‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 112 sur 142 · ROSSEL · texte numérisé non relu

ROSSEL

dit qu'une seconde fois il ferait fusiller le porteur d'une sommation aussi insolente.

Des lors, la direction de la guerre prend une tournure vraiment formidable, la lutte va devenir enragée. Rossel interdit aux communeux toute relation avec Fennemi, défend d'arrêter le feu pour recevoir un parlementaire, et menace de destitution et d'emprisonnement l'officier ou l'employé qui publiera un document quelconque sur les événements militaires.

Il apporta dans son service cette fougue d^une ambition longtemps comprimée et qui trouve eniin à s'exercer. Il fut révolutionnaire outre mesure, mais ne fut point secondé. La Commune se défiait de lui. Le Comité central lui imposa son concours et se partagea les services du ministère de la guerre. Puis les fédérés n'étaient point gens commodes à mener; ils chassaient du fort d'Issy le commandant que Rossel avait envoyé remplacer Wetzel destitué, et bientôt, après la surprise du moulin Saquet, la Commune appela le colonel à sa barre.

Il essaya vainement de gagner le Comité central, et entra même, dit-on, dans une conspiration qui avait pour but de renverser la Commune. Le Comité central aurait eu peur, au dernier moment, de se donner un dictateur dans

i^S LES OFFICIERS DE LA C O -H M U X E .

Rossel et recula. L'impétueux colonel vit bientôt où allait aboutir cette gloire qu'il avait rêvée. Il chercha à ramener un peu d'ordre dans la garde nationale, et la divisa en cinq grands commandements, mais rien n'en alla mieux.

Le fort d'Issy était bloqué; Rossel voulut réunir 12,000 hommes pour le débloquer; les chefs de légion délibérèrent avant d'obéir à la convocation, Rossel voulut les faire fusiller. Bref, il ne vint que 7,000 hommes avec lesquels Rossel refusa d'essayer de dégager Issy. Le même jour le fort était occupé.

Furieux de voir la fortune se jouer de lui, la gloire promise lui échapper et son — étoile — pâlir, trop franc du reste pour rester longtemps dans une fausse position, et aveuglé par la rage d'avoir brisé sa carrière, il résolut du moins de finir en héros, fit afficher la prise d'Issy et envoya sa démission à la Commune, — étrange document dont voici la fin :

(( J'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action^ ou me retirer.

(( Je ne briserai pas l'obstacle, car l'obstacle c'est vous et votre faiblesse : je ne veux pas attenter à la souveraineté publique.

(( Je me retire, et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à Mazas. »

AV R O B L E s K I .

Immédiatement arrêté, Rossel fut commis à la garde de son ami Ch. Gérardin. Rossel eut-il peur de mourir > Désillusionné enlin, résolut-il d'en finir avec ces vains essais de gloire qui n'avaient abouti qu'à de criminelles rodomontades } On ne sait, mais il s'enfuit avec son geôlier et se cacha dans Paris.

Découvert par la police après la prise de Paris, il a été écroué à Versailles.

WROBLESKI.

E T homme est le moins connu des Polonais qu'employa la Commune. On le croit de Lithuanie, où il était lieutenant forestier. Il servit comme lieutenantcolonel pendant l'insurrection de 1863, et s'exila quand la défaite fut définitive.

Venu en France, il y exerça les mêmes professions que ses compatriotes communeux; il fut musicien et saltimbanque à l'occasion. Il était au mois d'août 1870 à Châlons-sur-Marne, où il donnait des concerts et faisait des dettes. Il eut alors des relations clandestines avec l'état-

major prussien, ce qui pourrait donner créance au bruit qui n'a jamais cessé de courir sur lui. On le soupçonne de n'être qu'un vulgaire espion.

C'était un ennemi personnel de Dombrowski, et nous ne savons trop par quel moyen il parvint à se faire nommer général des forces du sud de Paris. Son plus haut exploit fut la réoccupation — non la reprise — du fort de Vanves à la tête de deux bataillons. Lorsque les troupes furent rentrées dans Paris, il conseilla aux 6,000 fédérés qui étaient sous ses ordres de se rendre et se constitua lui-même prisonnier.

Wrobleski n'avait ni idées ni convictions; il saisit l'occasion d'être général, mais il se serait tout aussi bien battu contre que pour les communeux, s'il y avait trouvé les mêmes avantages.. C'était une intelligence obtuse, incapable d'avoir un plan. Sa seule qualité est celle qui est commune à tous les Polonais : la bravoure poussée jusqu'à la forfanterie.

Page 1