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CHAPITRE II

C'est, on s'en souvient, le 9 mars 1871 que nous fûmes de retour à Berlin. Après quelques jours de repos bien gagné, le travail reprit comme par le passé.

Yoici les notes que je trouve au jour le jour sur mon carnet :

29 mars 1871. — D'après des nouvelles reçues de Paris, il paraîtrait que les choses se gâtent dans la capitale. Un nouveau drame est en train de s'y

jouer; les révolutionnaires y tiennent les principaux rôles. Le 12 mars, l'Assemblée nationale a été élue par le suffrage universel^ et un gouvernement a été établi. Mais, le 18, six jours après, on a déployé le drapeau rouge dans les rues de Paris, et la formation d'une Commune a été décidée.

10 avril. — De nombreux détails viennent de nous arriver sur la Commune de Paris. Les insurgés disposent de cent vingt mille hommes. On peut y ajouter dix ou douze mille républicains plus ou moins convaincus qui sont accourus de toutes parts, de Belgique, de Pologne, d'Angleterre, et à peu près autant de criminels et de malfaiteurs de tous les pays. Une grande partie des gardes nationaux ne servent, paraît-il, que contraints et forcés, et, le moment venu, s'empresseront de déposer les armes. La plupart des communards paraissent être des ouvriers qui, au lieu de moisir dans un atelier, préfèrent faire du tapage dans les rues, donner la chasse à leurs anciens sergents de ville et, par-dessus le marché, toucher la solde quotidienne de la Commune.

Le ^chancelier m'a fait appeler et m'a donné l'ordre d'écrire une série d'articles sur ce sujet.

— Vous ferez surtout ressortir, m'a-t-il dit, le

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nombre extraordinaire d'étrangers de toute sorte que les Parisiens ont appelés à leur aide pour lutter contre le gouvernement légal. Il n'y a pas une autre population au monde qui consentirait à prendre ainsi ses héros au dehors. Ces Parisiens, qui se proclament volontiers la crème de la civilisation, acceptent pour chefs des énergumènes dont les intérêts sont, la plupart du temps, opposés aux leurs. Quelle triste dégénérescence!..

20 avril. — En considération des embarras causés au gouvernement de M. Thiers par le mouvement communard, nous n'avons élevé aucune objection à ce que le gouvernement de Versailles rassemble quarante mille hommes aux portes de Paris.

30 avril. — J'ai eu, ces jours derniers, entre les mains un grand nombre de documents intéressants. Ils ont trait aux négociations que M. Gluseret, le général actuel de la Commune, a entamées avec nous.

Dans une dépêche télégraphique qui porte la date du 10 courant, notre agent à Paris, le général saxon Fabrice, a reçu l'ordre de dire au

général Gliiseret qu'il était prêt à accueillir les ouvertures que la Commune avait exprimé le désir de nous faire et qu'il porterait ces ouvertures à la connaissance du chancelier. M. de Bismarck donnait en même temps Tordre à notre agent de se renseigner sur le point de savoir de combien d'argent disposait la Commune.

A cela, le 21 avril, Fabrice a répondu que la Commune n'avait presque pas d'argent à sa disposition et que, pour s'en procurer, elle avait déjà saisi les caisses de sociétés privées et de particuliers.

Le 23 avril, le chancelier conseille alors à Fabrice de sonder les chefs de la Commune pour savoir s'ils seraient disposés à nous livrer Paris. Il lui recommande, en outre, de s'informer des ressources qu'il peut y avoir dans la ville.

Le 27, Fabrice rapporte que lui et Holstein ont eu une entrevue avec Cluseret et que la Commune de Paris consent à payer à l'Allemagne une somme de 500 millions de francs, dont 300 millions en obligations de la Yille et le reste sous forme de taxes d'octroi. Le général Cluseret demande en échange que les Allemands prennent l'engagement de n'arrêter aucun convoi de vivres et de ne pas rendre aux Yersaillais les forts qu'ils occupent autour de Paris. 11 a, en outre, exprimé

le désir que l'Allemagne tâche d'obtenir unmodus vivendi entre les troupes fédérées et l'armée de Versailles.

