M. SAGET
Je ne m'éearte pas du tout, je...
M. HOBLOT (qui lient à ne pas se brouiller avec M. Talphary, chez lequel il tliiie souvent, iulenouipaut son clerc) ;
Talpharja raison, Saget. 11 n'est pas question ici de oliant^urs, mais d'opéras comiques. On nous annonce pour .iemain le Petit Chaperon rouge... nous cherchons à nous rappeler le nom (ie l'auteur dn Petit Chaperon rouge... M. Talphary assure que c'est de Boïeldieu... moi je croyais que c'était de Grélry... tkat is the question/
Jà. CORNISSËN (tloUeur, ami de M. Talphary, lequel, pendant le» premiers mots de cet entrylien, était sorti vivement du café, y rentrant avec non moins de précipitalioo, d'une voii éclatante) :
Le Petit Chaperon rouge, opéra comique en trois actes, musique de Boïeldieu, paroles de M. Théaulon. Je viens «la consulter l'alâche.
u. TALPHARY (Iriumpbaut^.
Ahl... TT Merci, Cornissen I
u. R0HL.0T (avec uue uoble résig;aiitlon).
Merci, Cornissen ! U est certain que l'affiche reprô- »#nte la loi et les prophètes...
M. SAGET (à M. Chapu», le clerc d'huissier).
Avec ça que les directeurs de troupes nomades se i-ènent pour mettre ce qu'ilb veulent sur leurs affiches. Peuhl...
il. R0flI,0T(qui a eu la sagesse de ue pas entendre la réflexion d«M. Sugei).
Et qu'est-ce que l'on nous joueavec cela, demain, Cor-
uissen?
M. C0BN1SS£N.
Le Dépit muoursux.
M. HPADLT (épicier)^
Un opéra comique aussi'?
(Explosion d'éclats de rire de la part des lettrés de l'endroit),
CHŒUa DE LETTBÉS.
Ah 1 Ah ! Ah I Le Dépit amoureux, un opéra comique!...
u. PlPAtJLT (interdit).
Et puis... Quoi?... Qu'est-ce que vous avez, messieurs?
' u. iilTAlNE (instiliiluur couiHiunul, — avec une cruelle bonhomie).
Le Dépit amoureux est une comédie de Molière, mon- ■^iôur Pipault... Tout le monde sait celai...
M. PIPAULT (uQ peu aigre).
Tout le monde!... Tout le monde qui a du teiop» à :4»erUre à Ufe et à voi'rdes bôtises, c'est possible.
M. 8AGET.
Des bêtises! On vous en donnera, du Molière, monsieur Pipault, pour l'arranger comme ça !
M. PIPADLT (plus aigre).
Oh! l'on peut m'en donner!... S'il n'y avait que moi pour faire vivre les écrivailleurs et les histrions !...
M. TALPHARY (d'un ton digne).
Libre à chacun d'agir à sa guise, à œ sujet 1... Assurément nous n'avons pas fait la révolution de 1830, chassé Charles X, pris les Tuileries et rendu la liberté à la presse, pour contraindre aucune espèce de sentiments !... Quant à moi, néanmoins, j'avoue que, lorsqu'une troupe de comédiens passe dans notre ville, je considère de mon devoir... de bon citoyen... d'aller lui offrir mon tribut de numéraire et d'applaudissements... A mon avis, la complète indiiférence en matière d'arts est chose... fâcheuse... surtout dans une petite ville comme la nôtre. Réliéehissez-y sérieuse*nent, monsieur Pipauit, — permettez- moi cette observation... tout amicale... — Si chacun pensait comme vous... à Vermenton... c'est-à-dire, si chacun y dédaignait le théâtre... qu'arriverait- il? Que les comédiens cesseraient de nous visiter... nous considérant, à ju&te titre, comme une cité inhospitalière, incapable de comprendre les plaisirs libéraux qui, depuis des siècles, ont été l'un des plus briliunis apanages de notre belle France !
(Ici M. Talphary, tire son mouchoir de sa poche, non pas tant pour se moucher que pour laisser h; ttjiijps de se profinire à un murmure généralement approbateur M. Pipault, accablé sous le poids de l'éloquence du pharmacien, essaye de cacher sa honle dans sa demi-lasse.)
11. TALPHARY (encouragé par sou succès, avec une énergie croissante).
Je le répète donc, — sans chercher à influencer qui que ce soit, à cet égard, et sans me permettre davantage une parole de blâme contre les personnes... qui jugeraient convenable... ou opportun.... de s'abstenir — — comme amateur. .. privé... des jeux de Thalie et d'Euterpe, je suis heureux d'assister à la représentation de demain... comme conseiller municipal, je suis fier de prouver, par mon empressement à me rendre au premier appel de ce» desservants de l'art, qu'ils ont Jes amis à Vermenton... et au besoin, des protecteurs !