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'^j;^ lOLETTEàla façon de Philippe et de ^ Lonclas, Puget se tenait à Técart de ivS)-:ai£/l la Commune, non par modestie, mais par crainte. Son passé fort louche n'aurait pas gagné à être connu, notre homme craignait l'œil de Rigault et restait chez lui.
Du reste Puget n'en travaillait pas moins à domicile. Logé à la Villette dans la rue Clavel, personne ne s'entendait mieux que lui dans les perquisitions à opérer chez ces jeans-f outres de réactionnaires. Il était parvenu à se faire estimer — estime de canaille à canaille — par les communeux de son quartier. Il y commandait un bataillon et y jouissait d'une grande influence. Il avait été comptable chez un banquier de la rue Lafayette.
Nommé par 9,547 voix, le 26 mars, dans le 19® arrondissement, il vint deux fois seulement aux séances de la Commune pour y demander des mesures contre les réfractaires.
Il défendit Passy, se battit sur la barricade de la rue des Lilas et fut arrêté chez lui au commencement de juin.
ELix Pyat est né à Vierzon (Cher) en f'ç^y'^y- 1810. Intelligence précoce, à 16 ans <^->^'^l il allait étudier le droit à Paris. D'un orgueil immense, que soutenait bien et sa personne et son talent, au lieu de rester au barreau après avoir été reçu avocat, il embrassa avec ardeur les idées révolutionnaires qui lui promettaient un avenir plus rapide.
Il se jeta à corps perdu dans le journalisme, et dès cette époque on voit percer dans ses écrits son amour exagéré des ouvriers. Le sort de cette classe l'occupa uniquement pendant toute sa vie. Il n'eut d'autres dieux, d'autres soucis que l'ouvrier, ce travailleur des villes qui, frotté d'une certaine instruction, se laisse prendre aux billevesées humanitaires et devient le pivot de toutes les révolutions.
Cet amour se fit sentir jusque dans les drames de Pyat; l'ouvrier, ce martyr à bon compte, se vit plaindre pendant cinq actes, dans la pièce des Deux Serruriers^ et il ne fut point oublié dans les autres ouvrages dramatiques du futur membre de la Commune : Une Ré-
volution d'autrefois, le Brigand et le Philosophe, oAngo, oArabella, Cédric le Norvégien, Mathilde, Diogène et le Chiffonnier. Une Révolution d'autrefois, avec le sous-titre : Les Romains che^ eux, n'eut qu'une représentation. Un ventripotent personnage y était constamment appelé gros, gras, bête. La police, qui rit à ses heures, y vit la satire de Louis- Philippe, et interdit la pièce, mais les trois épithètes restèrent au roi.
Tout en faisant du théâtre, Félix Pyat ne cessait point d'écrire dans les journaux. Il passa successivement au Figaro, au Vert-Ve7-t, au Corsaire, à presque tous les journaux littéraires de l'époque, au Siècle, au National, puis à la ^fonne. Un pamphlet inséré dans ce dernier journal, fait contre Janin et intitulé M.-J. Chénier et le Prince des critiques, lui valut six mois de prison pour diffamation.
En 48, le gouvernement provisoire le nomma commissaire extraordinaire dans le Cher^ son département. Il fut nommé député à l'Assemblée législative de 1 849 et fit partie de la Montagne, n fit un long discours pour réclamer la liberté de la presse, qu'il viola en 71; signa à la suite des journées de Juin une protestation tendant à éloigner f armée de Paris et à comprendre tous
les citoyens dans la garde nationale, ce qui ne l'empêcha point de désarmer vingt ans plus tard les bataillons qui auraient pu gêner son pouvoir arbitraire. On cite encore de lui : le discours contre l'élection d'un président et le discours sur le fameux droit au travail, cette jolie niaiserie qui plaît tant aux gens qui ne veulent pas travailler.