Ce modus vivendi^ selon le général Cluseret, pourrait se conclure sur un double principe : l'^La capitale serait désarmée, mais elle ne serait pas occupée par les troupes versaillaises et elle aurait droit à une administration communale qui la protégerait contre le retour des budgets de Haussmann et de Pietri. 2° L'Assemblée nationale actuelle, dont le mandat est expiré, serait dissoute, et un nouvel appel serait fait à la France, auquel se soumettrait Paris. Cluseret a ajouté qu'il ne fallait point s'inquiéter des socialistes et des quelques excès qui pouvaient avoir été commis.

— C'est une simple phase, a-t-il dit, du drôle de mouvement que nous sommes en train d'accomplir!...

Il a affirmé que le siège de la capitale était matériellement impossible, mais il a demandé, néanmoins, que, dans le cas oij, contre toute probabilité, les Versaillais seraient victorieux, nous ne leur permettions pas de détruire Paris. Ce n'était d'ailleurs là qu'un simple désir qu'il exprimait et non pas une des conditions du paiement des 500 millions.

Le général Cluseret a dit encore qu'il ne fallait II. . 2

point nous étonner des négociations qu'il entamait avec nous : ces négociations le faisaient moins soupçonner et attaquer à Paris que des pourparlers qu'il aurait entamés avec le gouvernement de Versailles. Il a pris l'engagement formel de mettre en liberté tous les prisonniers allemands qui pouvaient être détenus à Paris, aussitôt qu'il saurait oii ils se trouvaient; il a promis, en outre, de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour qu'on relâche l'archevêque. Il a insisté surtout sur ce que la Commune désirait avoir notre neutralité, car, a-t-il déclaré, « au point de vue militaire, les gens de Versailles ne nous causent aucune anxiété ».

Le jour même oii cette dépêche de Fabrice nous parvient, c'est-à-dire le 27 avril, M. de Bismarck répond que nous observerons l'attitude que le général Chiseret nous demande, que nous conserverons la neutralité la plus absolue et que nos troupes ne prendront pas part au nouvel investissement de Paris. En même temps et dans la même dépêche, le chef enjoint à Fabrice de se renseigner auprès de Jules Favre pour savoir ce qu'il penserait d'une médiation entre les Versaillais et les insurgés.

Enfm, avant-hier, 28 avril, le chancelier expédie un nouveau télégramme à Fabrice lui ordon-

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nant de garder les relations qu'il a établies avec Gluseret.

« Vous vous informerez auprès du général Gluseret, ajoute M. de Bismarck, si, dans le cas où la capitale serait désarmée et non occupée par les troupes de Yersailles, nos soldats pourraient y tenir garnison. Dans le cas où la réponse de Gluseret serait favorable, vous porterez tous vos efforts sur le gouvernement de Versailles. Vous ferez valoir auprès de lui que l'indépendance communale, tirée des anciens règlements prussiens, n'est pas, après tout, une demande si déraisonnable. Vous devez bien comprendre que si nous arrivons jamais à occuper Paris avec l'approbation des deux partis, en garantissant l'indépendance de la Gommune de Paris jusqu'à ce que les Français parviennent à s'entendre entre eux, nous améliorerons notre situation personnelle et nous nous garantirons contre la mauvaise foi possible du gouvernement de Versailles. G'est pourquoi vous devez faire tout ce qui est en votre pouvoir pour ne pas vous mettre à dos les Parisiens ».

Mais, tandis que la Gommune entame des négociations avec nous, le gouvernement de Versailles, de son côté, ne reste pas inactif et nous

adresse des dépêches, dans un but différent, il est vrai. Jules Favre demande que les troupes françaises soient autorisées à traverser nos lignes afin de forcer l'entrée de la capitale. Il demande en outre que les autorités militaires allemandes enjoignent aux insurgés, conformément à la convention du 28 janvier, de désarmer l'enceinte fortifiée. Le chancelier montre moins d'empressement à accueillir les ouvertures du gouvernement de Versailles que celles de la Commune. Dans une dépêche datée du 27 avril et également adressée à Fabrice se trouve le passage suivant :

« Le gouvernement français nous demande de laisser passer ses troupes à travers les lignes allemandes, par Saint-Ouen. Ji oublie que c'est là une zone neutre, oii la présence des deux armées est interdite par la convention du 28 janvier. Pour que nous lui accordions cela, il faudrait que nous soyons convaincus que l'arrangement que nous pourrions faire avec lui sera scrupuleusement observé de son côlé. Or, nous ne pouvons avoir cette conviction, car il a mis trop de lenteur à remplir ses obligations antérieures et il a montré trop de tendance à interpréter arbitrairement certaines stipulations aujourd'hui encore en vigueur. 11 ne nous a point encore payé les termes

