‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 9 sur 118 · IV. Epitaphium magistri Anselli · texte numérisé non relu

IV. Epitaphium magistri Anselli

Beaugendre a encore tiré cette épitaphe du volume qui porte aujourd'hui le n° 5129 de la Bibliothèque nationale. Elle s'y trouve, au feuillet 101, après le Physiologus d'un certain Thibauld, poète médiocre, sur lequel on n'a pas encore recueilli de suffisantes informations. Nous avons déjà dit que ce volume, composé de pièces disparates et pour la plupart anonymes, n'est pas du tout un recueil des œuvres d'Hildebert ; mais, ayant cette fausse opinion, Beaugendre a d'abord 'imprimé le Physiologus sous le nom d'Hildebert (2), quoiqu'on lise à la fin le nom de Thibauld :

Carminé finito, sit laus et gioria Christo,

Cui, si non aiii, placeant hœc metra Thibaldi (3) ;

(1) Dans Beaugendre : viiis. Vitis fausse le vers et n'a pas de sens.

(2) Opéra Hildeb., col. 1173-1178.

(3) Ibid., col. 1178.

il n'est donc pas surprenant qu'il ait ensuite édité sous le même nom une épitaphe dont L'auteur ne s'est pas désigné. En cela, toutefois, il a commis une grave erreur, depuis longtemps signalée. Cette épitaphe n'est pas, comme il l'a conjecturé, celle d'un chantre obscur du Saint-Sépulcre, probablement, dit-il, chanoine de Paris; elle fut composée pour l'illustre Anselme de Laon, un des maîtres de Pierre Àbélard, et les auteurs de Y Histoire littéraire nous attestent qu'on la voyait encore sur sa tombe, vers le milieu du dernier siècle, au lieu de sa naissance et de sa mort, en l'église abbatiale de Saint-Vincent (1). Il faut l'attribuer, suivant André Duchesne, à tel ou tel de ses écoliers (2). Les auteurs de Y Histoire littéraire auraient dû s'en tenir à cette attribution incertaine; mais au tomeX, p. 179, ainsi qu'au tome XI, p. 383, ils donnent la même pièce à Philippe, abbé de Bonne-Espérance, et, au tome XIV, p. 293, ils la réclament pour Hildebert. L'éditeur de l'abbé Philippe, Nicolas Ghamart, l'avait, en effet, publiée sous son nom, et sous le même nom elle se lit encore dans le Trésor du P. Labbe (3). Mais, nous en avons déjà fait la remarque, il n'y a pas moins d'oeuvres supposées dans l'édition de l'abbé Philippe par dom Ghamart que dans celle d'Hildebert par dom Beaugendre. Les deux éditeurs manquaient également de critique. En fait, cette épitaphe, qui se trouve encore dans d'autres manuscrits, comme, par exemple, dans

(1) Histoire littéraire delà France, t. X, p. 479.

(2) André Duchesne, Notas ad historiam calamitatum P, Abailardi not. 31. Edit. Amboes., p. 18; édit. V. Cousin, p. 54.

(3) Phil. Labbe, Thés, epitaph., p. 83.

d'hildebert de lavardin 2t

le n° 2521 de Vienne (1), n'est dans aucun, voilà ce qui nous importe, sous le nom d'Hildebert.

V. EpUaphia comitis Flandrensis, cujusdam probi viri, Milonis in carcere jugulati.

Suivent trois épitaphes empruntées par Beaugendre au même volume, le n° 5129 de la Bibliothèque nationale. Elles y sont pareillement anonymes. La première, fol. 102, concerne un comte de Flandre que Ton croit être Baudouin VII. Elle suit la pièce sur Robert d'Arbrissel, et l'on ne connaît pas plus l'auteur de l'une que celui de l'autre.

La seconde, fol. 101, se lit après celle de maître Anselme. On ne Ta pas, toutefois, attribuée à l'abbé de Bonne-Espérance. Il est certain que ces deux épitaphes ne sont pas du même style. Celle de maître Anselme a la concision inélégante des inscriptions lapidaires; celle du vertueux personnage est, au contraire, d'une élégance très étudiée. Du premier au dernier vers elle n'offre qu'une série de subtiles antithèses. Hildebert ayant eu trcp de goût pour cette figure de rhétorique, on n'hésiterait pas à croire qu'il a vraiment composé la seconde de ces épitaphes, si quelque manuscrit de bonne date la lui donnait; mais on n'en connaît aucun, ancien ou moderne, où elle porte son nom .

L'épitaphe de Milon (évidemment ce n'est pas une épitaphe) paraît concerner Milon II de Brai, sieur de Montlhéry, fait prisonnier dans une embuscade, puis

(1) Endlicher, Calai, cod. phitolog. lai. bibliot. Vindob., p, 171.

étranglé dans sa prison, par Hugues de Couci (1). Les chroniques rapportent à Tannée 1118 ce tragique événement (2). Hildebert, alors évêque du Mans, a donc pu faire des vers pour venger la victime et flétrir le bourreau. Cependant le manuscrit copié par Beaugendre, fol. 103, offre la pièce sans nom d'auteur.

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