‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 6 sur 118 · I. Floridus aspectus · texte numérisé non relu

I. Floridus aspectus

Ce titre obscur précède un recueil de vers formé par le poète lui-mêipe.^G'est ce qu'il nous apprend dans une courte préface. Un prélat qu'il vénère, un très éminent personnage, lui avait demandé plusieurs de ses poèmes. Il en a, pour lui complaire, Rassemble quelques-uns, et les voici. Ce sont des pièces de toute sorte, composées sur les matières les plus diverses. Pourquoi leur a-t-il donné ce titre commun de Floridus aspectus? C'est -qu'il espère bien charmer son Mécène en lui présentant ce bouquet de* fleurs choisies : Quod floridi aspects sui gratia quorumlibet ani-

mos alliciat ad legendum. L'Humilité, dit Voltaire, est la modestie de l'âme (1). Soit! Voilà pourtant un poète très humble qui n'^est certes pas très modeste.

Beaugendre nous dit avoir tiré son texte d'un manuscrit que possédait un médecin de Tours, appelé Jacques Du Poirier ; mais il nous laisse ignorer s'il était dans ce manuscrit sous le nom d'Hildebert ; ce qui nous porte à croire qu'il l'a, de son chef, publié . sous ce nom. Nous le verrons, en effet, plus d'une fois agir aussi librement. Nous avons, pour notre part, trouvé divers exemplaires de ce Floridus aspectus, dans les n os 15692 de la Bibliothèque nationale,. 1136 de l'Arsenal, 237 de Munich, 825 de Douai- et 115 de Saint-Omer; et tous ces exemplaires sont anonymes.

Les vers élégiaques qui composent la plus grande partie du recueil ont, on le reconnaît, quelque ressemblance avec ceux d'Hildebert. Il en a fait de meilleurs; mais il y a dans les meilleurs, comme dans * ceux-ci, un trop grand luxe d'allégories et d'antiithèses. M. Édélestand Du Méril a pu citer un fragment du Floridus aspect us, en ignorant l'auteur, comme un exemple de ce mauvais style où les plus belles fleurs de la poésie sont employées à la parure d'images vulgaires, quoique mystiques, qui devraient choquer ceux qu'elles ne font pas sourire (2). Eh bien, ce style figuré, visant à l'effet, où le mot trivial est le mot saillant, est bien souvent le style d'Hildebert. N'ayant

(1) Dictionn. philos., au mot Humilité.

(2) Poésies latines antérieures au xn e siècle, p. 143.

d'hildebert de lavardin .3

pas assez de goût, il a trop d'esprit, Voilà donc un argument en faveur d'Hildebert. Mais il n'est pas, comme on dit, péremptoire. L'abus des allégories et des antithèses est, en effet, commun à tous les poètes du xn e siècle. Les arguments contraires ont, comme on le verra, beaucoup plus de valeur.

On Ta prié, dit le poète, d'envoyer les plus élégants de ses vers « anciens » : Petis ut quidquid in versu ab antiquo, in quantum recolligere possum, elegantiori stylo pr&pollens v/no volumine concludam tu&que devotionï transmittam. Puisqu'il s'agit de vers anciens, de vers égarés ou, du moins, dispersés, que le poète doit avoir, dit-il, "quelque peine à réunir, ce poète n'est plus tout à fait jeune. Ce n'est donc pas Hildebert, qui fut évêque dès l'âge de quarante-deux ans. On ne peut, en effet ; admettre qu'un évêque, écrivant à un de ses collègues, tu& devotioni, l'ait appelé son maître, dominus. Ne connaît-on pas, d'ailleurs, le prélat auquel le poète adresse cette liasse de vers? Beaugendre suppose que c'est Guillaume, évêque de Winchester, et cite, à l'appui de sa conjecture, dans le troisième livre des Lettres d'Hildebert, la lettre trentième (1). Mais d'abord l'objet de cette lettre semble différent. A la prière de Guillaume, évêque de Winchester, Hildebert consent, dit-il, à lui transmettre una copie de ses opuscules : Postulasti exarari tibi opuscula mea et exarata transmitti. Or ce ne sont pas précisément des opuscules qui composent le Floridus aspectus. Il y a bien quelques petites pièces, maig il

(!) Beaugendre, note de la col. 1310. — Bist. littér. de France t. XI, p. 381.

y en a plusieurs autres d'une fastidieuse longueur, qui paraissent être des morceaux détachés de quelque grand ouvrage. Remarquons ensuite que Pépître dédicatoire de ce Floridus aspeotus est à l'adresse non d'un évêque, mais d'un archevêque. C'est ce qui s'exprime poétiquement par : Gain, dignitatis eminentia tuorum insignia consodalwm supervoles et exedas. Enfin, le nom de cet archevêque se lit dans les vers suivants :

Tange, manus, calamum ; Samsonis pinge triumphos, De cujus titulis gallica vernat humus.

