‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 60 sur 142 · PINDY · texte numérisé non relu

PINDY

iNDY est un des personnages les plus célèbres de l'Internationale en même temps que lun des plus coquets de l'Hôtel de ville. Son ignorance, son esprit étroit le destinaient fatalement à être l'instrument aveugle et fanatique du premier homme ou de la première idée qui s'emparerait de lui. Ne pouvant ni apprécier ni discuter les actes de ses collègues, il les acceptait sans observation, exécutait leurs ordres et, doué d'un courage brutal, une fois le but lixé, ne s'arrêtait plus qu'il ne l'eût atteint.

C'est avec des hommes de cette trempe que le 'Vieux de la Montagne constitua sa redoutable bande. Il s'en trouva quelques-uns aussi dans les troupes de la Commune. Fier du dévouement qu'il montrait à la cause qu'il avait embrassée et reconnaissant en ses compagnons des natures supérieures à la sienne, Pindy les laissa légiférer et se chargea de l'exécution avec une sorte de joie farouche, qui ne laissait pas d'effrayer certains communeux dis-

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posés à se tirer de la bagarre au dernier moment.

Pindy est né à Brest en 1840. Il exerça pendant quelque temps la profession de menuisier, vint à Paris, s'affilia à la Marianne, puis à l'Internationale, quand celle-ci absorba la Marianne, et se trouvant Tun des premiers sociétaires, en garda une notoriété que ses capacités ne devaient point soutenir.

Il prit l'initiative de la section de Brest et fut secrétaire de la section auprès de la chambre fédérale de Paris. C'est en cette qualité qu'il signa nombre de cartes d'adhésion. Il parut au congrès de Bruxelles en 1868 comme délégué de rUnion syndicale des ouvriers en bâtiment de Paris, parut également au congrès de Bàle en 1869 comme délégué de la Chambre syndicale des menuisiers de Paris et se tut dans les deux congrès pour d'excellentes raisons.

Il s'occupa beaucoup de la réorganisation de l'Internationale parisienne presque tuée par les deux procès de 1868 et, toujours fanatique, organisa dans l'Internationale même une espèce de bande qu'il devait armer et « faire donner lorsque le moment de la révolution sociale serait arrivé » , comme il écrivait à Ledoré de Brest. Il S'occupa alors beaucoup de chimie, de nitro-

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gl/cérine et des différentes poudres explosibles récemment découvertes.

Tout cela fut trouvé chez lui à la suite des perquisitions opérées en 1870 chez les membres de l'Internationale. On trouva non-seulement des formules d'engins de destruction, mais encore une note indicative pour la façon de les employer. Pindy, à cette époque, rêvait déjà de faire sauter Paris, rêve qu'il reprit plus tard pendant la Commune et dont il entretenait souvent ses amis, peu rassurés au fond d'un tel projet.

Traduit devant la haute cour de Blois, il fut condamné à un an de prison et à 100 francs d'amende. Il devait, comme ses cocondamnés, rentrer en prison le 6 septembre 1870; la révolution le sauva. Il fut le premier délégué envoyé par l'Internationale à la gauche pour lui offrir le concours des affiliés ; Vésinier fut quelques jours après chargé de la même mission que Pindy arrêté n'avait pu mener à bonne fin.

Energumène dans les clubs, officier dans la garde nationale, Pindy fut nommé membre du Comité central et, appuyé par les anciens internationaux ses amis, il parvint à centraliser presque entièrement la direction des affaires militaires dans ses mains. Il jouissait au milieu

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de ses collègues de cet engouement et de cette admiration qui s'attache aux hommes sans peur, bataillards et ayant du succès auprès des femmes.

Il fut nommé dans le 3^ arrondissement par 8.095 voix, lit d'abord partie de la commission militaire, puis fut nommé commandant de l'Hôtel de ville. Son rôle à la Commune est nul. Pindy savait que son courage était sa seule qualité et se tenait a l'écart des discussions. 11 se confina dans son commandement, toujours bravache et toujours farouche, déclarant nettement à ses collègues qu'il empêcherait l'ennemi de rentrer dans THôtel de ville, mais qu'il empêcherait aussi ceux qui étaient dans l'Hôtel de ville de fuir devant l'ennemi, a Je vous ferai sauter », disait-il, avec un petit sourire narquois.

11 ne tint pas parole, mais il incendia THôtel de ville et se lit, dit-on, tuer auprès.

Pindy adorait la tournure militaire, et se drapait crânement dans son uniforme de colonel; il avait une bonne figure, ne dénotant ni son incapacité, ni sa sauvagerie. Le seul signe de férocité qu'on y remarqua était la saillie des sourcils qui se touchaient à la moindre impatience. Il avait un nez au bout fortement retroussé, un vrai pied de marmite. Les cheveux

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étaient chez lui l'objet de soins tous particuliers, il les faisait friser tous les deux jours, même sous la Commune égalitaire. La frange de membre de la Commune ne quittait jamais sa poitrine non plus que récharpe rouge qu'il portait très-élégamment.

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