GAMBON
mation de la souveraineté du peuple, l'amenèrent devant le tribunal, qui le condamna à cinq ans de suspension.
Ceci se passait en 1847. ^^ 1848, Gambon, persécuté par le gouvernement renversé, se trouvait tout naturellement désigné aux suffrages des radicaux de son département. Il fut élu le sixième aux élections pour l'Assemblée, par 29,514 voix, ût partie de l'extrême gauche et, comme tel, fit une guerre ouverte et acharnée au parti bonapartiste qui s'afïïrmait alors.
Les électeurs de la Nièvre s'en trouvèrent bien, semble-t-il, et le renommèrent, le premier cette fois, aux élections de la Constituante. La lutte était alors ardente entre les deux partis; Gambon ne fut pas des moins enthousiastes, quoique agissant avec une prudence qui rappelle assez celle de Pyat. Il s'affilia à la Solidarité républicaine; signa l'appel aux armes des 148 députés de la gauche; le 13 juin 1849, suivit Ledru-Rollin aux Arts et Métiers, et moins heureux que lui, moins heureux que Pyat, fut pris, traduit devant la haute cour de Versailles et envoyé à Belle-Isle, où il resta dix ans. C'est l'amnistie de 1859 qui le délivra.
La popularité populacièreest un vrai supplice. Il faut, pour la garder, abdiquer toute volonté,
pS LES MEMBRES DE LA COMMUNE.
toute opinion personnelle, suivre tous les caprices de la foule et chaque jour faire du nouveau pour ne pas être oublié. Qu'il s'en est usé des intelligences à ce dur métier ! Qu'on en a vu de ces malheureux qui, après avoir, comme Alcibiade, coupé la queue de leur chien, ont dû se jeter eux-mêmes en pâture au Minotaure! Gambon en est un.
Voici venir l'époque la plus célèbre, sinon la plus brillante de sa vie. Après avoir tranquillement cultivé son héritage, ennuyé Cincinnatus, voyant que personne ne venait l'arracher à sa charrue, il résolut de faire une action d'éclat qui ramenât l'attention sur lui. il songea quelque temps, puis, inspiré par la Marseillaise, il refusa de payer l'impôt.
Étonnement de la France, inoccupée alors et ayant le temps de rire! Gambon va-t-il retourner à Belle-Isle.^ que fera-t-on du vieux proscrit .> Le dénoûment fut aussi burlesque qu'inattendu. Gambon, agriculteur comme nous l'avons dit, et quelque peu bouvier, avait une superbe génisse, qui fut enlevée et vendue à l'encan. On lit grand bruit autour de la bête. Une souscription fut ouverte, la génisse achetée fut ramenée à son propriétaire, qui n'y gagna rien qu'un ridicule impé-
GAMBON. çç
rissable et quelques complaintes sur l'air de Fualdès.
L'effet fut totalement manqué : candidat aux élections de 1871, les habitants de la Nièvre envoyèrent Gambon à sa vache. Les Parisiens seuls — hôtes de toutes ces épaves de province
— jugèrent à propos d'envoyer cette blouse à l'Assemblée.
Il n'eut pas le temps d'y jouer un rôle; au commencement d'avril, il envoyait au président sa démission dans une lettre où l'on trouve cette phrase : « Si Versailles s'obstine dans une lutte inique, je lui prédis qu'il sera vaincu, ruiné, déshonoré. » Pauvre Gambon, rien que Gambon et point prophète, même loin de sa vache!
Nommé membre de la Commune par 13,734 électeurs, dans le 10^ arrondissement, il fut d'abord délégué à la commissioii de la justice, puis fut chargé d'une étrange mission : celle d'aller chercher Garibaldi à Caprera.
Gambon se mit en marche, mais fut arrêté
— fort sottement pour son rôle à la Commune
— en Corse et détenu pendant quelque temps.
Il revint à Paris pour voir la chute du gouvernement dont il faisait partie. Il fut membre de ce dernier Comité de salut public auquel incombent l'incendie et la ruine de Paris. La signature de
loo LES MEMBRES DE LA COMMUNE.
François Gambon mise au bas de ses affiches criminelles clôt dignement cette vie excentrique graduellement acheminée vers le crime par ce fanatisme que créent les principes absolus.
Gambon naquit rustre et rustre resta. C'était un paysan à Tesprit étroit et méchamment malin. La farce de la vache fut une malice qui tourna contre son auteur et peut donner une idée du gros bon sens borné du personnage. Ce qui distinguait Gambon, c'est la haine instinctive qu'éprouvent les paysans pour la ville et pour les citadins. C'est avec joie qu'il accueillit, soutint et proposa même les décrets qui frappaient les riches. Il avait l'élégance en horreur, horreur venue d'une incurable envie. D'une ligure peu agréable, il laissait encore croître et sa barbe et ses cheveux incultes et souvent ébouriffés.
