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connu. Cette notoriété lui fit attribuer une influence qu'il n'eut jamais. Comme la Commune, le Comité central était composé d'individualités trop ambitieuses, trop jalouses pour avoir jamais aucune cohésion et souffrir une suprématie quelconque.
Avec Andignoux et Moreau, il s'opposa à la reddition des canons, dans une séance fameuse où Henry, Duval, Bergeret, Eudes et Ganier furent nommés généraux.
Le ip mars, le Comité central se transporta à l'Hôtel de ville et la présidence en fut conservée à Assi, qui la garda jusqu'au 2^. Il combattit la motion relative à la répression des arrondissements restés fidèles à l'insurrection.
(( La liberté, c'est notre légalité », dit-il. Il conseilla de décliner la responsabilité de l'assassinat de Clément Thomas, mais d'en accepter les conséquences. Plus tard il s'opposa aux négociations, dénigra les propositions de conciliation apportées par la municipalité du 2^ arrondissement, dans la séance du 24 mars, et, se laissant aller à sa belle humeur, traita les ministres de canailles et les députés de féroces imbéciles.
Il fut nommé le troisième dans le 11^ arrondissement, par 19,890 voix, aux élections du
26 mars. Ce fut un des signataires de la proposition des dix commissions à nommer pour diriger les affaires. Il fit partie de la commission de sûreté générale. Dans les premiers jours d'avril, Paris étonné apprit que celui qu'on regardait comme l'âme de l'insurrection venait d'être incarcéré. Ce fut une menée du parti Delescluze, Pyat et C'^, qui , redoutant l'influence qu'aurait pu avoir le fameux gréviste, le fit emprisonner sous l'inculpation de communication avec Versailles, inculpation fondée sur la remise des comptes rendus des séances alors secrètes faite à un journal réactionnaire.
Assi fut relâché quinze jours après, et s'effaça dès lors complètement. Il se trouvait à l'Ecole militaire le 23 mai, en uniforme de colonel et suivi d'un nombreux état-major. Il se laissa prendre sans résistance et fut mené à Versailles.
Assi a maintenant trente- deux ans. Il est d'un type méridional, brun, svelte et de taille moyenne. Il est joli et a eu de nombreuses aventures galantes qui lui valurent l'inimitié des puritains Delescluze et Chouteau et du fameux Billioray, ni puritain ni vieux, mais qui faisait l'ermite. Comme la plupart de ses collègues, il vivait à peu près chez sa maîtresse, place de la Corderie.
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On a beaucoup exagéré le talent de cet homme. Il est très-intelligent, faculté qui n'implique nullement l'aptitude aux affaires , très-enthousiaste , et se donne corps et âme à l'idée qui le tient. Mais il est changeant et ne garde jamais longtemps le même dessein. Il n'a reçu qu'une instruction très-élémentabe. On a publié de lui quelques lettres émaillées de barbarismes. Ces sauveurs de la France ne savaient pas le français.
AVRIAL.
VRiAL jouissait d'une fortune — assez médiocre, il est vrai — mais pouvant lui permettre de ne point travailler.
C'est un des rares internationaux que la paresse n'a point poussés à Tintrigue et plus tard à la Commune. Il agissait de bonne foi, fermement convaincu de la nécessité d'une révolution sociale et la préparant avec cette persévérance fanatique qui caractérise les hommes bornés.
Si l'égarement politique a pu le mener au crime, il fut du moins honnête dans son intérieur. De petite taille, brun, la ligure coupée par une
moustache cirée et démesurée, la physionomie sympathique, peu ouverte cependant : tel est rhomme. Il était quelque peu enclin à l'ivrognerie, et il arriva quelquefois à la Commune lesté de plus d'un verre de vermouth qu'il n'eût fallu. Il avait, lui aussi, un penchant au mysticisme et parlait des femmes avec une singulière vénération.
