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VALEUR DIVERSE DES NOTES OU DES FORMULES

L est facile de voir que dans la notation du chant grégorien, telle que la tradition nous l’a transmise, les signes sont loin d’avoir toujours une valeur fixe et absolue. Cette valeur, au contraire, varie suivant les circonstances; et pour la déterminer il est nécessaire d’avoir égard à la position diverse que les notes peuvent occuper par rapport à la phrase grammaticale ou à la phrase musicale.

On ne peut nier qu’il n’en soit d’abord ainsi de la note simple. Bien quelle soit toujours identique dans sa forme, il serait contraire aux lois les plus essentielles du chant de l’exprimer toujours de la même manière; elle a une valeur variable, une valeur déterminée, comme nous l’avons dit, par la nature de la syllabe à laquelle elle se rapporte.

La formule, de son côté, s’exprime par des sons multiples, mais si intimement liés que les auteurs en parlent comme d’une note unique : plures chordæ sonant dum una nota profertur. Pour eux, 1 e podatus est une note, la clivis une note, le torculus •, le porreclus , etc. chacun une note. La formule tient la place tantôt d’une note d’accent, tantôt d’une note de pause, tantôt d’une note ordinaire. L’expression que la note simple recevrait de la syllabe du texte passe et se fond dans la formule.

Les accents et les pauses se fondent dans les formules.

Ainsi

Iste sanctus

se chante comme s’il y avait :

Iste sanctus,

c’est-à-dire avec deux accents et deux pauses. Ici la première syllabe de chaque mot est, dans le chant syllabique, forte sans allongement; la seconde longue, mais faible. Que la voix en se reposant sur te s’incline jusqu’au fa , le caraétère du mouvement restera le même; qu’ensuite la voix au lieu d’attaquer direélement le la donne, pour commencer sandlus , un sol de préparation, ce sol recevra le coup de l’articulation au dépens

Ht s mélo&tes grégoriennes.

Les vigies de position.

Dernière note d'un groupe.

du la , qui sera moins fort et devra se lier au sol : l’accent se trouvera fondu dans le podatus , et la syllabe restera aussi bien accentuée dans un cas que dans l’autre, sans qu’il soit besoin d’arrêter le mouvement sur la note culminante du podatus. Les syllabes Is et tus conserveront la valeur quelles avaient auparavant. Nous trouvons les mêmes notes dans l’exemple suivant :

Lux æ-térna.

Ici lux possède à la fois l’accent et la petite pause de suspension ; la clivis suivante se compose de deux sons simplement liés, et coulés doucement sans nuance particulière. Le reste se chante comme sanâïus dans l’exemple que nous étudiions d’abord.

Cette liaison des sons de la formule, qui tend à l’identifier autant que possible à la note simple, est ce qui en fait le caraéfère essentiel. Pour le reste, la formule comme la note simple est soumise aux règles de position. On l’a remarqué avec raison, “ les règles théoriques, modifiant la signification apparente des signes, entraient si bien dans les procédés musicaux du moyen âge, que la notation proportionnelle, à son début, ayant à expliquer des combinaisons souvent compliquées, ne se mit pas en peine de chercher des signes nouveaux, et laissa à la théorie, aux règles de position, le soin de suggérer au chanteur souvent toute autre chose que le sens apparent des notes.”

Ainsi, dans une formule, quelle qu’en soit la figure, le dernier son est tantôt long, tantôt bref : il est long à la fin d’une syllabe musicale, plus long après un neume, très-long lorsqu’il termine la distinction; il est bref, au contraire, avant une syllabe dans un mot déjà commencé. C’est là une première différence de valeur due à la différence de position; elle en entraine plusieurs autres : nous allons signaler les principales.

i° Si la formule est composée de deux sons ( clivis ou podatus), elle est toute entière allongée avant les pauses.

2'J Si la formule comprend trois sons, elle n’est toute entière ralentie qu’avant un repos final. Mais quand elle termine seulement une phrase ou un membre de phrase, le dernier son seul est long, les autres brefs. Ailleurs le dernier son étant bref, le

Observations sur la Valeur des notes.

premier peut être long, surtout s’il est culminant. Nous ne voulons pas dire qu’il faille mesurer le chant : les longues sont surtout les notes de pause; les brèves sont celles qui suivent le simple mouvement de récitation. Voyons les exemples :

Torculus composé de trois notes brèves, i ; ou de deux brèves et d’une longue, 2 :

eaB

mundâ- bor.

Conforta- tus est.

Climacus commençant par deux brèves et finissant par une longue, 3; ou commençant au contraire par une note longue et finissant par deux brèves, 4 :

Et rege e-os.

usque in ætér-num.

La valeur d'un même groupe peitt varier.

P or reclus composé de deux notes brèves suivies d’une longue, 5; ou d’une longue suivie de deux brèves, 6 :

Omnes gen- tes.

Vi- ta.

Dans la formule de trois sons, le premier et le dernier ne doivent jamais être à la fois plus prolongés que le second.

