BILLIORAY
toiles que le jury d'exposition refusa et qui furent exposées au Salon des refusés. On cite de lui une Sollicitude maternelle, genre dans lequel devait nécessairement réussir ce doux agneau .
Ayant fait la connaissance d'une demoiselle Benezech, il l'enleva à ses parents, s'enferma avec elle et vécut à ses dépens, trop lâche pour travailler. Il eut de cette pauvre femme, qui pleura toute sa vie l'égarement de sa jeunesse, une petite fille, ce qui engagea M. Benezech père à laisser contracter le mariage pour légitimer l'enfant.
A partir de cette époque, la vie de Billioray fut de plus en plus ignoble : vivant des secours des parents de sa femme, infidèle, ivrogne, tapageur, courant les réunions publiques où il cherchait à se faire une célébrité. Pendant le siège, il fut l'un des orateurs les plus assidus des clubs de la rue Maison-Dieu et du théâtre Montparnasse, hurlant à la trahison, maudissant la société qui le laissait malheureux.
C'est au moment où il devint de mode d'être de l'Internationale, en octobre 1870, que Billioray s'y affilia. Il fut l'un des derniers membres nommés du Comité central et en signa les affiches au 18 mars. 6,100 électeurs du 14^ arron-
dissement l'envoyèrent à la Commune. Sa rage le poussa à semer la méfiance parmi ses collègues ; c'est lui qui disait au sortir d'une séance : « C'est pas des hommes, c'est des sénateurs ! » Il visitait parfois son arrondissement et bouleversa tout le quartier dans ses courts passages à la mairie. Il fut nommé membre du Comité de salut public en remplacement de Delescluze, qui ne voulut garder que la délégation à la guerre. La Commune, sentant venir sa dernière heure, se choisit des hommes sûrs pour exécuter les ordres qu'elle avait votés loin du danger, aiin que les défaillances qui ne devaient point manquer de surgir à ce moment suprême n'y changeassent rien. Billioray fut jugé capable de ne reculer devant aucun crime; le sinistre gredin montra qu'on avait raison. Les otages fusillés, les maisons en ruine en font foi. Aujourd'hui, il est sous les verrous, enragé et lâche comme toujours; la mort lui fait peur, mais s'il tient à la vie c'est pour achever sa vengeance interrompue.