Il est né en 1840, dans la Haute-Garonne, à Revel. Il apprit le métier de mécanicien. Engagé à dix-neuf ans, il passa une partie de son congé en Afrique, puis vint à Paris, y quitta le service et y travailla de son métier. Il fut compromis dans les affaires de juin 1869 et condamné à quelques mois de prison. Il avait de bonne heure manifesté des tendances radicales, et entra dans Tlnternationale au mois d'août de la même année. Sa bonne tenue, sa fortune et le besoin d'action qu'il éprouvait lui assurèrent bientôt une grande notoriété au milieu des internationaux. Il prit une part active avec Drouchon et Theisz à la formation du conseil fédéral de Paris, destiné à servir de trait d'union entre les différentes sections; il en fut même président pendant quelque temps. Il signa le manifeste de l'Internationale, protestant contre les événements d'Aubin, fut assesseur dans la grande réunion internationale du
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19 avril 1870 et présida la chambre syndicale de sa corporation. Il faisait encore partie du bureau de la section de l'Internationale parisienne, nommée Cercle d'études sociales.
Impliqué dans le procès de Blois, il y fit une défense très-digne et qui, prononcée avec conviction, produisit le plus grand effet. C'est alors qu'il dit : « On veut détruire l'Internationale, on n'y parviendra pas. L'Internationale, c'est la grande masse ouvrière qui revendique ses droits. » Nous avons vu de quelle façon ! Avrial lui-même ne savait point non plus, sans doute, comment cette masse ouvrière s'y prendrait.
Condamné à deux mois de prison et à 25 francs d'amende, mais délivré par la révolution du 4 septembre, il revint à Paris, fut nommé membre de la municipalité du 11® arrondissement, puis chef de bataillon du 66® et fut révoqué après le 31 octobre, oii il ne joua cependant qu'un rôle tout passif.
Son nom ne paraît point dans les affiches du Comité central ; il assista cependant à quelques séances , à la Corderie , et organisa dès le 19 mars les différents services de l'Hôtel de ville. Il fut, le 26 mars, nommé dans le 11® arrondissement par 16,193 voix, fut désigné comme chef de la légion de son arrondissement
et se battit à Meudon avec le général Eudes.
Plus tard ayant demandé qu'il y ait incompatibilité entre le titre de membre de la Commune et celui de chef de légion, il donna sa démission de chef de la ii'^ légion et fut d'abord, le 2p mars, nommé délégué à la commission du travail et de l'échange, puis, le 21 avril, délégué à la commission de la guerre. Il parla souvent et prit une grande part à la discussion relative au mont-de-piété. Plus tard, nommé directeur général de l'artillerie, il fut très-occupé par ce service, qui était dans le désordre le plus complet.
Il prit part à la lutte contre F armée, reprit le commandement de son bataillon à la dernière heure et fut tué, s'il faut en croire sa femme et la rumeur publique, sur une barricade du Château-d'Eau.
BABICK,
N eût dû renvoyer à Charenton, les électeurs du lo^ arrondissement l'envoyèrent à la Commune. Il avait quelque peu inventé une religion, mais la chose ne
BA BIC K. il
rapportant guère, il abandonna Dieu et se tourna vers les hommes. De là son apparition sur la scène politique.
On ne sait au juste de quelle pagode sort ce fakir étrange. D'une parfumerie, paraît-il. On le dit Polonais , appelé Babicki de son vrai nom. La religion susdite était la religion fusionienne. Une lettre aussi incroyable qu'incompréhensible, publiée par les journaux et datée de Paris- Jérusalem, montre à quel degré d'aliénation mentale le pauvre homme tomba dans ses exercices sacerdotaux.
Sa conduite ne fut pas plus raisonnable à la Commune que dans le monde. Sombre et fatal comme Arnold, poseur et inspiré comme Allix, il se montra plus saltimbanque encore que tous les deux, arrivant à la tribune treillage d'écharpes omnicolores, croisées et recroisées.
