POTTIER
^ u'all AIT-IL faire en cette galère?
^ Honnête homme, père de famille, artiste consciencieux, quelle idée lui prit, tout à coup, de crotter en si mauvais lieu ses chevrons de probité. L'orgueil peut seul expliquer tant d'égarement, — orgueil renforcé par je ne sais quelles rêvasseries phalanstériennes, qui jeta hors de sa voie ce bourgeois piocheur et modeste.
Jusqu'à l'heure où lui poussa le fameux bourgeon dont parle Toppfer, Eugène Pottier, connu de tout le monde artistique et industriel pour un ornemaniste de talent, s'était contenté de cette réputation , sans autre ambition que de l'accroître par des travaux de plus en plus remarquables. Chaque année le Salon contenait
loi LES MEMBRES DE LA COMMUNE.
de lui quelque nouvelle œuvre. On le remarquait, on l'applaudissait. La critique constatait ses progrès, et les commandes ne lui manquaient guère. Dans les conversations entre camarades, il amusait le tapis de quelques boutades socialistes , exaltait Fourier, qu'il savait par cœur, et faisait des vœux pour la réalisation des plans élaborés par l'auteur de la Théorie des Quatre Mouvements. Mais il paraissait vouloir se contenter de eet enthousiasme platonique, et se tenait, quant au reste, dans une réserve absolue. Timide d'allures et de caractère , il dut être étonné lui-même de l'audace qu'il montra plus tard.
Pottier faisait partie de l'Internationale depuis un an seulement. Son nom figure pour la première fois dans les archives de l'association, le 20 juillet 1870, au bas d'un manifeste adressé par les internationaux de Paris à leurs collègues d'Allemagne , en vue d'étouffer dans l'œuf le conflit franco-hispano-prussien. La guerre est déclarée; le siège est mis devant Paris, Pottier entre dans le iSi'^ bataillon de la garde nationale, est nommé adjudant de sa compagnie, et se tient à l'écart pendant les échauffourées du 31 octobre et du 22 janvier.
En décembre, il avait été choisi par ses ca-