie par lequel s'ouvre le Liber unions de Beaugendre,
(t) Petrî files. Opéra. \ Mayence, 1600, in-4*<
(2) Àtmôo 1667, in-fol.
(3) Ris t. litt. de la France, t. XIII, p. 433.
(4) L. Delislâ, Le Cabinet des M an., t. II, p. 453.
(5) HUl MU de ta France, t. XI, p. 371 ; t. XUI, p. 429.
d'hildebbrt de lavàrdin 2. ^
le poème qui commence; à la col. 1154^ par ce vers ;
Si Deus elegit tria quœ sibi sacrificentur,
pour finir, à la col. 1155, par celui-ci :
lpsius in regno perfectius accipiemus.
Deux copies, qui semblent avoir été faites Tune sur l'autre, dans les n°* 8484 de la Bibliothèque nationale et 224 de Troyes, n'offrent aucun nom d'auteur. Ce premier poème, étant aussi défectueux que le second, ne peut être mis au compte d'Hildebert. Mais est-il aussi de Pierre le Peintre? Il est aussi de lui, comme l'assurent les auteurs de l'Histoire littéraire (1). Nous remarquons, pour notre part, que cette moindre pièce se lit en divers manuscrits où se trouve l'œuvre principale de Pierre le Peintre, et que les vers en sont de la même facture, des alexandrins rimes deux à deux, et assez richement rimes, au grand préjudice de la cadence et de l'harmonie. Il est certain d'ailleurs que la pièce est antérieure au xm siècle, puisque plusieurs copies sont du xn° siècle. Assurément voilà d'assez fortes raisons pour la croire de Pierre le Peintre *
On' se demande sans doute sur quoi Beaugendre s 1 est fondé pour attribuer ces deux poèmes à notre évêque du Mans. Il les a, dit-il, publiés d'après un ancien manuscrit de Colbert où n'est pas indiqué, il en convient, le nom de l'auteur; mais il y a trouvé, s'empresse-t-il d'ajouter, une foule de locutions, d'allégories hildebertines, et, de plus, deux vers extraits d'un autre poème dont Hildebert est l'auteur incontesté»
Ces raisons ont été jugées par l'éditeur également décisives. Elles valent, en effet, autant l'une que l'autre; mais l'une et l'autre ne valent rien. D'abord il n'est pas vrai, pour l'honneur d'Hildebert, que la langue de ces poèmes soit la sienne. Quant à l'autre raison, on va l'apprécier. A la col. 1150 de son Hildebert, Beaugendre a publié sous ce titre, De sacramento altaris, une pièce de vingt hexamètres rimes, où, dit-il, se rencontrent les deux vers qu'on lit aussi dans le second des grands poèmes sur Peucharistie. Ce n'est pas assez dire, et Beaugendre a manqué d'attention ; ce sont tous les vers du petit poème qui se lisent dans le grand. Il faut ainsi décomposer ce petit poème, dont Beaugendre avoue n'avoir trouvé qu'un seul exemplaire. Les vers 1 et 2 appartiennent au premier paragraphe du plus considérable des poèmes restitués à Pierre le Peintre; les vers 3-16 en composent tout le huitième; les vers 17-20 sont les premiers du onzième. Il n'y a donc rien d'Hildebert dans ce petit poème dont on allègue deux vers pour prouver qu'il est l'auteur du grand.
Devons-*nous maintenant attribuer à Pierre le Peintre les six vers sur les messes de Noël que Beaugendre a: rencontrés, dans le volume de Golbert qui est devenu le n° 8484 de la Bibliothèque nationale entre les deux poèmes auxquels ils ne se rapportent .en .rien î Les donnera quelqu'un ce n'est enrichir personne, puisqu'ils sont sans mérite. Denis les a publiés sans aucun nom, et nous ne blâmons pas sa prudence (1). Ils sont peut-être de Pierre le Peintre : ils
(1) Cod. theol Vindob. t. 1, coL127J.
d'jsildebert de iatardin lût
sont peut-être de l'un des Serlon^à qui semble les rapporter un manuscrit du Musée britannique d'après lequel M. Paul Meyer les a reproduits (1) ; ils sont plutôt; néanmoins, d'Hildebert, à qui Jacques Hommey les avait attribués avant Beaugendre (2). Nous les trouvons, en effet, dans presque tous les recueils de ses œuvres, notamment dans les n 08 459 (fol, 216), 1249 (fol. 42), 2595 (fol. 108), 3696 B (fol. 17), 7596 A (fol. 164), 8484 (fol. 4), 13343 (fol. 171), 14194 (fol. 162), 14867 (fol. 171) et 15149 (fol. 14) de la Bibliothèque nationale, dans le n° 939 (fol. 134) de la bibliothèque Mazarine, dans le n° 1565 de la bibliothèque impériale de Vienne, enfin dans les n 08 115 de Saint-Omer, 215 et 887 de Troyes.
D'auttes explications sur lés trois messes de Noël ont été données plus brièvement encore, en quatre vers. Les voici d'après notre n° 1249 (fol. 43) :
Très in Natali debent missœ celebrari, Quarum prima sacram Christi signât genituram, Altéra venturi désignât gaudia Christi, Tertia sub lege verbum signât caro factura.