‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 62 sur 142 · POTTIER · texte numérisé non relu

POTTIER

niarades comme délégué au Comité central. C'est en cette qualité quil prit part au mouvement du 18 mars et qu'il s'employa, corps et âme, au triomphe de la Commune.

Sa signature reparut alors au rez-de-chaussée d'une affiche monumentale, émanée de la chambre fédérale des sociétés ouvrières, et contenant maint conseil aux électeurs pour les élections communales du 26 mars. Le 31 mars, il adhéra, de concert avec les membres de cette même chambre, aux décrets de la Commune sur la conscription, les loyers et les engagements du mont-de-piété. Eniin, le 14 avril, dans une réunion provoquée par Courbet, Pottier montra le bout de Toreille. Il nous apprit le véritable motif de sa sympathie pour l'insurrection. Il put mettre la main sur sa marotte et se proclamer, lui, le modeste artiste, législateur des arts !

Son rapport sur l'institution d'une fédération artistique nous a été conservé. Il est simple, clair, ingénieux. On est toutefois surpris dr'y rencontrer des articles qui contrastent étrangement avec les idées et les intentions de la Commune.

Eugène Pottier, qui n'avait pu obtenir aux élections du 26 mars un nombre de voix suffi-

icr, LES MEMBRES DE LA COMMUNE.

sant, se présenta de nouveau le 22 avril et obtint dans le même arrondissement, celui de la Bourse, 3.352 suffrages.

Nommé délégué à la mairie du quartier qui venait de l'élire, en compagnie de Johannard, Durand et Serailler. il s'occupa presque exclusivement de l'administration de l'arrondissement, et prit peu de part aux délibérations de l'Hôtel de ville. C'est à peine si le rédacteur de V Officiel S2i\X écrire son nom: il l'appelle tantôt Potier, tantôt Pothier. puis à la £n Pottier. Il fut un des trois signataires d'une proposition tendant à instituer une commission supérieure de comptabilité. Le 6 mai, il ne sut présenter un amendement que pour le retirer aussitôt. Le 18 mai il se plaignit de ce qu'un commissaire de police s'était permis de fermer une église dans le 2^ arrondissement avant de l'en avoir avisé.

Ce n'était pas, comme on voit, l'homme des mesures révolutionnaires. Bonhomme au fond, et même un peu Prudhomme , il fut l'instigateur d'un arrêté qui fermait les maisons de tolérance. Arrêté facile à prendre, d'ailleurs, les légions de THôtel de ville fourmillant de cantinières qui n'avaient point d'autre recommandation que leur origine douteuse.

P ROT or. 1(57

Qu'est devenu Eugène Pottier> On n'en sait rien encore.

PROTOT.

'était un drôle de sire que ce délégué à la justice. D'abord avocat sans cause, puis médecin sans malade, il est bien naturel que n'ayant rien à faire il se soit jeté dans toutes les sociétés secrètes, dans tous les complots, toutes les échaufFourées de la fin de Tempire. Avorton de deux métiers, fruit sec sans avenir, il était bien naturel encore que la Commune l'absorbât et s'en servît.

De grande taille, mais mince, il avait un air étrange aussi peu agréable que possible. Tète peu expressive et cerveau de petite intelligence^ il avait le crâne allongé conique et recouvert de cheveux très-noirs et toujours coupés en brosse. Un entêtement rare lui servit de génie. Par un travail incessant, acharné, il parvint à savoir quelque chose, peu de chose il est vrai.

Ses commencements furent difficiles. Né de parents très-pauvres, en Côte-d'Or, croyons-

i68 LES MEMBRES DE LA COMMUNE.

nous, il dut donner des leçons pour vivre et achever ses études, difficultés qui aigrissent le caractère et que le patient ne pardonne jamais à la société. Il collabora au Candide de Tridon, fut pris avec lui dans la salle de la Renaissance en 1865 et mené à Sainte-Pélagie.

Là il parvint à s'échapper et se cacha chez un ouvrier du faubourg Saint-Antoine, se souciant peu de la prison préventive et attendant le jugement. Ne pouvant sortir et ennuyé, Protot, plus galant que reconnaissant, séduisit la femme de son sauveur sans songer sans doute aux fonctions dont la Commune l'investirait plus tard.

Condamné a quinze mois de prison, il se constitua prisonnier, mais, soupçonné par Tridon de connivence avec la police à cause de sa fuite, il fut mis à l'index par les détenus de Sainte-Pélagie et y mena une existence des plus solitaires, honni et évité par tous.

Une aventure scandaleuse ne changea point les sentiments de ses compagnons. La femme de l'ouvrier venait voir le prisonnier à Sainte-Pélagie sous prétexte d'en prendre soin ; le mari, soupçonnant autre chose, se lit suivre par un commissaire de police et le directeur de la prison, et, donnant un coup de pied dans la porte de la cellule de Protot, eut des preuves flagrantes des

PROTOT. 169

relations que sa femme entretenait avec lui. Celui-ci, à son tour, accusaTridon d'avoir averti le mari, et tous deux restèrent depuis ennemis irréconciliables.

Protot écrivit encore dans la Rive gauche et dans plusieurs petits journaux semblables, tués par la sixième chambre dès les premiers numéros.

En mai 1870, lorsque la police impériale inventa le joli complot des bombes, Protot fut du nombre des inculpés. Il fut arrêté dans son domicile par le commissaire Clément dans des circonstances assez dramatiques. La poursuite commencée contre lui fut abandonnée. Il défendit quelque temps après l'assassin Mégy, défense qu'il avait instamment demandée.

Protot, qui depuis longtemps suivait de trèsprès tous les agissements de l'Internationale et qui, dès 1866, avait pris la parole au congrès de Genève, connaissait le complot du 3 1 octobre et était désigné comme ministre de la justice. Le mouvement échoua et le ministère de Protot tomba dans l'eau, pour un moment du moins.

Il fut nommé membre de la Commune, le 26 mars, par 18,062 voix, dans le 11^ arrondissement et fut dès lors délégué à la justice, fonction qu'il ne quitta plus, étant de toute la Com-

mune le moins impropre à les remplir. U Officiel est rempli de ses arrêtés, de ses notes, de ses propositions, modifications de mille sortes que le bon Protot faisait dans son département, toutes choses éphémères qu'il serait puéril de rapporter.

Notons seulement que lé délégué à la justice prit sa délégation au sérieux et qu'il se donna un vernis de rigorisme qui allait bien avec ses fonctions, mais qui jurait fortement avec sa conduite passée et même présente. Il obtint à la Commune tout ce qu'il demanda et ce, sans conteste : Protot parlait beaucoup et abasourdissait ses collègues d'un savoir que presque aucun d'eux ne pouvait contredire ni contrôler.

Qu'est devenu Protot? Point d'interrogation. Celui-ci dit qu'il est pris, celui-là qu'il est mort, le troisième soutient qu'il sest enfui. Il en est ainsi de tous à peu près, et le voile qui couvre la fin de quelques-uns des communeux ne sera jamais levé. Ceux, qui sont morts ont pu ne pas être reconnus, ceux qui ont fui ont intérêt à ne pas se faire connaître.

Page 1