Fasciculos sibi(l) fac aliquos de floribus istis; Ex his connecti sarcina magna potest. . .

Ces vers sont mal placés dans l'édition de Beaugendre; il ne les a donc pas trouvés, dans le manuscrit du sieur Du Poirier, à la place qui leur convient et qui leur est donnée par d'autres manuscrits, c'est-à-dire soit au commencement, soit à la fin du recueil. De là sa vaine conjecture. En fait, comme on le voit bien, il ne s'agit pas ici d'un évêque anglais nommé Guillaume; il s'agit d'un archevêque français nommé Samson.

On ne connaît en France, durant tout le xn* siècle, qu'un seul archevêque ainsi nommé. Il occupait., un très haut sièg^le siège^de Reims, et nous avons. une seconde preuve qu'il s'agit ici de lui. Dans l'exemplaire du Floridus aspectus que possède la bibliothèque de l'Arsenal, 4 la suite de la pièce dont nous venons de transcrire les premiers vers, on lit cette autre, sur le

(1) Beaugendre donne tibi; mais tibi n'a pas de sens.

d'hILDEBERT DE LAVAHD1N 5

même prélat, De lande ejusdem, que Beaugendre n'a pas publiée :

Illum qui roseis scintillât ubique trophœis

Versibus orno meis, supplico parcat eis.

Prudens dispositor rerum, cui scribere nitor,

Pacis nutritor, purus in orbe nitor, Mente Deo pronus, in Christi messe. colonus,

Ad bona quœque bonus, prœsulis implet onus.

Erranti navis, patienti vincula clavis r

Cum zelo suavis, cum pietate gravis, Nil agit obscurum, jubar est sine nubeserenum,

Spes inopum, juvenum gloria, forma senum.

Christo devota mens haeret in œthere tota,

Mens penitus lofa crimine, sorde, nota ; Racheli Lyam, Marthœ sociando Mariam,

Incitât ad veniam nos per utramque viam.

Remis inops fidei prius, urbs ignara diei,

Ecce ministrat ei, lumen adepta Dei.

Plebs necedigna crucis, plebs rébus arnica caducis,

Fit compos lucis jura (1) sequendo ducis.

Mites elegit, tumidos servire coegit ;

Hos velut umbra tegit, hps quasi virga régit. Samsoni cedit laus pugnœ, turba resedit,

Perfida plebs crédit, moribus ordo redit ; Urbs prius exosa fit in ejus laude jocosa,

Inclyta, famosa ; tune rubus, ecce rosa. «-- Prœsulis explevi titulos, alaiide quievi,

Singula decrevi claudere laude brevi.

Non ars Nasonis, non claudat lingua Catonis

Inclyta Samsonis facta tôt ampla bonis; Mundo sopita, Christo vigil, arte perita,

Samsonis vita laude coruscat ita (2).

(1) Il faut peut-être lire jussa.

(2) No 1136 de l'Arsenal, fol. 15.

Ainsi, Ton ne peut maintenant en douter, c'est bien pour Samson, archevêque de Reims, que le poète a formé son recueil. Or les auteurs de la Gaule chrétienne nous apprennent que ce prélat éminent reçut l'anneau pastoral au cours de Tannée 1140 (1). Donc l'auteur du Floridus aspectus n'est pas Hildebert, qui mourut environ sept ans auparavant. Gela nous paraît clairement démontré.

Est-ce plutôt l'un des Serlon? On trouve, au tome XV de VHistêire littéraire (2), la notice analytique d'un manuscrit de la reine Christine où sont mentionnées, sans nom d'auteur, avec bien d'autres pièces, quatre de celles qui font partie du Floridus aspectus (3), et l'éditeur de cette notice, dom Brial, attribue ces quatre pièces à un Serlon quelconque. On ne sait lequel, car il confond les deux poètes de ce nom, après les avoir plus ou moins bien distingués. Quoi qu'il en soit, Pattribution n'est aucunement fondée. S'il y a des vers de l'un des Serlon, Serlon de Wilton, dans le volume de la Reine où dom Brial nous signale les quatre pièces extraites du Floridus aspectus, il y en a beaucoup d'autres de Matthieu de Vendôme, de Primat, de Pierre Riga, de Simon Chèvre-d'or et d'Hildebert ; il y en a même qu'on rapporte à l'antiquité profane. C'est un recueil de vers de toute provenance, et, en fait, aucune des pièces anonymes que contient ce recueil n'est à réclamer pour l'un des Serlon (4).