On doit surtout éviter de donner un mouvement saccadé à la note médiaire des formules dont il vient d’être question, surtout du climacus ou du scandicus.

Cette dernière formule suit la règle que nous avons donnée, c’est-à-dire que sa note finale est longue si elle coïncide avec une pause, brève si elle précède une syllabe dans le corps d’un mot. Dans ce dernier cas, on doit donner un léger mouvement d’impulsion à la voix sur la seconde note, sans toutefois la prolonger.

Exemple

Euge serve bo-ne.

Ües mcloîries grégoriennes.

On en agit ainsi pour éviter d’amener l’effort de la voix sur la note qui précède immédiatement une syllabe dans un mot Groupe de commencé. Les exemples qui vont suivre montreront com-

qtlire " ° " ment l’application du même principe peut introduire plusieurs nuances dans l’exécution d’une même formule.

Exemple de séries descendantes de quatre notes :

seculôrum amen.

La formule finale de cet exemple se chantera en donnant une légère impulsion de voix à la note fa sans la prolonger; dans cette formule, au reste, il y a deux notes longues, sol et ré\ les deux autres ,fa et mi sont brèves; et si on voulait l’écrire en notes carrées et losanges ayant le sens que leur donnent les modernes, c’est ainsi qu’on devrait la traduire :

La même formule s’interprétera autrement dans cet exemple :

cœ- li c- nâr- rant.

Subdivision du groupe.

Dans la formule mi , ré, ut, si, le premier son est fort, les autres faibles; le dernier est long. Il n’y a pas, comme dans l’exemple précédent, reprise du mouvement d’impulsion à la seconde note, mais plutôt à la troisième; et encore faut-il que cette reprise, pour être acceptable, soit peu sensible. Elle pourrait être plus marquée, si la formule conduisait à une syllabe dans le même mot.

Exemple : \ -

Rex cœ- lestis.

La formule qui se rapporte à la première syllabe du mot cœléstis se chantera comme si elle était écrite ainsi :

Observations sur la Valeur bes notes.

Dans l’exemple suivant la formule se subdivise aussi, dans l’exécution, après la deuxième note; elle pourrait, dans la nota-

tion, se partager même de l’exemp'

en deux, comme nous l’indiquons en re e ;

Agnus De- i. Agnus De- i.

Généralement pour les séries comprenant cinq notes, la reprise du mouvement d'impulsion se fait sur la troisième note; surtout si cette note est fa ou ut, parce que ces notes sont presque toujours modales.

Nous avons déjà donné la manière d’exprimer les podatus avec ou sans pun£lum qui se suivent en montant, ainsi que le mouvement inverse indiqué par une suite de rhombes.

Nous voyons ici une fois de plus combien est malheureuse, fausse et nuisible à la bonne exécution du chant grégorien, l’habitude que l’on a trop généralement de chercher dans la forme diverse des notes une valeur que cette différence de forme n’est nullement destinée à représenter. Sans doute il y a dans le plain-chant, tel qu’il doit être exécuté, des notes plus longues et d’autres plus brèves, des notes plus fortes et d’autres plus faibles; mais ce qu’il y a surtout, ce sont des notes liées et d’autres détachées. Les valeurs différentes, en ce qui concerne la durée ou l’intensité du son, dépendent entièrement de la position qu’occupe chaque note soit dans la formule du chant soit dans le mot du texte, comme nous l’avons expliqué. C’est pourquoi il arrive très-souvent, par exemple, qu’une note losange, mal à propos réputée brève par les modernes, est de fait, en suivant le mode de chanter des anciens, plus longue qu’une note carrée, ou même qu’une note caudée.

Nous voyons encore qu’il y a plusieurs sortes de longues, comme aussi plusieurs sortes de brèves; non-seulement en ce sens qu’une longue peut être plus ou moins longue, comme une brève être plus ou moins brève; mais en ce sens surtout que le caraélère de la prolongation n’est pas le même pour toutes les longues, comme toutes les brèves non plus ne sont pas brèves de la même manière; et cela parce que la cause, soit de la

La forme de la note n indique pas sa valeur.

Différentes sortes de longues.

Résumé

pratique.

lies mélodies grégoriennes.

prolongation soit de l’abrégement n’est pas la même pour telle longue que pour telle autre longue, pour telle brève que pour telle autre brève. Il y a en effet, pour ce qui est des longues, la longue d 'accent, qui est plutôt forte que longue; il y a la longue de pressus , celle-là a un caractère également spécial; il y a principalement la longue de pause , qui évidemment ne ressemble pas aux deux autres.

Nous allons, dans un exemple, résumer tout ce que nous avons dit de la valeur des notes dans le chant prétorien. Pour

plus de clarté, lorsqu’il y a reprise du mouvement d’impulsion sur la même voyelle, nous la répétons; en cela nous imitons ce que font les Grecs dans leurs livres de chant, où allant plus loin encore ils écrivent la voyelle, non-seulement autant de fois qu’il y a d’impulsions, mais autant de fois qu’il y a de notes :

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