II
car, en ces temjDs de corruption, la vérité ne saurait être connue trop tôt.
Il parla ensuite des journaux qui racontaient que les relations entre Tempereur et lui étaient devenues plus cordiales. Il déclara que c'étaient là de pures inventions et que tout changement dans leurs relations était impossible.
C'était pourtant lui qui avait dirigé en quelque sorte son éducation.
Quand l'empereur n'était encore que prince et qu'il habitait Potsdam, M. de Bismarck conçut le projet de le préparer au gouvernement et de lui faire donner dans ce but tout un cycle de leçons. Jusqu'alors, le prince ne possédait que peu de connaissances et ne paraissait pas désirer en acquérir davantage. Il préférait se divertir en compagnie d'officiers et de jeunes gens de cette catégorie. Il était dans le plan de M. de Bismarck de l'éloigner de Berlin et de le faire habiter dans le voisinage de Bellevue. Mais les autorités financières de la cour exprimèrent l'avis que cette mesure entraînerait des dépenses considérables. On décida que le prince recevrait son éducation politique à Potsdam, et M. de Bismarck proposa de lui donner pour maître Herrfurth, le sous-secrétaire d'Etat, qui passait pour un homme fort instruit, surtout en matière de statistique. Le
prince accepta et invita Herrfurth à déjeuner.
Mais, peu après, il déclarait au chancelier ne pouvoir s'habituer à la barbe hirsute de son maître, ni à la sécheresse de son enseignement, ni, surtout, à l'ennui profond que lui inspiraient ses leçons. 11 demanda à M. de Bismarck un autre professeur. Le chancelier lui recommanda le conseiller de gouvernement de Brandenstein. Le prince acquiesça à ce choix et de Brandenslein iut envoyé à Potsdam. Le maître et l'élève déjeunèrent quelquefois ensemble. Mais le prince prêtait si peu d'attention aux paroles de M. de Brandenslein que celui-ci perdit patience et demanda à être pourvu d'un autre emploi.
C'est du moins ce que vient de me raconter M. de Bismarck et que m'a, d'ailleurs, confirmé Bûcher.
Au moment où j'allais me retirer dans ma chambre, le chef m'a prévenu qu'il aurait d'ici peu quelques papiers intéressants à me confier. Je pourrais les copier, si je le désirais, et m'en servir plus tard.
J'ai remercié le chef de sa confiance et lui ai dit que je me considérais entre ses mains comme un petit archer, qui enverrait sa llèche jusque dans le soleil, s'il m'en donnait l'ordre.
Il a souri et m'a répondu :
— Merci, l'occasion s'en présentera peut-être.
Lundi 23 mars. — J'ai vainement attendu toute la journée d'hier et la matinée d'aujourd'hui les papiers que m'avait promis le chef.
Après le déjeuner, j'ai pris la liberté d'aller le trouver moi-même et je lui ai rappelé sa promesse. Je lui ai, en même temps, annoncé que j'avais l'intention de partir demain.
— Pourquoi voulez-vous vous en aller si tôt? m'a-t-il demandé.
— Mais, ai-je fait, j'ai peur d'être à charge à Votre Altesse.
— Jamais de la vie, s'est-il écrié. Je suis enchanté, au contraire, de sentir près de moi un bon vieux camarade des temps jadis. Et puis, vous êtes si tranquille que vous ne dérangez jamais personne.
Nous avons convenu que je resterais encore quelques jours et qu'il me remettrait incessamment les papiers.
Mardi 2ï mars. — Le chef m'a fait appeler et m'a remis les documents promis. Ce sont deux
LES DERNIERES AiNNEES 325
lettres, une longue et une courte. La première est la démission de M. de Bismarck; la seconde une réponse à Tacceptation de sa démission.
Voici d'abord la lettre de démission :