LI. In apparitions Domini, etc
A la suite, vingt-quatre petites pièces, pour la plupart de deux vers, composées pour être mises sur ou sous certaines images représentant soit la vie de Jésus, soit diverses cérémonies de l'Église. Beaugendre nous dit avoir extrait ces vingt-quatre pièces du volume de
(i)Arch. des missions, axrn. 1868, p. 173.
(2) Supplem. Patrum, p. 460.
102 LES M&ANGES POÉTIQUES
Golbert qui porte aujourd'hui le n° 1249 de la Bibliothèque nationale. Elles s'y lisent encore; mais le copiste n'en a pas désigné l'auteur. Beaugendre a donc pris sur lui d'en gratifier Hiidebert. Il en est du moins une qu'il faut restituer à un de ses contemporains, la seconde, qui commence par : Neo Deus est. Elle est à part, sans nom d'auteur, dans un manuscrit de Vienne signalé par Denis (1); mais, d'après un autre manuscrit, notre confrère M. Delisle la revendique pour Baudry de Bourgueil (2). C'est une restitution qu&nous faisons sans aucun regret.
LIL De tribus homitmm mansionibus.
Cette pièce, de six vers hexamètres, est imprimée dans les Œuvres de Philippe, abbé de Bonne-Espérance; mais nous ne connaissons pas un seul manuscrit qui recommande cette attribution. Dans tous ceux où nous l'avons rencontrée, les n oi 3696 B (fol. 17), 7596 A, 14194 (fol. 162), 14867 (fol. 175) delà Bibliothèque nationale, dans les papiers de Baluze, n° 120, fol. 319, dans un manuscrit de Vienne désigné par M. Endlicher (3), et dans les n 08 125, 887, 1562, de Troyes, elle est sous le nom d'Hildebert, ou bien elle est jointe, sans nom, à d'autres opuscules de ce poète. Elle est, d'ailleurs, de son style, et les bibliographes n'ont pas douté qu'elle ne fût de lui (4). N'omettons
(1) Cod. theolog. Vindob., 1. 1, ool. 991.
(2) Romania, 1. 1, p. 40.
(3) Catal. cod. phUol. Vindob., p. 170.
(4) Leyser, Hist. poes. etpoelar. med. «ut, pp. 390 el tuiv.
p'hildxbert de lavàrdin 103
pas de faire remarquer qu'il faut lire au cinquième vers, comme dans les manuscrits et l'édition de Jacques Hommey, dicantur au lieu de dicuntur. Avec dicimtur le vers est faux et la phrase n'a pas de sens.
Une série de distiques sur la même matière se rencontre dans le recueil intitulé Floridus aspeotvs^ et Ton est conduit à supposer, après avoir comparé les deux pièces, que les distiques sont la paraphrase des hexamètres. Le chantre de Reims a pris de hien plus grandes libertés avec révoque du Mans, car il s'est maintes fois approprié tel ou tel de ses vers.
LUI. Quid sit vita pudica.
Cette épigramme très sensée a été souvent imprimée. On Ta crue longtemps de Martial, et elle est dans toutes les éditions de ses Œuvres ; mais, dans les dernières, on Ta rejetée parmi les œuvres supposées, Epigvammata Martiali afficta (1). Beaugendre Ta tirée d'un manuscrit d'Evreux, où probablement elle était sans nom. M. Lenoble Ta donnée de nouveau d'après un volume de Strasbourg écrit tout entier, de Tannée 1159 à Tannée 1175, par l'illustre Herrade de Landsberg (2). Dans ce volume, dont on déplore la perte récente, elle était certainement anonyme. Elle Test également dans le n° 3761 (fol. 68) de la Bibliothèque nationale, et c'est d'après- cet exemplaire que M. Pressel Ta reproduite (3), la recommandant aux futurs
(1) Édit. Lemaire, t. III, p. 297.
(2) Bibl. de T École des chartes, if série, 1. 1, p. 260.
(3) Revue de Philotog. U I, p. 409.
104 v LES MÉLANGES POÉTIQUES
éditeurs de Y Anthologie latine comme un débris sauvé de la bonne antiquité. Cependant M. Riese n'a pas tenu compte de cette recommandation, ayant reconnu, dit-il, ce qu'ignorait M. Pressel, que cette épigramme avait été publiée par Beaugendre dans les œuvres d'Hildebert (1). Les attributions de % Beaugendre ne méritant pas, comme on le sait de reste, une grande confiance, M. Riese a peut-être eu, dans cette occasion, trop de scrupule. Assurément nous voudrions qu'une épigramme si bien tournée fût d'Hildebert. Hais vainement nous en cherchons la preuve ; nous ne là trouvons nulle part.
LIY. Quam periculosa mulierum familiaritas.
Beaugendre dit avoir extrait cette pièce du même manuscrit d'Evreux. Nous la retrouvons dans les papiers deBaluze (n° 120, fol. 321), qui l'avait sans doute copiée au même endroit; mais nous n'en connaissons pas un autre exemplaire.
En voici le sujet. L'auteur, ayant reçu d'aimables vers» carmina blanda, carmina mollia, d'une femme lettrée, lui répond en l'injuriant de la façon la plus grossière. C'est une véritable imprécation, en vingt vers dactyliques, dont voici le mécanisme : les vers riment deux à deux, à la finale, et, de plus, la sixième syllabe de chaque vers rime avec la douzième. Gela semble d'une fabrication très laborieuse. Mais l'apparence- doit ici tromper; nous avons, en effet, des poèmes entiers, qu'on peut même appeler de trop
(4) Al. Riese, AnthoU lot.* part. I, fesc. ii, prof., p. St.
d'hildebert de lavardin 105
longs poèmes, qui furent composés au moyen âge sur * ce rythme disgracieux.
La pièce n'est certainement pas d'Hildebert, qui n'a fait dans sa vie, comme on l'a dit, que quatre vers dactyliques. Elle est, d'ailleurs, écrite sur un ton qui n'est pas le sien. Quand il parle des femmes en gêné* rai, il ne les ménage pas ; nous le verrons même tout à l'heure les qualifier très durement. Les femmes en général ont servi de matière à bien d'autres amplifications. C'est un lieu commun souvent traité; à peu près tous les rhéteurs et tous les versificateurs du moyen âge, nous parlons de ceux dont le latin était la langue professionnelle, ont cru devoir faire quelque déclamation sur les femmes en général. Gela ne les empêchait pas d'être ordinairement convenables à l'égard des femmes en particulier. Hildebert, par exemple, peut être signalé comme ayant eu les meilleures manières dans son commerce avec elles. Une pièce de vers, que nous citerons plus loin, où précisément il répond à des vers féminins, est un vrai modèle d'urbanité.
Pour en finir avec celle que nous avons présentement sous les yeux, disons qu'elle est sans aucun talent et sans aucune originalité. Sous le rapport du rythme, elle rappelle <se poème De contemptu uvimdi dont l'auteur est, comme on le sait^ Bernard de Mortes'. L'imitation va même jusqu'au plagiat. Ainôi l'on trouve, dans le second livre du poème, une apostrophe contre les femmes où l'auteur de notre pièce a pris sans gêne ses plus fortes invectives : horrida noctua, publica' janua, trita semita, fossa novissima,
vipera pessima, etc., etc. (1). A notre avis, cette pièce, faussement mise au compte d'Hildebert, fut composée, vers la fin du xii° siècle ou le commencement du xni e , par quelque moine né ou devenu chagrin, mais certainement né sans esprit et sans délicatesse.