Il ht partie du Comité central, aida Cremer à se dépêtrer de l'insurrection, proposa d'ôter la solde aux gardes nationaux qui n'obéissaient pas au Comité et demanda que les membres de la Commune fussent inviolables comme les députés. Nommé, comme nous Tavons dit, dans le lo'' arrondissement par 10,738 voix, il fit d'abord partie de la commission de justice, puis, sur sa demande, passa à la commission des services pu-
blics, où il resta enfoui à la grande joie de ses collègues.
Ayant la spécialité des oraisons funèbres, il fut délégué à l'enterrement de]Pierre Leroux. Il y fit un long discours, levant les bras en l'air, secouant ses longs cheveux gris, agitant son képi et terminant ainsi :
« Adieu, Pierre, tas été pour le peuple, c'est ça ; ainsi soit-il. »
Il se montra quelquefois sévère sans pouvoir être méchant, trop rêveur, trop nuageux pour cela. Il traita Pyat de traître à propos de sa démission et ne perdit point l'occasion d'être prophétique en votant contre le Comité de salut public, parce que la Commune, n'étant pas en danger, n'en avait pas besoin, u Elle se sauvera toute seule », cria-t-il. Il ne signa pourtant point le manifeste de la minorité.
Parfumeur de la rue de Nemours et enfant du règne de Dieu, — ce sont les titres qu'il prenait, — Babick allait converser avec Enfantin auprès de son tombeau, se passionnait pour la Vierge et entretenait une mystique correspondance avec Allix. On a trouvé chez lui d'incompréhensibles papiers écrits dans un jargon mystique. En tête de l'un d'eux figuraient ces mots : Formule de l'évocation troisième,
BESLAY.
par le regard magnétique avec l'aide de Dieu.
Babick avait ou semblait avoir de quarante à quarante-cinq ans. Son visage d'anachorète extatique pouvait dérouter les suppositions. Quelques personnes affirmaient qu'il n'avait que vingt-cinq ans.
Il a été arrêté.
BESLAY.
^[jj^ ESLAY était le plus âgé des membres '^jyi^ de la Commune; il en fut aussi le plus ^^"^h^ sage. Il vint à la Commune ayant un but défini : les libertés municipales. Quand la Commune s'éloignant de ce but en vint aux violences, Beslay protesta. Quand la Commune, abandonnant tout à fait ce but, tomba dans le crime, Beslay donna sa démission.
Il ne chercha pas dans l'insurrection du i8 mars la seule satisfaction d'une ambition personnelle: il y vit la possibilité de réaliser les utopies qu'il rêvait depuis longtemps. Il se jeta dans le mouvement, essayant de Tabsorber, de le diriger pour en faire sortir sinon le gouver-
nement désiré, du moins des chances d'avenir pour ce gouvernement.
Si ces collègues eussent accepté et suivi le programme tracé par Beslay dans son discours lors de l'ouverture de la Commune, ce programme eût rallié tous les républicains. On parlait alors de réconciliation ; les esprits fatigués, troublés, ne sachant au juste qui avait le moins tort, eussent fait des concessions et le gouvernement de Versailles se serait vu obligé de compter avec l'insurrection, car l'insurrection avait alors des défenseurs jusque dans la chambre des députés et était soutenue par un parti tout entier et par le désarroi général de l'opinion. Un compromis aurait mis tin à l'insurrection et l'aurait consacrée.
Mais Beslay ne fut pas écouté, non plus que les modérés. La Commune n'était pas une chambre cohérente et pouvant être influencée : c'était un ramassis bizarre de rêveurs ayant tous leur projet, et de gredins rapaces se souciant peu de la forme gouvernementale , âpres à la curée qu'ils sentaient ne pas devoir durer longtemps. De cette absence de cohésion vint la stérilité des discussions de la Commune et le peu d'influence personnelle qu'y obtinrent les hommes les plus capables, Beslay notamment.