Le lo juin, il se trouva mêlé au complot, il avait signé la protestation des 148 députés de la gauche, et suivit Ledru-Rollin aux Arts et Métiers. On sait comment finit la chose. Ledru- Rollin s'enfuit par un vasistas, et Pyat, on ne sait par où. Ce dernier se réfugia d'abord en Suisse, puis en Belgique, puis en Angleterre. A l'avènement à l'Empire de Louis Bonaparte, Pyat, n'opérant pas lui-même, — on sait pourquoi,— promit à celui qui tuerait l'empereur la moitié de sa fortune — qui ne tenta personne.
Il publia en exil deux volumes : Loisirs d'un proscrit et Lettres d'un proscrit qui fait suite. Il fit, en 1858, l'apologie de l'attentat d'Orsini et fut pour ce fait traduit devant les tribunaux anglais, qui ne crurent pas devoir le condamner. Il n'osa se fier à l'amnistie de 1859; mais en 1869. pris de la nostalgie du pays, il écrivit à Victor Hugo une longue épître démon-
trant que, pour sauver la France, il fallait être en France.
Le prudent poëte, qui se trouvait heureux sur son rocher, répondit par un vers, et Pyat rentra seul. Il alla directement à Vierzon, son pays, puis revint à Paris, où il collabora très-activement au Rappel, auquel, à différentes fois, il avait déjà envoyé des articles de Londres. Il se présenta comme candidat inassermenté aux élections à l'Assemblée, et n'eut que peu de voix.
A partir de ce moment, la popularité de Pyat s'en va en lambeaux. Il avait vieilli de vingt ans et changé de point en point. Ce n'était plus le beau de jadis; la pensée s'était en allée de sa plume, qui n'avait plus que du clinquant; et pis encore, le vieillard s'attira une réputation de lâcheté qui ne lit que s'accroître avec le temps.
Invité à un banquet d'ultra-radicaux à Saint- Mandé,Pyat, indisposé, dit-il, sentant la police dit-on, ne s'y trouva point, mais y ht lire par le hdèle Gromier son toast à la balle, composé à l'occasion de l'assassinat de Victor Noir, et depuis tant de fois répété.
Ici se place un des épisodes les plus connus et Jes moins prouvés aussi de la vie de Pyat. Ce
n'est qu'une légende, mais légende tenace dont Pyat ne put plus se débarrasser. Une immense manifestation eut lieu à la suite du cercueil de la victime du prince Bonaparte, toute l'armée et toute la police étaient sur pied, l'empire craignait une émeute. Pyat, lui, craignant une arrestation, — il était à ce moment-là condamné à dix-sept mois de prison — alla se fourrer dans un bateau à charbon et y resta pendant huit jours. C'est Rochefort qui avança le fait.
Plusieurs fois condamné pour ses articles du Rappel^ inquiété pour le toast à la balle, et fatigué d'une vie militante, Pyat repartit pour Londres et s'y tint coi jusqu'au 4 septembre 1870. Impliqué dans le procès de Blois à cause de ses visites à Brunereau, il fut condamné par contumax, le 9 août 1870, à cinq ans de prison et à 6,000 francs d'amende.
Rentré à Paris quand tout danger fut passé, Pyat fonda le Combat^ qui n'eut jamais beaucoup de succès et ne se lit remarquer que par ses violentes attaques contre le gouvernement et les diverses perlidies dirigées contre Rochefort; celui-ci, qui semble avoir eu la charge de donner l'épithète convenable à chacun de ses confrères, se contenta de l'appeler vieillard et d'éditer l'historiette ci-dessus contée.
Pyat fut poursuivi après le 31 octobre, mais l'instruction commencée contre lui fut abandonnée, quoique le mouvement soit dû en partie à son journal. Le 2p octobre, le Combat portait, dans sa première colonne et dans un cadre noir, la nouvelle de la capitulation de Metz. Le Combat fut supprimé par l'arrêté du général Vinoy et remplacé par le Vengeur.
Pyat fut élu aux élections du 8 février 1871 et se rendit à Bordeaux. Là, première de ces demi-démissions dont Pyat eut la spécialité. Il déclara qu'il n'assisterait pas aux séances de l'Assemblée, mais qu'il gardait le mandat que lui avaient contié ses électeurs.
