COURBET
plusieurs écrivains, ses amis, que talonnait la misère. Ce caractère était gâté par une immense vanité, que quelques journalistes accrurent encore en l'excitant pour s'amuser. Courbet fut en politique un grand niais vaniteux et crédule que lirent poser quelques hommes qui se disaient ses amis.
Quelques-uns de ces hommes, qui ne prévoyaient point alors à quel triste dénoûment aboutirait leur plaisanterie, doivent aujourd'hui, avec bien des remords, se souvenir du cénacle que Courbet réunissait chez lui dans la rue Hautefeuille. Le plus coupable est Vallès, qui poussait avec une sorte de rage le peintre vers le ridicule. Cet esprit haineux était fier de faire son jouet d'un homme fameux et trouvait son contentement dans l'abaissement de cette célébrité. On persuadait à Courbet qu'il raisonnait admirablement sur les choses sociales ; on le poussait aux réunions publiques, on l'en faisait nommer président, on lui écrivait même des discours, et, quand il les avait prononcés, on l'entourait, on le félicitait. « Que vous avez bien parlé! » lui disait-on, et ce grand enfant, avec une joie orgueilleuse, se croyait un orateur profond, un politique incontestable, et se demandait fort sérieusement s'il ne devait pas jeter aux orties
pinceaux et couleurs pour se donner à cette nouvelle vie.
Ce sont ses amis qui lui persuadèrent qu'il serait beau de refuser la croix d'honneur, et c'est un publiciste bien connu qui fit la lettre de refus. Sa haine pour la colonne Vendôme provenait de même source : on l'avait mis en garde contre le militarisme; il se laissa persuader que la colonne en était l'apothéose, et se prit à la haïr et à en vouloir la destruction. On le convainquit de ses droits à la députation et de la certitude de son élection, si bien que l'orgueilleux paysan se porta candidat aux élections du 8 février 1871 et échoua. Il obtint quelques voix aux élections du 26 mars sans s'être porté. (( Puisqu'ils me donnent des voix quand je ne me suis point porté, ils me nommeront si je me porte », dit-il. Et c'est ainsi qu'il fut membre de la Commune.
Que pouvait y faire Courbetî^ Quoique se disant socialiste et révolutionnaire, il était trop creux à lendroit de la politique pour prendre aucune part aux discussions, si ineptes cependant, de l'Hôtel de ville. On le nomma président des peintres, lui l'ennemi de tout ce qui était officiel. A la Commune, il obtint enfin la chute de la colonne dont la vue lobsédait. Il
demanda notamment l'exécution du décret qui en ordonnait la destruction. Il siégea encore une autre fois et demanda par une lettre écrite en détestable français que les noms de Comité de salut public et autres empruntés à 93 fussent supprimés.
Courbet, pris dans la maison d'un de ses amis, est maintenant à Versailles. Espérons que le peintre fera oublier l'orgueilleux et qu'on le renverra à ses tableaux.