échus, il n'a point encore relâché nos prisonniers de guerre, il n'a point envoyé des instructions claires et péremptoires aux gouverneurs des colonies et aux commandants des stations navales en Extrême-Orient pour la cessation des hostilités. »

Dans la même dépêche, le chancelier, abordant un autre sujet, se plaint que Thiers et Jules Favre interprètent faussement la convention du 28 janvier et il dit ceci :

« Il a toujours été entendu que la conclusion définitive de la paix interviendrait avant aucun paiement. La preuve en est que M. Thiers m'a dit qu'il ne comptait pas commencer ses opérations financières avant deux ou trois mois, tandis qu'il espérait voir le traité définitif conclu avant cinq ou six semaines. Lorsque, donc, j'ai fixé une évacuation partielle après chaque paiement, il était sous-entendu que cette évacuation n'aurait lieu qu'après la conclusion définitive du traité de paix. Il ne saurait y avoir d'autre interprétation de la convention, et, si le gouvernement de Versailles avait quelque doute à cet égard, vous pourriez dire à M. Favre que je préférerais donner à Sa Majesté le conseil de recommencer immédiatement les hostilités plutôt que de voir ainsi faus-

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ser Tesprit de la convention que nous avons conclue. »

l'^'^ mai. — D'après une communication de Fabrice en date d'hier, le colonel de la Haye lui aurait dit que nous recevrions incessamment un mémoire de Thiers. Fabrice a, d'ailleurs, été également reçu par Jules Favre.

Jules Favre a été très étonné des reproches de M. de Bismarck.

— Nous remplissons nos obligations, a-t-il dit, et nous continuerons à les remplir. Nous ne demandons qu'à conclure la paix et nous n'avons signé les préliminaires que dans cette intention.

Il a demandé, en échange, l'autorisation d'attaquer Paris par Épinay et de traverser Saint-Denis et il a réclamé l'interdiction pour la Commune de fortifier l'enceinte, comme il avait été convenu dans la capitulation de Paris.

Jules Favre a ajouté que, si nous refusions d'accéder à sa demande, le gouvernement français serait en droit de dire à la face de l'Europe qu'il avait fait son devoir dans la mesure de ses moyens, mais que l'Allemagne l'avait empêché d'opposer une résistance effective à l'insurrection.

— Il faut en finir ! se serait écrié Jules Favre avec une énergie qu'on ne lui soupçonnait pas. Nous sommes à bout de ressources. Il est temps que nous sachions si la Prusse a Tintention de favoriser le gouvernement de la Commune!...

Fabrice, en réponse, s'est contenté de donner le conseil à Jules Favre de hâter l'envoi du mémoire de Thiers et il lui a dit qu'il ne se rendait pas compte des graves conséquences que sa demande entraînait lorsqu'il désirait que nous sommions la Commune de désarmer l'enceinte fortifiée.

Ce sont tous ces faits que Fabrice rapporte au long dans sa dépêche.

A cela, M. de Bismarck a immédiatement répondu qu'il n'existait aucune convention ni aucun traité qui nous obligeât à venir en aide au gouvernement de Versailles; que nous n'avions aucun intérêt à anéantir l'opposition faite au gouvernement actuel tant que ce gouvernement ne remplirait pas les stipulations du traité préliminaire, mais chercherait, au contraire, à en fausser l'esprit à notre détriment. Le chancelier a terminé sa dépêche en disant qu'il voulait bien, d'ailleurs, admettre qu'il ait pu y avoir un malentendu. 11 a proposé, en conséquence, pour s'entendre définitivement tant sur les garanties

que la France pourrait nous accorder que sur les époques de paiement des 5 milliards, de se rencontrer avec Jules Favre, soit à Francfort, soit à Mayence, le jour qui lui conviendrait le mieux.

Jules Favre vient de télégraphier qu'il serait vendredi à Francfort.

Le chef, lui, n'y sera que samedi, parce qu'il a peur que le vendredi ne lui porte malheur.