Les électeurs du 10^ arrondissement envoyèrent Félix Pyat à la Commune. Notre homme, dont la coutume était de parler beaucoup mais de loin et de ne pas se montrer, ne joua pas à la Commune le rôle que lui réservaient son passé et son talent. Après avoir approuvé la suppression des journaux, il eut honte, la blâma et saisit le prétexte de l'admission illégale des membres qui n'avaient pas la majorité pour donner sa démission.
Le vieux républicain qui, pour conserver intacts ses principes, avait supporté lexil et bravé la prison, ne put résister à une députation de
citoyennes qui lui démontra qu'il était nécessaire au bonheur des communeux. L'ambition aidant, le galant Pyat retira sa démission et reparut à l'Hôtel de ville.
Il fit d'abord partie de la commission executive, puis fut nommé au Comité de salut public, pour lequel il avait voté. Ce fut, sans doute, un mauvais tour de ses collègues qui, craignant quelque démission ou quelque évasion nouvelle, le mirent aux premiers rangs.
Sitôt qu'il le put, il sortit de ce comité et s'occupa de fusionner les diverses sociétés républicaines constituées dans Paris, sans y parvenir.
Sitôt que les soldats eurent mis le pied dans Paris, Pyat, naturellement, disparut; on l'a dit parti en ballon, ce qui est trop dangereux pour qu'on y croie. Une lettre apocryphe, publiée par un journal suisse, prouve évidemment que, cherchant à dérouter la police, le brave est encore à Paris.
Ce qui caractérise Pyat, c'est le venin bavé dans tous ses articles. Il fut comme une bête hargneuse au milieu de son parti, habitué à mordre et mordant aveuglément amis et ennemis. Il fut Fun des instigateurs les plus influents de l'insurrection du i8 mars et c'est lui, surtout.
qui la jeta dans les mesures extrêmes. C'est lui qui inventa les chouans et les Vendéens. On entendait toujours aboyer ce roquet galeux, mais on ne le voyait jamais. Pendant la Commune même, il n'eut jamais de logis avoué. A son journal on ne lui connaissait pas de demeure.
Sa parole pour eux égarait la foule, et il est d'autant plus coupable que, toujours au moment du danger qu'il a provoqué, on le voit disparaître comme un immonde reptile, cyniquement et lâchement.
Au beau temps du romantisme, Pyat fut un Grousset, mais un Grousset de génie. Ses articles faisaient date dans les journaux, et Paris regor-= geait dans les théâtres où se jouaient ses pièces. A vingt et un ans, il avait déjà une célébrité, sa beauté était chose acceptée et Ton disait : Beau comme Pyat. Son style, remarquable surtout par la précision du terme et par une redondante abondance — qui sonnait assez mal dans la bouche des chiffonniers, — semblait inspiré par celui de Victor Hugo : la parenté en était même un peu trop proche; cependant ce style avait un caractère assez distinct pour être dit original.
Ses œuvres et son visage avaient donc valu à Félix Pyat la sympathie qui s'attache à tout ce qui est bien, moral ou physique. Si Texagération
de son radicalisme amoindrit cette sympathie dans la foule, le respect dû aux exilés rétablit l'équilibre.
Aujourd'hui cet homme s'est accouplé à une révolution sans nom. Une ambition effrénée l'a mené où un fatal aveuglement mena Delescluze, et, comme le vieux montagnard, il a renié son passé. C'est le Pyat de 48 qui condamne le Pyat de 71. C'est l'homme qui protesta contre les \iolences de l'Empire, qui juge celui qui aida aux violences de la Commune.
RANVIER.
ES hommes de la Commune sont devenus — presque tous — des hommes politiques à la suite de quelque accident qui les a ruinés ou les a complètement dévoyés. Un tel fit faillite, et, comme Job, n'ayant plus d'espoir, rit de la politique, métier qui ne demande point de frais préalables; tel autre ne put jamais réussir en son état et rit de la politique, métier à la portée de tous. C'est la misère qui lança Ranvier dans les réunions pu-
RANVIER. i8l
bliques,les conspirations, les associations secrètes et la Commune finalement, dernier repaire des hommes perdus qui ont passé par les phases précédentes.