(1) GaUia christ., t. IX, col. 85.

(2) Histoire littéraire de la France, t. XV, p. 13.

(3) De quatuor evangelistis ; De thure et de auro et de myrrha , De Daniele, de Job et de Noe ; De virginitate B. Maris.

(4) Voir notre notice sur ce manuscrit de la reine Christine : No tices et exlr. des man., t. XXIX, deuxième partie, p. 231.

d'hildebert de lavardin 7

Nous devons écarter encore une supposition que l'on n'a pas faite, mais que l'on pourrait faire. Dix vers empruntés à réloge de l'archevêque Samson se lisent dans les Œuvres de Philippe de Harveng, abbé de Bonne-Espérance (1). Or, puisque l'archevêque et l'abbé vécurent dans le même temps, ne pourrait-on pas dire, en montrant ces vers, que l'auteur du Floridus aspectus est trouvé, que c'est l'abbé Philippe? Mais, parmi les œuvres publiées sous le nom de ce Philippe, la plupart, on l'a depuis longtemps reconnu, ne sont pas de lui. Il est donc, pour le moins, vraisemblable que ces dix vers, tirés d'une pièce qui en a ttentehuit, ont été mal à propos insérés, comme d'autres, dans le recueil de ses Œuvres.

Ainsi la question reste à résoudre. Ce qui paraît dès l'abord en compliquer la solution, c'est que tous les exemplaires du Floridus aspectus diffèrent en quelque manière les uns des autres. Dans le n° 1136 de l'Arsenal et dans le n° 115 de Saint-Omer, le bouquet offert par le poète anonyme est bien plus copieux que dans l'édition de Beaugendre; il l'est moins, au contraire, dans le n° 825 de Douai. La dissemblance des exemplaires nous cause donc quelque embarras. Cependant, puisque la même dédicace se trouve en tête des uns et des autres, on a lieu de croire que le plus considérable est le plus conforme à l'original. Mais ne faisons pas ici de conjectures inutiles. Si nous montrons d'où sont tirées la plupart des pièces contenues dans tous ces recueils et si nous en indiquons sûre-

(1) Philippi Opéra, p. 800. — Hisl. littér. de la Fr. t t. XIV, p. 272.

ment l'auteur, on n'hésitera pas sans doute à lui rap" porter les autres. Or, pour faire cette démonstration, l'édition de Beaugendre nous suffit.

La première des pièces qu'elle nous offre et dont voici le premier vers,

Nectareum rorem terris instillât Olympus,

était intitulée dans le manuscrit Du Poirier, comme dans le manuscrit de l'Arsenal, De nativitale Chrkti. Ailleurs elle a pour titre : De virginitate B. Marix, Sertum S. Virginis, De conceptu et partu Virginis. Elle est sans aucun nom d'auteur dans les n os 8865 (fol. 262) et 15692 (fol. 158) de la Bibliothèque nationale, 339 de la Mazarine, 344 de la reine de Suède au Vatican, 237 deMunich et 825 de Douai. Gomme nous la retrouvons dans quatre copies du Floridus aspectu$, il est évidemment plus que probable qu'elle appartient à l'auteur de la préface. Quoi qu'il en soit, rendons à ce poète le service de corriger quelques mauvaises leçons, quelques vers faux dont la responsabilité n'appartient qu'à Beaugendre. Il faut lire, au vers 17, alvum au lieu (Valtum; au vers 22, cera au lieu de sera; au vers 25, nux, favtos, au lieu de mox, favus; au vers 31 , fuit au lieu de sunt. Ces fautes sont déjà graves, mais il y en a beaucoup d'autres, dans la même édition, qui le sont bien davantage. Ainsi les vers 35 et 36 ne peuvent être compris tels que Beaugendre les donne, et, de plus, ils offrent un gros solécisme :

Hœc est illa parens sacra, cujus nomen in ore, Est favus in corde, dulcis in oremelos;

d'hildsbert de layardin 9

mais l'unique péché de ces deux vers est, dans les manuscrits, une licence autorisée par Jean le Gamaldule:

Hœc est illa parens sacra, eu jus nomen in orè Est favus, in corde lumen, in ore melos.