3 mai. — Reçu de nouvelles pièces fort importantes.

Fabrice télégraphie de Soissy que, le 30 avril, un attaché à l'ambassade suisse, M. Gahn, sur les instances du général Cluseret, a parcouru toutes les prisons de Paris afin de voir s'il y trouverait encore des soldats allemands. Si oui, ces soldats seront immédiatement remis en liberté. Cluseret a également annoncé qu'il avait réclamé l'élargissement de l'archevêque. Une fraction de la commission executive de la Commune est opposée à cette mesure, mais la vie de Sa Grandeur n'en est pas moins absolument sauve.

Cluseret avait convenu d'une nouvelle entrevue avec Cahn pour le jour suivant, 1" mai, mais, dans les vingt-quatre heures, il a été ren~

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versé et remplacé comme ministre de la guerre de la Commune par le capitaine Rossel.

Nous avons immédiatement donné des instructions à M. Cahn pour qu'il voie le nouveau ministre et pour qu'il maintienne avec la Commune les relations que nous avons commencées.

Autre dépêche importante. Elle vient, celle-là, de Saint-Pétersbourg et porte la date du 26 avril. Le marquis de Gabriac, ambassadeur de France, s'est plaint de nous au prince Gortchakoffet lui a demandé d'intervenir entre la France et l'Allemagne. Le prince a décliné cette proposition. Il a dit à l'ambassadeur qu'il ne pouvait que donner le conseil à la France de s'acquitter strictement des obligations qu'elle avait contractées dans le traité de paix et que ce serait là le meilleur moyen de s'assurer la bonne volonté de la Russie.

A un grand bal de la cour, l'empereur Alexandre s'est aproché du marquis de Gabriac, et lui a confirmé la réponse de son ministre. Sa Majesté a dit textuellement a l'ambassadeur de France :

— Remplissez d'abord loyalement vos engagements, et, après, si vous avez des raisons de vous plaindre, je serai votre avocat. Mais, aujourd'hui, ces raisons, je ne les vois pas.

4 mai. — C'est demain que vont commencer, à Francfort, les conférences qui doivent aboutir à la conclusion définitive du traité de paix. Le chancelier compte partir à huit heures du matin, accompagné des conseillers d'ambassade Bticher, Hatzfeldt et Wartensleben. Jules Favre, lui, est déjà arrivé à Francfort.

Avant de partir, le chancelier m'a fait appeler et m'a donné l'ordre d'écrire un article oii j'exposerai le but de son voyage et de la conférence.

— Il est nécessaire, m'a-t-il dit, que nous arrivions à la conclusion d'une paix définitive. Il faut que la France cesse de se figurer qu'elle va nous tenir encore longtemps suspendus dans le vide. Assez de subterfuges et de roueries!... Vous direz dans votre article que le principal but de la conférence de Francfort sera de discuter de quelle manière l'indemnité de 5 milliards sera payée, de fixer l'époque oii les navires marchands allemands qui n'ont pas été déclarés de bonne prise par les tribunaux maritimes nous seront rendus, de fixer la situation de la Compagnie de l'Est et, enfin, de rectifier la frontière. Il faut espérer que les nouvelles et dernières négocia^ lions qui vont s'engager dessilleront une fois pour toutes les yeux des membres du gouverne-

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ment français, qui ne se sont pas encore rendu un compte exact de la position de leur pays ; il faut espérer que la légitimité de nos droits sera enfin reconnue : c'est un besoin pour nous et une nécessité pour la France.

14 mai. — Le prince de Bismarck est de retour à Berlin. Les négociations de Francfort sont presque terminées. Il ne manque plus que la ratification de l'empereur et du gouvernement français.

Le chancelier nous a raconté quelques détails intéressants au sujet de la conférence. Il paraît qu'après sa première entrevue avec les envoyés français, Jules Favre et Pouyer-Quertier, il était fort ennuyé parce qu'il n'était pas parvenu à vaincre la résistance des deux plénipotentiaires. 11 eut alors une idée de génie et trouva un allié contre ces deux adversaires.