Ranvier était peintre, la nomenclature de ses tableaux est plus longue que célèbre, il brossa plus de toiles qu'il ne toucha d'écus, ces paysages ayant peu de succès et n'ayant jamais orné que sa propre habitation. Une légende veut qu'il ait été marchand de peaux de lapin à la suite de ses infructueux travaux de peinture. Nous croyons que ce n'est là qu'une supposition vraisemblable, mais nullement avérée.
Il abandonna la peinture pour faire de la décoration, devint habile dans son art, obtint même une certaine réputation, gagna beaucoup d'argent comme ouvrier, se maria, s'établit et se ruina comme patron. Bourgeoise odyssée, comme on voit! Un procès intenté par la maison Goupil acheva la ruine de Ranvier.
Ranvier, né en 1817, croyons-nous, avait alors plus de quarante ans. Il était devenu, de simple ouvrier, patron; il n'eut pas le courage de redevenir de patron simple ouvrier. Jusqu'alors laborieux et rangé, il cessa de travailler quand il ne put plus travailler à son compte, et, moderne Démosthènes, il courut les clubs, les
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réunions publiques, les cabarets, s'emplissant la bouche d'injures en guise de graviers. C'est là qu'il se forma cette éloquence, réelle lorsque la fougue l'emportait, qu'il déploya à la Commune. Il lit tant et si bien, que la police impériale l'arrêta et le traduisit devant la 6^ chambre, qui l'envoya à Mazas ; la révolution du 4 septembre put seule l'en tirer.
Ranvier n'était jusqu'alors parvenu qu'à une notoriété de club, ne dépassant pas son public ordinaire très-peu renouvelé ; sa condamnation lui valut une rapide popularité et, — rêve depuis longtemps caressé, — les journaux le citèrent les uns avec mépris, les autres avec éloge, tous lui faisant plaisir en inscrivant son nom dans leurs colonnes.
Ranvier avait trop besoin de vivre sans tra* Vailler et trop d'ambition à satisfaire pour ne point faire partie de l'Internationale et se mêler à ses agissements. Il prit part au 31 octobre, mais fut acquitté. Au sortir de prison en janvier 71, il lit partie du Comité central. Caractère irrésolu, il hésitait longtemps avant de prendre une décision, puis il obéissait à une sorte d'inspiration fatale qui en faisait le fanatique le plus enragé que l'on puisse voir.
Ces boutades forcenées en rirent un des mem-
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bres les plus violents du Comité central et de la Commune, bien qu'il fût d'une nature calme et douce, et qu'il aimât beaucoup son intérieur.
Il subissait une folie furieuse dont l'intensité dépendait du milieu dans lequel il vivait. C'est ainsi qu'échauffé par les colères, aux premiers jours d'avril, il alla sur le champ de bataille à Issy et se battit comme un lion. Sa nature douce reprit ensuite le dessus et Ranvier revint à Paris. Mais lorsqu'il eut vécu quelque temps au milieu de ses collègues, qui se surveillaient de près et enchérissaient en violences les uns sur les autres pour ne pas être suspectés, il fut l'un des plus féroces et des plus énergiques énergumènes de la bande. Aussi le jugea-t-on digne d'entrer dans le dernier Comité de salut public, qu'on pourrait tout aussi bien appeler Comité de la mort. Il signa les ordres de brûler Paris avec un sauvage orgueil d'en être arrivé à ce degré de courage, lui si irrésolu, si timide même.
Etant le plus aveugle, il fut le plus brave et fut tué ou pris et fusillé, s'il faut en croire les récits colportés. Nous croyons Ranvier mort, il était trop emporté, trop peu maître de lui-même pour songer à fuir.
C'était un homme de bonne taille, fortement charpenté, aux joues saillantes, à la bouche
énorme avec d'épaisses lèvres, ligure affreusement grêlée, mais sympathique cependant.