III. Epitaphia Pétri, Pictaviensis episcopi
Beaugendre nous donne consécutivement, sous le nom d'Hildebert, deux épitaphes qu'il rapporte l'une et l'autre à Pierre, évêque de Poitiers. Une troisième pièce du même genre, faite en l'honneur du même
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évoque, doit être encore publiée, sous le nom du même poète, par M. l'abbè Bourassé. Cependant aucune de ces prétendues épitaphes ne fut gravée sur aucune tombe. L'épitaphe authentique de Pierre, évêque de Poitiers, a été reproduite dans le Gallia christiana d'après la chronique de Maillezais (1).
Les deux « titres » édités par Beaugendre sous le nom d'Hildebert sont, l'un en vers hexamètres, l'autre en vers élégiaques. Les hexamètres ne sont pas bons; les élégiaques ne sont pas meilleurs. L'éditeur a tiré les premiers de deux manuscrits anciens, l'un de Tours, l'autre d'Évreux. Nous en connaissons une copie moderne, dans les papiers de Baluze, n° 120, fol. 323, et nous reprochons à Beaugendre de n'en avoir pas fait usage, puisqu'il l'avait sous les yeux. Ayant, en effet, laissé dormir trop longtemps le projet de son édition, Baluze apprit un jour que le même dessein allait être exécuté par un bénédictin réformé de Saint-Germain-des-Prés. Aussitôt il lui fit remettre libéralement toutes ses copies, l'autorisant à s'en servir. En tête de ces copies, qui sont aujourd'hui conservées, comme nous l'avons dit, à la Bibliothèque nationale, on lit cette note édifiante : « Papiers que j'avois « prestez au R. P. Beaugendre pour son Hildebert, lesquels m'ont été rendus après sa mort, le 16 septembre 1708. » C'est un fait vraiment digne de mémoire que cet abandon sans réserve d'un travail si considérable; un tel désintéressement n'est pas ordinaire, même chez les érudits.
(1) Gallia christiana, t. II, col. 1170.
Ainsi Beaugendre avait sous les yeux, comme nous l'avons dit, une troisième copie de la première épitaphe, et, comme elle est de la main de Baluze, il avait d'autant moins le droit de la mépriser. Elle aurait pu d'abord lui servir à corriger le second vers :
Illic et turres, quibus iter ad astra, locasti.
car ce vers faux est correct dans la copie de Baluze, où on lit :
Illic et turres quibus itur ad astra locasti.
Ensuite il aurait pu, d'après la même copie, remplacer totus par tutus au cinquième vers, et, au neuvième, condoluisti par consuluisti; on appelle un médecin pour recevoir de lui, non de vaines consolations, mais d'utiles conseils. Enfin, au vers dix-neuvième, pertulit n'a pas de sens, et, au dernier, édita nous offre une faute de quantité. Baluze donne peroulit, cœlica; ce qui vaut beaucoup mieux.
Cependant, ces corrections faites, la pièce est encore très mauvaise, et nous n'estimons aucunement digne de foi le témoignage des manuscrits, s'ils l'attribuent à l'évêque'du Mans. Elle n'est pas de son style toujours poli, presque toujours précieux. Pierre II, évêque de Poitiers, étant mort en l'année 1115, il faudrait supposer qu'Hildebert a composé vers la fin de sa vie cette insignifiante série d'hexamètres lourds, plats et sans rythme. Gela est tout à fait invraisemblable.
Quant à la seconde pièce, nous la croyons de Pierre Riga. Elle est, en effet, jointe au Floridus aspectus dans le n° 1136 de l'Arsenal, fol. 58. Ajoutons que Beau-
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gendre Ta rapportée, sans aucune raison à Pierre, évêque de Poitiers, Dans le manuscrit de l'Arsenal le titre est plus vague; on y lit simplement : Epitaphium optimi viri. Il est vrai que cet homme de bien s'appelait Pierre ; mais il y eut certainement, dans la première moitié du xn e siècle, bien des honnêtes gens de ce nom qui ne furent pas évêques de Poitiers. Il s'agit, d'ailleurs, dans cette seconde pièce, d'un poète, non d'un évêque :
Pieridum lyrifer, virtiitum signifer artis (1) Clavifer