— Je proposai à Jules Favre, nous a raconté le chancelier, d'amener à la conférence M. de Goulard, en sa qualité de membre de l'Assemblée nationale. Jules Favre se montra, d'abord, surpris de cette proposition, mais je lui fis observer que c'était dans son propre intérêt. M. de Goulard ne pouvait, en effet, que se montrer flatté et

reconnaissant, et c'était un allié que Jules Favre se ménageait pour plus tard dans l'Assemblée nationale. Il finit par consentir, et c'est tout ce que je voulais... Le nouveau venu ne se montra pas, en effet, seulement reconnaissant envers Jules Favre, mais aussi envers moi, qui l'avais fait admettre aux pourparlers, et, lorsque les deux autres refusaient de m'accorder ce que je demandais, lui était toujours de mon avis et leur disait : « Mais cédez donc. J'en prends la responsabilité... Je vous assure que ce sera accepté... » Et, lorsque nous nous sommes séparés, Jules Favre, par-dessus le marché, m'a remercié de lui avoir donné le conseil d'amener Goulard.

17 7nai. — Nous venons d'expédier un télégramme au maréchal de Moltke, pour l'informer qu'on pouvait considérer le traité de Francfort comme conclu.

11 doit, en conséquence, prendre ses dispositions pour aider le gouvernement de Versailles dans sa lutte contre l'insurrection. Les troupes françaises auront le droit de traverser nos lignes; les fédérés devront évacuer l'enceinte ; nous devrons arrêter les convois de vivres qui leur sont destinés; nous devrons, en outre, remettre en

liberté 20,000 prisonniers de guerre destinés à tenir garnison en Algérie et dans le Midi de la France. Nous ne devrons pas, toutefois intervenir d'une manière plus effective, les généraux français ayant déclaré qu'ils n'avaient point besoin de notre aide pour réduire les insurgés. Il serait bon, néanmoins, que nos troupes soient massées près de Paris, afin de peser au besoin sur les décisions de l'Assemblée nationale lorsqu'elle discutera la ratification du traité de paix.

18 Y)iai. — Une conférence a eu lieu, à Soissy, entre le général de Schlotheim et le général Borel, chef d'état-major du maréchal de Mac- Mahon. Il paraît qu'une attaque générale va avoir lieu incessamment. L'effort des troupes versaillaises portera principalement sur le bois de Boulogne, Billancourt et le Point-du-Jour. En même temps, l'armée de Versailles attaquera le nord de la ville et tâchera de s'emparer des buttes Ghaumont, d'oii elle dominera la capitale.

Mais, pour que l'opération réussisse, il faut que le cordon autour de Paris se resserre davantage encore, et c'est pourquoi le gouvernement français demande que les troupes allemandes concourent à Finvestissement, afin qu'aucun des

individus qui ont participé à la criminelle entreprise de la Commune ne puisse échapper à la justice.

Lorsque cette demande est parvenue au chancelier, il a, en réponse, immédiatement télégraphié à Versailles que, d'après les stipulations du traité de Francfort, nous devions contribuer à l'isolement de la capitale, nous devions autoriser les troupes régulières à traverser nos lignes et nous devions sommer la Commune d'évacuer l'enceinte fortifiée. Mais c'est tout ce que nous devions faire, et nous n'avons jamais dû prêter le concours de nos armes.

20 mai. — Reçu une intéressante dépêche de Londres. Le duc de Gramont s'est fait remarquer là-bas par son manque de tact. Comme on disait devant lui que les socialistes actuellement à Paris étaient, pour la plupart, venus de Belgique, Gramont s'est mis à prédire le prochain retour de Napoléon III en France et s'est écrié :

— N'ayez pas peur : on va bientôt mettre fm à cette ridicule chose qu'on appelle la Belgique l...

30 7nai, — Les opérations que le général Borel

avait récemment annoncées au général de Schlotheim ont eu Jieu et ont parfaitement réussi. Les troupes de Versailles sont entrées, le 24, par le Point-du-Jour, et la Commune semble écrasée.

19 juin. — Reçu d'importantes dépêches du comte de Waldersee. Il a vu Jules Favre, qui lui a déclaré que Pouyer-Quertier ne serait pas en état de payer le premier demi-milliard avant le 15 juillet, attendu que le ministère des finances a été détruit par la Commune. D'ailleurs, le rétablissement de l'ordre, mentionné à l'article 7 du traité, ne serait pas complet, selon Jules Favre.

