BERGERET
vesti du commandement de la butte Montmartre, dont le Comité central était ouvertement le maître.
Il paya de sa personne dans l'insurrection, et se montra très-incapable, mais assez courageux. C'est lui qui reprit les canons aux gendarmes à la tête d'un détachement du laS'^ bataillon. Lorsque arrivèrent le 88*^ et le 135^ de ligne, il s'avança lui-même au-devant d'eux et sut les entraîner, non en les haranguant — il ne put jamais faire suivre correctement deux phrases — mais en criant : Vive la ligne!
Il signa toutes les affiches du Comité central et en parut un moment comme l'incarnation. Emporté par sa guerrière ardeur il fit rompre les négociations et demanda que le Comité central préparât la lutte à outrance, Bergeret avait mis écharpe rouge, ceinture rouge, harnachement dans lequel le garçon d'écurie semblait enfoui, costume complété par une épée tenue comme un balai. Une casquette évidemment faite pour un autre envahissait la moitié de la tête du nouveau général et rehaussait sa bénigne figure de l'éclat d'un tour de lauriers.
On lui crut du génie; on lui confia tous les services militaires; on le mit à la tête d'une armée de 30,000 hommes; et, comme Marlborough s'en
28(î LES OFFICIERS DE LA COMMUNE.
va-t'en guerre, Bergeret lui-même partit pour Versailles — toujours en voiture. Le mont Valérien arrêta ce bel élan. On ne savait quand reviendrait Bergeret une fois lancé à la conquête du monde; il rentra, le soir, piteux et dépouillé de sa gloire d"un moment.
La Commune eut beau annoncer que Bergeret lui-même était à Neuilly, Bergeret lui-même eut beau afficher qu'il avait formidablement fortifié Neuilly, Neuilly fut emporté deux jours après, et la Commune dut ouvrir les yeux sur son Marceau, qui lui revenait garçon d'écurie battu et peu content.
Le 2 avril, après un éphémère et peu brillant généralat de quatorze jours, Bergeret était disgracié, et une semaine plus tard le Polonais Dombrowski le remplaçait. Comme fiche de consolation, le palefrenier obtint le commandement de la place Vendôme. Il se consola en venant assister aux séances de la Commune dont , le 26 mars, 14,003 électeurs de Belleville l'avaient fait membre.
Tout à coup on apprit que la Commune, imitant Carthage, emprisonnait son général vaincu. Bergeret avait fait rire, on s'intéressa à lui. Aussi est-ce avec satisfaction qu'on apprit, le 22 avril, qu'il était relâché. Entrant dans la