VIII. Sponsus adversus sponsam. Responsio sponsx
Comme on Ta vu, Nicolas Chamart avait, en l'an-
(1) Mss. Jat. de la Bibl. nat. n* 17556, fol. 492. — Elio Berger, Notice sur dio. mari. — Richard le Poitevin, p. 85. ' '
(2) Voir notre Notice sur quelques cliancel. de Chartres, dans les Comptes rendus de l'Académie, année 1872.
née 1621) publié, sous le nom de Philippe, abbé de Bonne-Espérance, un assez grand nombre de petits poèmes qui devaient être, en Tannée 1708, revendiqués par Beaugendre au nom d'Hîldebert. Nous n'avons pas admis toutes ces revendications, qui ne sont pas toutes appuyées par d'anciens témoignages. Cependant les auteurs de Y Histoire littéraire n'ont pas jugé que Beaugendre eût assez dépouillé l'obscur abbé de Bonnè-Espérance au profit de l'illustre évêque du Mans (1), et, suivant leur conseil, le dernier éditeur a fait au recueil de Chamart quelques emprunts nouveaux. Ce conseil devait-il être suivi ? C'est ce que nous allons apprécier. Il s'agit d'abord d'une pièce dont voici la matière. Un marchand, partant pour les terres lointaines, laisse au logis sa femme Jeune et belle. Comme ce marchand prolongeait beaucoup trop son absence, un voisin s'éprend de cette femme délaissée et lui fait de tendres aveux. Celle-ci le repousse; mais, par la noblesse de ses refus, elle accroît son estime, et, peu de temps après, étant su? le point de mourir, l'amoureux lègue toute sa fortune à la vertueuse voisine dont il n'a pu se faire aimer. Le mari revient alors, et, voyant sa femme riche, il la croit infidèle et l'accuse devant les juges. La femme, qui se défend avec dignité, gagne son procès. Nous avons dans le poème les deux plaidoyers et la sentence. Il y a dans ces deux plaidoyers quelques vers bien faits et beaucoup d'autres très plats. C'est le style inégal du xn e siècle. Mais s'ensuiUil que ce poème
(1) Hist. litt. de la France, t. XI, p. 400 ;t. XII, p. 292 et stiiv.
d'hildebert de lavardin 167
soit d'Hildebert ? On n'en cite aucune copie qui porte son nom. Nous avons déjà fait connaître un nombre considérable de recueils où sont réunis beaucoup de poèmes dont Hildebert est Fauteur certain ou douteux; eh bien 1 la pièce dont il s'agit n'existe dans aucun de ces recueils. Devons-nous cependant la laisser à l'abbé Philippe ? Elle n'est ni de l'abbé Philippe, ni d'Hildebert; elle est de Pierre Riga, dépouillé, comme on le voit, au profit de tout le monde. On la trouve dans le Floridus aspect us, au feuillet 26 du numéro souvent cité de l'Arsenal.
IX, Epitaphium Senonensis episcopi,
Tel est le titre. Le texte nous apprend, au dernier vers, que cet évêque persécuté, mis en prison, exilé par un comte de sa province, s'appelait Pierre. Ce ne peut être évidemment, parmi les évêques ou plutôt parmi les archevêques de Sens, Pierre I er , mort en 787, qui ne parait pas avoir éprouvé de telles disgrâces (1), Ce n'est pas davantage Pierre II, mort en 1222 (2), un siècle environ après Hildebert, qui vécut aussi fort tranquillement sur son siège. Dom Brial nous fait remarquer que cette pièce, publiée sous un faux titre, fut composée en l'honneur de Pierre, évêque de Poitiers, à qui la rapporte un témoin authentique, Guillaume de Malmesbury: Degest. regum Ânglix, lib. V(3). Or nous avons déjà cité deux fausses épitaphes de cet
(I) GcUlia christ, t. XII, col. 14.
(?) lbid. col, 59.
(3) Hist. litt. de la France, t. XII, p. 292.
évêque, et nous avons dit qu'Hildebert n'est l'auteur d'aucune d'elles. Celle-ci lui doit-elle être plus sûrement attribuée? Nicolas Chamart et le P. Labbe (1) la donnent à l'abbé de Bonne-Espérance. Quoique cette attribution ne soit justifiée par aucun témoignage, elle est peut-être recevable. Nous n'avons rien pour la contredire.