Les deux suivants ne sont pas moins inintelligibles :

Hœc est quam cœli pictor Deus intus et extra Pinxit, et angelica dote poli vit eam.

En effet, on ne polit pas une peinture avec une dot, dote. Mais l'invention du procédé revient à Beaugendre; il y a dans nos manuscrits cote, c'est-à-dire avec une pierre ponce. Plus loin, au vers 39, refulsit, avec un régime direct, est vicieux : lisez refudit; au vers 50, nectaris et non muneris; au vers 57, omnes et non omnis. Enfin corrigez ainsi le vers 62 :

Frustra luce facis tento juvare diem.

A cette condition seulement vous pourrez l'entendre. On sait maintenant combien il faut se méfler des textes de Beaugendre. Evidemment les meilleurs poètes pourraient être compromis par de tels éditeurs. La seconde pièce commence par :

Aaron virga, Dei Virgo peperisse feruntur:

Arboris illa nuces, œtheris illa Deum ;

et Beaugendre l'intitule : De partu virgineo. C'est aussi le titre que nous offre le manuscrit de l'Arsenal; mais on lit dans le manuscrit de Douai : De virga Aaron. Ce petit poème, qui manque dans notre n° 15692, adonc été négligé par quelques copistes. Cependant on

ne devine pas ce qui les a pu décider à le mettre de côté. Il vaut le précédent, sans plus valoir : il est du même style et certainement du même auteur.

Le troisième, De venditione Joseph, est dans notre n° 15692 et dans le n° 1136, fol. 3, de l'Arsenal ; mais il n'est pas dans le manuscrit de Douai. Pour ce qui regarde l'auteur, nous le connaissons parfaitement; c'est Pierre Riga. L'épisode appartient au troisième livre de la Genèse, dans YAurora. Disons même -que c'est un des meilleurs morceaux de ce poème. Mais Beaugendre nous Ta gâté en nous le donnant farci de vers où manquent le sens et la mesure. Nous ne pouvons signaler toutes les fautes commises par l'éditeur ; elles sont vraiment trop nombreuses. Il faut cependant en corriger quelques-unes. Par exemple, on ne doit pas lire ainsi les deux premiers vers :

Cum natura Jacob duodena stirpe beasset, In pueris forte gratia multa fuit ;

mais ainsi :

Cum natura Jacob duodena proie beasset, la pueris formée gratia multa fuit.

Au vers 13, ne lisez pas genaque; lisez simplement gêna; l'addition de que fausse le vers. Quand, au vers 33, Joseph commence le récit de son rêve, jl dit, chez Beaugendre :

Res habet, imus agro, manus instat nostra maniplis.

Que veut-il dire ? Aucun de ses frères ne peut assuré-

d'hildebert de lavardin 11

ment le comprendre. Mais, dans nos manuscrits, il s'exprime très clairement :

Nos habet unus ager, etc.

Le récit de la visite au vieux Sichem n'est pas moins corrompu dans le texte de Beaugendre :

Surda tacent puero loca, stat puer, haesit in illo Lu raine : vir didicit quid petat, ille docet.

Rusticusexit in his : Dotahim loca consule; reddit : Quid petis? Illelocum ? Crédit abitque puer;

mais nos manuscrits donnent :

Surda tacent puero loca; stat puer; hœsit inillum Lumine vir, didicit quid petat ; ille docet.

Rusticus exit in haec : « Dotaym loca consule ; reddet Quod petis ille locus. » Crédit abitque puer.

Nous passons à la quatrième pièce : De Job, Noe et Daniele (1). Comme la précédente, elle est extraite de YAwrora. Dans le manuscrit de YAurora que nous avons sous les yeux, le n° 592 de la bibliothèque Mazarine, elle est au fol. 120. C'est encore un des morceaux les plus travaillés de ce poème. Il faut, il est vrai, renoncer à le comprendre dans le texte donné par Beaugendre; nous y remarquons néanmoins d'assez heureux changements, qui ne sont pas certainement de cet éditeur. Il a faussé naïvement beaucoup de vers, les ayant mal lus ; jamais il n'a pris la liberté d'en modifier un seul avec l'intention de le rendre meilleur. Ainsi la copie contenue dans le manuscrit

(1) Au fol. 7 du manuscrit de l'Arsenal.

Du Poirier avait été faite sur un texte amendé par l'auteur lui-même (1).

