ANDRE LEO
'est par une femme que commence la série de ces tyrtées triviaux qui chaque matin dans les colonnes d'un journal entonnaient quelque turlupinade contre les herbivores de Versailles, les chouans de Cathelineau, les {Oiiaves pontificaux de Charetîe et les mouchards de Piétri, égaraient dignorants ouvriers, leur montraient Versailles anéanti comme le seul moyen de bonheur, et, — plus coupables que les chefs eux-mêmes, à cause
de leur grande influence sur les masses, — rendaient chaque jour les haines plus vivaces et la conciliation plus impossible. La presse communeuse fut infâme, car les violences conseillées à la Commune, les menaces faites aux réactionnaires, les injures énormes prodiguées au gouvernement et à l'armée venaient, non point du fanatisme d'écrivains convaincus, mais d'un pur calcul froidement raisonné : le journal était criminel, grossier, trivial, infâme, tout simplement pour plaire à la foule et se vendre à quelques numéros de plus. C'est ce besoin de vente, la nécessité souvent de couvrir les frais, qui nous valut l'ignoble pastiche du Tère Duchêne et cette avalanche de petits journaux à titres baroques, poussés comme de vénéneux champignons en un matin à la vitre des kiosques, et, comme les champignons, disparus le lendemain.
M'"^ André Léo, — de Champseix, dans le monde , — s'était fait connaître par des conférences sur l'émancipation de la femme, par des poésies et quelques romans, le tout ayant quelque valeur et ne sentant que peu le bas-bleu. Elle était très-liée avec la femme du fameux Jaclard, femme d'origine russe et très-distinguée. Le socialisme et ladite émancipation de la femme étaient le sujet favori de leurs entretiens; et, y
ANDRE LEO. i7S
allant avec toute la passion et tout l'aveuglement dont les femmes sont capables, on devine à quelles extrémités elles durent se porter. D'une nature douce et aimante chez elle, mère de deux enfants qu'elle adorait, M'"- André Léo tut féroce en public; et, dans la Sociale qui naquit sous ses auspices et vécut par elle, elle prêcha la guerre à outrance, les représailles, la chasse aux réfractaires. « Plus de pitié, point de grâce », hurlait-elle. M.Thiers est un bandit sous sa plume, Jules Favre fait horreur, Ducrot est un traître idiot.
On lisait un jour dans ce journal :
(( .Les réactionnaires insultent chaque jour nos fédérés, et ils ne sont pas arrêtés!
(( Que des répressions soient faites, que les coupables soient recherchés, arrêtés, jugés, /wsillés.
(( Plus de pitié, plus de merci pour les ennemis de la Commune.
(( Que des exemples soient faits. »
Puis, le lendemain, changeant de note, il offrait à la Commune le concours des femmes :
(( Les femmes n'abandonneront la vieille loi que pour embrasser avec ardeur la nouvelle. Elles ne veulent pas, elles ne peuvent pas rester neutres. Entre leur hostilité et leur dévoue-
ment , il faut choisir. Quelques-unes, sans doute, méprisant l'obstacle, fortes et convaincues, persistent malgré les dégoûts; mais ces natures-là sont rares. »
Voici maintenant quelques amabilités pour Farmée :
a Le gouvernement, réduit à se servir des troupes qui étaient en casernement à Versailles, dut, pour diriger nos malheureux soldats insoumis contre Paris, faire un mélange bizarre avec la bourbe de l'armée. On reconstitua les régiments en y ajoutant les chouans, les anciens sergents de ville de TEmpire et les gardes municipaux, qu'on appelle aujourd'hui gendarmes. »
M'"^ André Léo a été arrêtée et est détenue à Versailles.