XXX. — JOCRISSE AMOUREUX
La pièce de Robert-Gucrin et d'Ernest Bouché était amusante. C'était une sorte de pastiche rajeuni des farces deDorvigny ; mw Jocri&se amoureux , digne pendant de cette Sœur de Jocrisse, où, disait-on, Alcide Tousez, de regrettable mémoire, s'était montré, il y a quelque douze ou quinze ans, aussi comique et aussi bon comédien que l'illustre B.'unet en personne.
C'était à moi qu'était départie la tâche de représenter Jocrisse, et je ne saurais dissimuler qu'en dépit de la bonne opinion de mon talent que j'avais inspirée à mes auteurs, ei dont j'étiis pénétré moi-même. Je ne fusse quelque peu efl'rayé, d'abord, à l'idée de la lourde responsabilité que ce rôle assumait sur ma tête. Mais, mon courage et mon travail aidant, je ne tardai pas, au bout de quelques répétitions, à recouvrer toute mon assurance. . — Très-bien 1 n)a vieille, très-bien! me cria Robert- Ouérin, l'avant-veille de la première représentation. Tu es tout simpiement magnifique!
. -T- Et Ernest Bouché est-il content aussi l
— S'il est content!... Attends un peu. Ernest... hé 1 •JErnest, approche, que Roscibelle interroge ton nez.
- Ernest Bouché obéit. — Son n^z resplendissait.
— Ecarlate, tu vois I reprit Robert-Giiérin en se tournant Vers moi ; je ne le lui fais pas direi Ecarhiie ! Ernest avait ce nez-là le soir on l'on nous joua notre Mariage des toqués, qui eut cent cinquante repiésentations.
Oa te portera en iriumphe a ta première, Rosabelle. Ah çà... et as-tu vu les journalistes ?
— Les journalistes. Non. Il faut donc les voir?
— S'il le faut? D'où sors-tu, mon petit? Comnient I tu es près (ie débuter et tu n'es pas encore allé gratter la plume des princes du feuilletou pour lui demander de t'c'ire indulgente. Tu n'as pas de temps à perdre; prends incontiiieiii une voiture...
— .\;ais je ne Cuunais pas l'adresse des princes du feuilleton, nioi 1
— Demande- la à Coii])art, le secrétaire perpétuel du théâtre. Va, et sois humble, sans servilité, comme il convient à un véritable artiste frrrançais. Au revoir. Noua t'attendons. Ernest et moi, au café des Variété».