‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 13 sur 142 · BILLIORAY · texte numérisé non relu

BILLIORAY

N ignora longtemps sous quelle table la Commune avait ramassé ce gredin. Etait-ce un joueur de vielle qui faisait du Néron par pur rapprochement? était-ce un ancien chef de maison de prostitution qui s'était trompé de porte et était resté à l'Hôtel de ville .^ on ne savait au juste. C'était un rapin au nez interminable , au front déprimé, à l'œil louche, au poil rare, à la hgure blémie par la débauche : rapin qui ne put jamais faire un tableau passable, ne put jamais gagner sa vie et ne voulut jamais travailler. Misérable et méprisé, il en conçut une haine envieuse et sauvage contre la société qui le con-

spuait. Dans les tavernes et dans maints bouges plus infects, il avait couvé ce vivace sentiment de vengeance qu'on retrouve dans le cœur de tous les parias, et quand vint l'heure, quand il sentit la société sous son pied, il essaya de l'écraser. Jamais pour lui ses collègues n'étaient assez sanguinaires, jamais les mesures assez violentes ; c'est avec le regard farouche de Caligula qu'il regardait Paris, désirant l'anéantir d'un seul coup.

Ce fut un des communeux que l'ambition ne faisait point agir. Seule la rancune — jamais inassouvie — en faisait cet être venimeux qui ne s'occupa jamais de législation ni d'administration et ne demanda que du sang et des ruines.

Du reste, il chassait de race. Sa mère, fille perdue condamnée sur ses vieux jours pour avortement de jeune fille, ne sut pas lui dire qui était son père. Venue de Villefranche (Rhône) à Paris, elle y éleva »on lils comme elle pouvait l'élever — dans la paresse et la débauche. Recueilli dans les ateliers de M'*^ Rosa Bonheur, Billioray y fit un peu de tout, servit de modèle, broya les couleurs, puis barbouilla des ciels de tableau.

Bientôt il en vint à peinturlurer lui-même des

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