IX, — JULIETTE
Sans être un savant, mon oncle avait néanmoins fait d'assez bonnes études pour pouvoir me donner une instruction des plu§ couveuables.
J'étais iptelligem;... — et puis il avait une façon si simple et si avenante d'enseigner... et puis je l'aimais taut... j'étais si heureux des éloges qu'il m'adressait!... — r- Je fis de rapides progrés.
Je travaillais régulièrement six heures par jour, et, le restç du temps, j'avais toute liberté d'aller jouer et me divertir à ma guise.
Comment employais-je cette liberté? Voici : j'avais conservé pour Julien, mon grand frère de lait, une réelle affection; et, de son coté, ce garçon n'était jamais plus content que lor^u'il m'avait à ses côtés. Or, sur les deux heures de Taprès-midi, chaque jour, mes leçons étaienteUes terminées, pssitt!... je sortais aussitôt du presbytère, et je courais à la chaumière de Sophie Gaignette ou à tout autre endroit où Julien m'avait donné rendez-vous. Mqp oncle connaissait mes relations intimes avec Julien et il les approuvait, car il savait que je n'^ivais qu'à gagper, à ces relations. En effet, Ju]ien étoit doué d'uue de . ces natures d'élite, — qu'on rencontre souvent parmi les paysans, '■ — qui, bien que n'ayant jamais été cultivées, ne sont, d'instinct, ignorantes de rien. Ainsi, Julien nageait cooame un goujon... et il m'avait appris à nager comme lui; il était fort comme un Alcide ; il m'avait appris encore, par son exemple, en mille occasions, à développer mes muscles. Adroit et ingénieux, il s'était avisé un jour de construii'e un canot avec do vieilles planches, et je l'avais aidé dans la confection de cett« machine...
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qui n'avait pas trop mauvaise mine, ma foi! Ainsi pour la pêche ou pour la chasse aux petits oiseaux : lignes et engins, nous fabriquions tout ce dont nous avions besoin, nous-mêmes... et, comme pas un dans le village, nous connaissions les ôons coups dans la rivière, — pour prendre trois ou quatre livres de poisson en une heure;
— les bonnes places, dans les bois, pour attraper mésanges, linots et chardonnerets. En quelque saison que ce flit, hiver ou été, printemps ou automne, Julien avait, au fond de son bissac, quelque plaisir k iiotre disposition. Quand nous ne péchions ni ne chassions, nous jardinions. Mon oncle m'avait donné un coin de son enclos en toute
* propriété : où Julien prenait-il les plantes qu'il apportait dans notre parterre? Je l'ignore. Ce qu'il y a de sûr, c'est que mon oncle, lui-même, restait quelquefois en admiration devant ce carré de terre, devenu le point de réunion de tous les spécimens de la liore bourguignonne. Et notez que Julien s'entendait encore à merveille à tailler les arbres et la vigne! Nous avions aussi un autre talent des plus utiles à la campagne. Quelques animaux malfaisants,
— des loirs ou des belettes, par exemple, — étaient-ils signalés dans lo jardin de mon oncle... quelque fouine, quelque putois, avaient-ils fait des victimes dans la bassecour de la ferme... vite on nous appelait, et nous voilà observant les pistes, cherchant les traces, — comme des Indiens de Cooper, — et réussissant presque toujours à surprendre et à punir les ennemis de l'espalier ou du poulailler.
Deux coqs vivaient en paix.. . une poule survint. . .
Le moment est arrivé de dire le point de départ du refroidissement de l'amitié d'Oreste-Aristide et de Pjlade- Julien.
C'était en 1848... quelques mois après la chute d'un trône; une chute dont le bruit n'avait eu qu'un bien faible retentissement à Lucy-les-Bois. Sujets d'un roi ou ci- .toyens d'une république, les habitants de mon cher village Sttvaieut bieo, dans leur ^jros bon sens, <iu'il ne leur en
faudrait pas moins travailler, comme à l'ordinaire, seize heures sur vinyt-quaîro, puur gagner leur pain.
Un matin de septembre, un dimanche, nous péchions des chevannes à la mouche volante, dans la Cure, Julien et moi; cela mordait assez. Un petit vent d'est favorisait notre pêche, en frisant de temps à autre la surface de l'eau sur laquelle sautillait notre appât. Nous avions pria déjà une deiui-doazaine de poissons; encore autant, et nous nous déclarions satisfaits.
Mais le pécheur propoùC, et... les blanchisseuses disposent. Le lieu où nous nous étions établis, supposant qu'un dimanche surtout personne ne nous y dérangerait, était celui où les femmes du pajs avaient coutume de venir la- • ver leur linge. Comme Julien jetait sur l'herbe noiie septième chevanne, des pas retentirent derrière nous dans un petit sentier qui aboutissait du village à la rivière,
— Allons, bon ! fit Julien, il va falloir déguerpir, Ristide; voilù une femme qui vient laver.
Julien ne se trompait pas. Une femme s'avançait, soutenant sur sa tète un lourd paquet de linge; une petite fille la suivait.
Cette femme, c'était Puichèrie, la servante de Catherine Dodet; la petite fille, c'était Juliette, l'enfant adoptive de la fermière.
Pulchérie-Tonneau n'avait pas embelli avec le temps; en revanche, Juliette, qui approchait alors de sa dixième année, commençait à devenir fort gentille. ^
Mais, pour l'instant, la laideur de la servante et la gentillesse de l'enfant u'étaieut pas ce qui nous intéressait, Julieu et moi.
En voyant Pulchérie se diriger de notre côté, Julien s'écria, mi-suppliant, mi-colère :
— Est-ce que vous allez laver là, Pulchérie?
— Qui est-ce qui m'en empêchera? répliqua lasei'rante en riant.
— Dame, ce n'est pas nous, sans doute ; la rivit*e est à tout le monde. Cependant... si vous étiez bien aimable, Pulcliérie... qu'est-ce i^uç ça vous (er^it U«> YOi^ metU*© uu ^eu ^lus loia ?•••
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