JOSSELIN
o s s E L I N pourrait bien être cet employé du Comptoir d'escompte dont ses camarades se souviendront longtemps. Il avait monté une banque d'assurance pour la vieillesse appelée banque d'avenir mutuel et qui avait pour actionnaires les employés du Comptoir d'escompte. Josselin, au bout de quelque temps de gérance, disparut avec les 30,000 francs que contenait la caisse.
C'était un gros homme ventripotent, à face de chanoine vermillonnée et joyeuse, aimant, comme tous ses confrères, la parade et le clinquant. Il fut l'un des nombreux généraux que le Comité central donna à Montmartre et ne fut point réélu aux élections de la lin d'avril.
Il avait une quarantaine d'années. On ignore son sort.
LACORD.
LACORD.
E fut une des plus grosses trivialités de cette bande triviale par excellence.
Il avait été d'abord cuisinier, puis fut gargotier en chef et tint un établissement dans le 6^ arrondissement. Rigault, Tridon, Eudes, avaient passé, dîné, soupe, fait des orgies et laissé des dettes chez Lacord. Lacord, en cuisinier bien élevé, tournait autour de ses convives, lançait un gros mot pour rire, approuvait toutes les excentricités des jeunes fous et surtout — qualité fort appréciée — n'était point exigeant pour le règlement des comptes. Eudes et Rigault se souvinrent de Lacord au moment de leur splendeur et payèrent les cartes arriérées en donnant au cuisinier une délégation à la mairie du 6'' arrondissement, dans lequel il n'avait pu se faire nommer aux élections du 26 mars.
Lacord déposa la serviette et ceignit une écharpe. Le grotesque gâte-sauce devint terrible, d'autant plus terrible qu'il n'était point respecté et que ses façons grossières et son langage non
émondé dénonçait tout de suite chez lui le cuisinier en rupture d'office.
Comme délégué au 6^ arrondissement, il releva du Comité central. Il en fut membre après les réélections de la lin d'avril, fut délégué à l'infanterie, le 19 mai, et signa l'affiche du 24.
On se rappelle les burlesques placards dans lesquels il traitait le gouvernement d'immonde, prétendait le monde moral en péril et dénonçait les neutres comme des lâches. Le mot ; « Soyons stoïques » est de ce cuistre culinaire, qui s'occupait spécialement des chasses aux réfractaires .
Il a été arrêté. Des perquisitions faites à son domicile ont amené la découverte d'une lettre adressée par lui à Raoul Rigault, et dans laquelle il supplie le procureur de la Commune de ne pas lui régler le montant d'un petit compte qu'il lui avait ouvert autrefois :
« C'est, dit-il, baucoii d'oneur pour moi que vous ayé mangé che:^ moi. »
Français de cuisine, comme on voit.