Le chancelier, en réponse, s'est contenté d'envoyer un télégramme à Waldersee oii il lui a dit que les observations de Jules Favre étaient impudentes et que si, le l^"" juillet, l'argent n'était pas versé, la France serait considérée comme n'ayant pas tenu ses engagements.

20 jimi. — Nouvelle dépêche de Waldersee. 11 a présenté ses lettres de créance à Jules Favre et a été reçu par Thiers.

Les deux hommes d'Etat se sont montrés particulièrement polis et aimables avec lui. Ils lui

ont annoncé qu'un emprunt de 2 milliards, à 6 °/o allait être lancé sur le marché le 26 du courant. Avec l'argent que cet emprunt donnerait et quelques autres fonds à la disposition du gouvernement, un paiement de 375 millions de francs serait fait incessamment. Mais M. Thiers a affirmé à Waldersee qu'avec la meilleure volonté du monde il ne pourrait pas compléter le paiement du demi-milliard avant le 10 juillet parce que personne ne pouvait prévoir le résultat de la souscription.

Waldersee a insisté pour que le paiement complet ait lieu le i^^.^ en disant que c'était une question de bonne volonté de la part de la France et que, d'ailleurs, l'Allemagne avait absolument besoin d'argent à cette date, à cause des arrangements financiers qu'elle avait contractés. Thiers a répliqué qu'il désirait et espérait pouvoir commencer le paiement le 1", mais qu'il lui était matériellement impossible de rassembler tout l'argent avant le 10.

Le chancelier vient d'envoyer à Waldersee le télégramme suivant :

« Veuillez dire à M. Thiers que sa proposition est incompatible avec l'article 7 du traité de Francfort et que nous ne pouvons l'accepter sans

compensation. Si le gouvernement ne paie pas, le 1" juillet, la somme prévue par l'article 7, nous sommes en droit de considérer cela comme un manquement absolu à ses engagements.

Veuillez ne laisser aucun doute à cet égard à M. Thiers. »

2 juillet. — Le chef m'a fait appeler ce matin. Il était de mauvaise humeur.

— Vous n'avez donc pas donné d'instructions au rédacteur en chef de la Gazette de V Alleynaqne du Nord pour qu'il cesse toute espèce d'attaque contre le gouvernement français?...

— Je vous demande pardon. Votre Excellence, ai-je répondu. Je lui en ai donné plusieurs fois l'ordre verbalement et par écrit...

— Et il ne cesse pas?... Il faut qu'il ait été payé par Napoléon III. Il n'y a pas d'autre explication... Asseyez-vous là et écrivez.

Et le chancelier me dicta rapidement l'article suivant :

« On a beaucoup discuté la question de savoir

si l'indemnité de guerre imposée par l'Allemagne

à la France n'était pas trop élevée et s'il ne serait

pas impossible à la France de supporter le fardeau

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écrasant de 5 milliards. Les uns disent que oui, les autres disent que non, d'autres n'en savent rien. Nous pouvons, nous, considérer l'affaire comme tranchée à la suite du projet de budget que M. Thiers vient de soumettre à l'Assemblée nationale. Sans doute, la France va être obligée de se montrer encore plus économe que par le passé; sans doute, elle va être contrainte d'apporter les plus grands soins au développement et à l'administration de ses ressources. Mais cela lui sera aisé, surtout si M. Thiers a l'heureuse inspiration de réduire le budget de la guerre et celui de la marine.

« Malheureusement, cette inspiration ne paraît pas lui venir, et ces deux budgets s'élèvent même à des chifïres inconnus jusqu'ici. Il paraît que M. Thiers nourrit le projet de renforcer l'armée par une réserve de 900.000 hommes. Cela prouve que la France n'a pas encore renoncé à son projet de vouloir dominer le monde entier; aujourd'hui comme autrefois, elle se cramponne à la phrase superbe que M. Thieis, dans son tour d'Europe, a promenée avec lui : « L Europe ne veut pas changer de maître! » Quoi qu'il en soit, nous sommes en droit de dire que, puisque la France, à l'heure actuelle, est en état de supporter de pareils budgets militaires, l'indemnité que nous lui récla-

mons est plutôt trop faible que trop forte. Les armements formidables qu'elle est en train de préparer constituent un danger et une menace pour ses voisins : ceux-ci seraient bien naïfs s'ils croyaient devoir montrer une indulgence quelconque dans le paiement de l'indemnité. »

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