CH. GERARDIN.
ous les homonymes qui se sont ren- ^lox contrés à la Commune, les trois Clé- '^J^I\J| ment, les deux Dupont et les deux Gérardin se sont réciproquement fait tort.
CH. GERARDIN,
V Officiel; que Longuet ne relisait pas toujours, ne se donnait point la peine de donner les prénoms, et le public, ne pouvant démêler si telle parole ou tel fait appartenait à Charles ou à Eugène , les délaissait finalement et ne se souciait plus d'eux.
Charles Gérardin fut pour la première fois révélé au public par le procès de Blois. Parent de Dupont, son nom fut plusieurs fois prononcé dans le cours de l'affaire où il faillit être compromis pour avoir assisté à deux réunions tenues l'une chez Guérin, l'autre chez Fontaine. 11 était alors comptable d'une maison de commerce, et fut ensuite commis voyageur. Il essaya de la vie politique dans les clubs et s'y fit assez de réputation pour obtenir le commandement du 257^ bataillon.
11 fut nommé à la Commune par 6,142 voix du 17^ arrondissement et ce fut lui, dit-on, qui aida Rossel à gravir les degrés du pouvoir. Gérardin n'était point brave, mais braillait beaucoup, ce qui lui tit une réputation d'audace assez gênante à porter. Aussi, après avoir fait partie de la commission des relations extérieures, fut-il nommé membre du Comité de salut public pour lequel il avait voté.
Il défendit le Comité central contre les atta-
ques de Jourde et fut désigné pour être le geôlier de son ami Rossel, devenu suspect de trahison.
Gérardin, qui, nous l'avons dit, ne brillait pas par le courage et qui sentait s'approcher l'écroulement, résolut de s"enfuir, ouvrit les portes de la prison à Rossel et se cacha avec lui dans Paris. En vain Bergeret s'offrit pour poursuivre les traîtres; en vain Rigault lâcha ses limiers , Rossel et Gérardin ne purent être découverts que par la police du gouvernement. Pris dans la rue du Vert-Bois, chez une femme naturellement, Charles Gérardin est maintenant à Versailles.
Il a vingt-six ans.
EU G. GERARDIN.
ou VEAU Gérardin, mais le rebours de l'autre, Eugène était aussi calme que Charles était violent, aussi intelligent que l'autre était vide, aussi brave que l'autre était lâche.
Son passé est inconnu. Il était ouvrier et sem-
GE RESME.
blait avoir une cinquantaine d'années. Orateur de clubs, il fut nommé dans le 4^ arrondissement par 8,154 voix aux élections du 26 mars. Il fit partie de la minorité et s'opposa constamment aux violences de la Commune, ce qui lui valut une certaine impopularité parmi ses collègues. Il fut nommé membre de la commission de sûreté générale le 21 avril. Il vota contre le Comité de salut public et signa le manifeste de la minorité.
Plus courageux que ses cosignataires et fidèle à sa parole, le vieillard refusa de retourner à la Commune.
GERESME.
N^ne sait pas au juste d'où sort cette brute, la plus brute de l'Hôtel de ville, ce qui certes n'est pas peu dire. On ne sait pas même si Geresme est bien son nom, car on l'appelle aussi Hubert. L'Internationale l'admit au nombre des siens et dès lors, intelligent ou non, Geresme eut un titre, devint un personnage.
Cette cruche vide se iit remarquer par une
Stupidité rare au Comité central, dont il avait été nommé membre on ne sait à quel titre. « Faut terrifier la réaction, disait-il un jour, je n' connais que ça. Les réfractaires sont des canailles, ajoutait-il le lendemain, faut être sévère contre ces déserteurs de l'humanité. »
Tel au Comité central, tel à la Commune. (( Je vote pour le Comité de salut public, dit-il, parce que le terme de salut public a toujours été de circonstance. » On n'est pas plus Geresme que cela.
Il lit partie de la dernière commission de la guerre. Il est une chose inexpliquable dans la vie de Geresme, le Comité central le chargeait de rédiger ses proclamations. Parmi toutes les incertitudes qui régnent sur le compte de Geresme, celle-là est bien la plus grande! Comment cet ignorant, cet esprit obtus s'y prenait-il pour satisfaire ses collègues >
C'est le 12^ arrondissement (2,194 voix) qui avait envoyé cela à la Commune.
On dit que Geresme est né à Damery (Champagne), on dit qu'il était corsetier, on dit qu'il avait cinquante ans, on dit qu'il a été fusillé.
GROUSSET. los