‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 83 sur 118 · DBS PIÈGES OMISES OU REJETÉES PAR TOUS LES EDITEURS · texte numérisé non relu

DBS PIÈGES OMISES OU REJETÉES PAR TOUS LES EDITEURS

Nous abordons maintenant la partie la plus difficile et, comme on va l'apprécier, la plus délicate de notre tâche. Beaugendre n'a pas connu toutes les pièces qui portent le nom d'Hildebert en des manuscrits plus ou moins dignes de confiance. De cela sans doute on n'est pas étonné. Mais on ne pourra ne pas l'être en apprenant que, dans les manuscrits où Beaugendre a pris sans choix tant de pièces anonymes, il y en a de pareilles qu'il n'a pas données. Ce n'est pas qu'il les ait trouvées moins rapprochées de celles dont Hildebert est Fauteur certain ; quelques-unes, au contraire, le sont davantage. Pourquoi donc n'a-t~il pas publié celles-ci comme celles-là ?

Certainement il n'était pas un éditeur assez attentif. Ainsi, toutes les pièces imprimées dans le mince re* cueil de Jacques Hommey ne se lisent pas dans celui de Beaugendre. Or ce ne sont pas là des retranchements volontaires ; il y a péché d'omission. Nous croyons que Beaugendre a de même oublié quelques pièces dans les manuscrits qu'il a vus. Mais nous croyons aussi qu'il s'est défendu par pudeur d'en publier quelques autres. On n'avait pas, au moyen

âge, une notion très exacte de ce que nous entendons par la décence littéraire. Gomme Ta justement remarqué M. Édélestand Du Méril, nous trouvons, dans les manuscrits de ce temps-là, les vers les plus libres accolés aux vers les plus pieux (1). Ce mélange, qui nous parait aujourd'hui peu convenable, ne choquait pas évidemment les copistes, quoiqu'ils fussent clercs ou moines. Il faut même accorder à M. Edélestand Du Méril que ces œuvres si diverses sont bien souvent des mêmes auteurs. Parmi les poètes latins du xn e siècle, la plupart ont fait quelques vers dont l'enjouement brave l'honnêteté. Disons toutefois, pour atténuer la gravité du fait, que ces épigrammes dont la crudité nous offense ne devaient pas être mises sous les yeux de la multitude. On les composait pour soimême, on les communiquait à des amis choisis, qu'on savait être, sinon rigides, du moins discrets ; elles n'étaient copiées que par qui ou pour qui les goûtait. Jamais il ne pouvait y avoir délit d'outrage à la morale publique.

Quoi qu'il en soit, nous avons dans les manuscrits, tout près des plus chastes pièces d'flildebert, des pièces très libres et même plus que libres, que Beaugendre a sciemment omises. Nous les ferons connaître et nou3 rechercherons si l'auteur de ces pièces est bien Hildebert, comme les manuscrits le disent ou semblent le dire et comme Baluze Ta cru. Voilà, ce que nous appelons une affaire délicate.

Ces explications données, nous allons commencer

(1) Poésies populaires lai. du moyen âge, p. 223.

l'examen des petites pièces de tout genre, sacrées, profanes, ou simplement, pour employer une expression de Beaugendre, indifférentes, qui sont restées inédites., bien que rangées par les copistes parmi les œuvres d'Hildebert, ou qu'on lit imprimées sous d'autres noms que le sien, bien qu'elles lui soient positivement attribuées par quelques manuscrits. Nous en tirons la première série des Papiers de Baluze, n° 120, en les mentionnant suivant Tordre qu'elles ont dans ces Papiers.

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