De tribus donis magorum; tel est le titre de la cinquième pièce (2). Elle est pareillement dans VAurora, au vers 465 de la seconde partie, fol. 104 de notre manuscrit. Mais encore ici les différences ides deux textes sont très notables. Il y a dans celui de Beaugendre six vers de plus, qui ne sont pas six vers inutiles; ils sont donc, on n'en peut douter, de l'auteur. Ce qui le prouve mieux encore, c'est qu'ils sont aussi dans le manuscrit de l'Arsenal. Cependant, prenons y garde, l'auteur n'est pas coupable de toutes les incorrections qu'on rencontre encore ici dans le texte de Beaugendre. Ce n'est pas à lui qu'appartient ce vers :

Qui latet interius adhuc de verbis ilice sensum;

il avait écrit :

Qui latet intus adhuc

Ajoutons qu'il faut lire ainsi les deux derniers vers :

Dat myrrham qui se macérât, thus quilibet orans Cum lacrymis, aurum qui sapienter agit.

Nous ne trouvons pas dans VAurora la sixième pièce > De tribus hominis mansionibus ; mais nous la trouvons, du moins, dans le manuscrit de l'Arsenal (3), sous ce titre : De triplici domo justi; ce qui nous procure le

(1) On peut lire une édition plus correcte de ce fragment dans le tome XXIX, deuxième parlie, des Notices et extraits des manuscrits, p. 243.

(2) Au fol. 9 du manuscrit de l'Arsenal.

(3) Fol. 9.

d'hildebert de lavardin 13

moyen de corriger trois vers de Beaugendre auxquels personne n'a jamais rien compris.

Le premier est celui-ci :

Sorte diversa trium est, mit hœc, jacethœc,stat et illa, qu'il faut amender de cette façon :

Sors diversa trium est, mit hœc, jacet hœc, stat et illa,

Les deux autres se lisent ainsi chez Beaugendre :

Vita later tumbara, caro cœlum, spiritus exit Suspirans, intrat mortua, lœtus init;

et doivent se lire ainsi :

Vita larem, tumbam caro, cœlum spiritus exit Suspirans, intrat mortua, lœtus init.

On ne peut s'étonner de ne pas rencontrer dans YAurora la septième pièce, la pièce de circonstance, l'éloge cité de l'archevêque Samson (1); mais la huitième, De quatuor evangelistis (2), n'y manque pas; la seconde partie du poème commence précisément par cet extrait. Nous remarquons et nous signalons de nouveau la dissemblance des deux textes. Si plusieurs vers de celui que nous offre Beaugendre ©'étaient pas corrompus, il serait incontestablement le meilleur, car il y a des additions, des corrections de toute sorte, qu'on ne saurait se défendre d'approuver. Enfin les vingt-sept êpigrammes qui terminent, dans l'édition, le Floridus aspect tes, n'appartient pas à vrai dire, à YAurora, mais il nous est démontré qu'au moins les

(1) Fol. 14 du môme manuscrit.

(2) Fol. 8.

dix premières sont du même auteur. Non seulement, en effet, elles font aussi partie du Floridus aspectus dans le volume de l'Arsenal (1), mais elles se lisent encore, à la suite del'Aurora, dans plusieurs manuscrits, notamment dans le n° 8098 de la Bibliothèque nationale.

N'en savons-nous pas assez pour conclure ? Des collations que nous venons de faire il résulte que la plupart des pièces, humblement offertes par l'auteur à l'archevêque Samson, sont des morceaux empruntés au grand poème de Pierre Riga. Or, au temps où Samson gouvernait l'église métropolitaine de Reims, Pierre Riga, chanoine de la même église, y remplissait les fonctions de grand-chantre. C'est pourquoi Yon peut sans difficulté lui rapporter cette préface dont l'auteur appelle cet archevêque son vénéré ce maître. » Nous concluons donc, non sur de simples conjectures, mais sur de bonnes preuves, qu'il ne faut pas plus attribuer le Floridus aspectus à l'abbé de Bonne-Espérance qu'à l'un des deux Serlon ou qu'à l'évêque du Mans Hildebert, et que l'auteur certain de ce recueil est le chanoine de Reims Pierre Riga. Quant aux différences signalées entre les textes, elles s'expliquent sans peine. Formant pour son archevêque une liasse de ses meilleurs vers, le chanoine les aura retouchés avant de les offrir. Ces retouches étaient même quelquefois nécessaires ; des fragments détachés d'un poème historique n'auraient pas fait bonne figure sans quelques compléments.

(I) Fol. 2.

d'hILDEBERT DE LAVARD1N 15

Page 1