B ES LA Y
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Beslay est né à Dinan (Côtes-du-Nord ) en 1795. Son père fut député sous trois gouvernements : l'Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet. Beslay reçut une brillante éducation et s'appliqua de bonne heure à létude des sciences. Nommé ingénieur, il fut employé quelque temps aux travaux du canal de Nantes à Brest, En 1830, son emploi le retenait à Pontivy; il fut assez heureux pour y empêcher une collision entre ouvriers et fut par reconnaissance nommé député du département. Il siégea parmi la gauche, mais garda toujours une teinte prononcée de cléricalisme due sans doute à son origine bretonne.
Il ne fut pas réélu, mais fit partie du conseil général du Morbihan, puis vint s'établir à Paris et monta une fabrique de machines à vapeur dans le faubourg du Temple. Il fut nommé par la révolution de 1848 commissaire général de la République dans le Morbihan, donna sa démission et fut élu aux élections pour l'assemblée par 95,000 voix, le premier sur dix. Sa profession de foi que nous avons sous les yeux porte toujours cette nuance cléricale dont nous avons parlé.
Il vota avec la gauche modérée : en somme, fit peu de bruit. Il soutint Cavaignac, ne fit que peu d'opposition à Bonaparte, et s'abstint
3(î LES MEMBRES DE LA COMMUNE.
dans les débats relatifs à l'expédition de Rome. Il ne fut pas réélu à l'Assemblée législative et reprit à Paris la direction de son usine. Utopiste convaincu, il essaya d'appliquer ses théories socialistes à son établissement même, associa ses ouvriers et ûx faillite le 31 janvier 1851. Le 30 avril suivant il obtint un concordat de ses créanciers. Il leur donna 20 pour 100 et leur fit perdre 80 pour 100; ce qui tendrait à prouver que Beslay n'est point tout à fait l'austère patriarche qu'on se figure, car il n'en fut point réduit a la misère pour cela et garda quelques biens.
C'est vers cette époque qu'il se lia plus intimement avec Proudhon, dont il partagea toutes les idées. Graduellement il en vint au socialisme le plus outré, ce qui le fit plus tard s'affilier à l'Internationale. On sait qu'il fut l'un des plus ardents propagateurs de cette société.
Il essaya au commencement de l'empire de monter une banque descompte d'après les théories proudhoniennes, mais le projet échoua. En 1867, Beslay fut nommé directeur du Courrier français. Il eut différents débats avec le gérant du journal, débats qui ne semblent point non plus devoir contribuer à donner haute idée de la délicatesse de M. Beslay. "Une souscription avait
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été ouverte dans les colonnes du journal, souscription dite de la Liberté individuelle, ouverte pour payer les amendes des journalistes condamnés par l'Empire; 2^'joo francs recueillis par le Courrier français et totalement disparus furent le sujet de la contestation. L'affaire alla jusque devant le procureur impérial, qui l'étouffa.
A la chute du journal, M. Beslay rentra pour quelque temps encore dans la vie privée et ne reparut que dans les réunions publiques qui eurent lieu pendant les derniers mois de l'Empire. Pendant le siège, les clubs retentirent souvent de ses discours contre le gouvernement de la défense nationale, et avec eux commencèrent les énormes aftiches dont il couvrit les murs jusqu'à la fin de la Commune. Il s'engagea alors bravement dans le 23® de ligne, mais son grand âge l'empêcha de faire la campagne.
Il fut élu le 2(i mars par 3,714 électeurs du 6^ arrondissement et fut nommé président d'âge à l'ouverture de la Commune. Le discours qu'il prononça à cette occasion fut très-remarque et fut loué à cause de sa modération et de sa sagesse, même par la presse réactionnaire. Il fut nommé membre de la commission des finances et vota contre le Comité de salut public.
Du reste il protesta contre toutes les violen-
ces et, comme Arthur Arnould, se guida dans sa conduite politique toujours daprès la plus stricte honnêteté. Il ne se considéra jamais que comme membre de la municipalité parisienne-et non d'un gouvernement destiné à réagir en province, refusant de s'associer à cette folie, qui devait précipiter la chute de ses collègues en rendant toute transaction impossible.
11 fut nommé délégué à la Banque. Là, honnête à ses risques et périls, il s'opposa constamment à l'immixtion de la Commune dans l'administration de la Banque et préserva cet établissement du pillage d'abord, puis de l'incendie en obtenant que les employés y gardassent leurs armes.
Le 12 mai il apprit que des gardes nationaux armés cernaient la Banque; il était au lit, malade ; il se leva courageusement et parvint à les éloigner. Le soir, apprenant que la Commune avait voté la destruction de l'hôtel de M. Thiers, il envoya sa démission . Il faut que justice soit rendue à cet homme : justice complète. 11 ne faut laisser ignorer aucun de ses actes, d'autant plus honorables qu'il courait les plus grands dangers en les accomplissant. Il ht entre autres choses une démarche auprès du farouche Rigault pour obtenir la mise en liberté de Chaudey.
BILLIO RAY.
Le gouvernement de Versailles a su apprécier la dignité de cet homme, qui n'est coupable que d'avoir prêté son nom respecté de tous à une illégalité. Il a fait donner un laisser-passer à Beslay, qui doit être maintenant sorti de France. Que celui qui n'a point fui ou ne s'est point caché pendant la Commune lui jette la première pierre !