COURNET
'est une vie étrange que celle de Cournet, vie non moins aventureuse que celle des plus grands aventuriers que vit fleurir la Commune. Comme eux il occupa d'abord une position bien disparate avec sa grandeur future ; mais, du moins, lui ne laissa point un lambeau de sa réputation dans tous les lieux où il passa. Caractère chevaleresque et changeant, il fit bien des métiers, fut commis voyageur, marin, employé de chemin de fer, directeur de casino, journaliste; parcourut bien
des villes, habita Bordeaux, Nice, Arcachon, Paris; mais aimable et aimé, toujours joyeux, toujours galant, il laissa partout la réputation d'un gros garçon réjoui et sympathique, incapable de se prêter à la moindre vilenie.
C'est Fengrenage du radicalisme qui le prit, le poussa aux extrêmes et le iit tomber jusqu'à la Commune, étonné de lui-même, mais fatalement entraîné. Etre irréconciliable avec l'Empire était pour lui une obligation de famille, — funeste obligation. — Son père proscrit était mort assassiné sur la terre d'exil. Quoique bien jeune encore, Cournet en conçut pour le proscripteur une haine vivace que le temps ne fit qu'accroître. De là ses attaques contre Bonaparte et son rang parmi les révolutionnaires les plus violents. Quand l'Empire fut renversé, la notoriété de Cournet était irrévocablement faite. Il était et devait rester un des membres extrêmes du parti démocratique, s'il ne voulait renier ni son passé ni sa vengeance.
Il était ainsi désigné aux suffrages des électeurs pour la Commune. On le nomma, et sa reconnaissance pour Delescluze qui avait ouvert le Réveil à ses pamphlets contre lEmpire l'engagea à 'accepter malgré les supplications de ses nombreux amis.