LA CECILIA
nommé commandant à Nogent-le-Rotrou, lieutenant-colonel après la bataille de Coulmiers et colonel pendant le mois de janvier.
La brigade des francs-tireurs de Paris, sous les ordres du général Lipowski, ayant été licenciée, La Cécilia, à la tête des 127 hommes qui restaient du i" bataillon qui se composait à l'origine de 1,200 hommes, rentra dans Paris et y rapporta le drapeau qu'on lui avait conlié.
Trahissant son glorieux passé, abandonnant ses amis, le fougueux La Cécilia se jeta tète baissée dans l'insurrection et offrit ses services au Comité central, qui le nomma général de division et lui donna le commandement des troupes de Billancourt à la Bièvre, — commandement ôté à Eudes, dont l'incapacité était bien prouvée. On s'étonne de l'insuccès des généraux communeux, dont quelques-uns ne manquaient cependant pas de talent, tels que Dombrowski et La Cécilia. Qu'on songe à l'effrayant désarroi de ces bandes indisciplinées qui prétendaient combattre en révolutionnaires, c'est-à-dire pêle-mêle, et semblaient avoir pris pour devise la parole que Shakspeare met dans la bouche de Cade, un insurgé du temps jadis : « Nous, nous sommes surtout en ordre, quand nous sommes le plus en désordre. »
La Cécilia, non plus que ses collègues, ne put rien faire. Il s'en dédommagea en vrai soudard et essaya de compenser à table les revers que ses troupes essuyaient ailleurs. Malin comme un Italien, La Cécilia se plaisait à rire de la sottise des membres de la Commune et leur semait ses lettres de citations latines qui mettaient les cordonniers du lieu en très-grand embarras. « Promissio boîii viri est obligatio^ leur écrivait-il un jour; avec la cordialité qui vous distingue vous m'a\'ez promis deux épées, des cigares, des boîtes de conserves, des bottes d'asperges et deux pièces de vin. Comme sœur Anne je ne vois rien venir. »
La Cécilia réunit les débris des corps francs garibaldiens et cosmopolites que la lin de la guerre avait mis sur le pavé. Il s'en iit un corps d'élite au milieu duquel il se complaisait à cause de la bravoure de ces aventuriers qu'il estimait beaucoup.
Au commencement de mai, la Commune lui délégua Johannard comme commissaire civil. Le proxénète et le routier étaient faits pour s'entendre et firent bon ménage. La Cécilia se moquait de la pusillanimité de Johannard, qui s'en vengeait par des bons mots. Le 20 mai, La Cécilia, cerné de trois côtés, acculé contre les
remparts à Montrouge, écrivit à Delescluze qu'il lui était impossible de tenir plus longtemps hors des murs, et rentra.
Posté sur les hauteurs de Belleville, La Cécilia, voyant la partie perdue, désespérant de Tavenir, refusa de marcher sur Saint- Augustin qu'on lui ordonnait de reprendre et s'enfuit à Vincennes. Le 29 mai, les soldats ayant commencé des travaux d'approche contre le fort, les fédérés se rendirent. La Cécilia se lit sauter la cervelle, seule un digne qu'eût pu faire ce soldat déshonoré.