‹ Les mémoires de deux jeunes mariéesChapitre 23 sur 40 · MATHILDE, DUMONTEL, DELIGNY · texte numérisé non relu

MATHILDE, DUMONTEL, DELIGNY

MATHILDE, en entrant, à Deligny. Non, monsieur, non ! vous voyez bien que c'est impossible !

DUMONTEL. Comment ! déjà de retour de cette partie ?

DELIGNY. Madame ne veut plus en entendre parler.

DUMONTEL. Pourquoi ?

MATHILDE. L'aidcur du soleil m'incommode.

DUMONTEL, à part. Hum! ce n'est pas cette ardeur-là que je redoute le plus!

DELIGNY. Je vous assure, madame, que c'est un temps délicieux pour la pèche, et qu'en se plaçant à l'ombre du feuillage, derrière les grands arbres qui bordent la route.. .

DUMONTEL. Delignv a raison : en se plaçant à l'ombre du feuillage, derrière les grands arbres qui bordent la route... Mais dis-moi donc, derrière les grands arbres qui bordent la route, on est à un quart de lieue de la Seine.

DELIGNY. Non, non, je voulais dire qui bordent Je rivage.

DUMONTEL. A la bouuc heure, (i part.) Maintenant, commençons la lutte, et soyons adroit. {Haut.) A propos, mauvais sujet, je disais bien que je devinerais le motif de cette grande tristesse .

DELIGNY. Comment?

DUMONTEL. Plus tard , nous causerons de cela : quand il s'agit d'amourette, il faut être discret.

MATHILDE. D'amourette ?

DELIGNY. Ne le croyez pas, madame, je suis incapable de... et je te défie bien.. .

DUMONTEL. Allons, allons, calme-toi, délicieux roué !

DELIGNY. Mais tu déraisouncs, et encore mie fois, je te défie de prouver.. .

DUMONTEL. Tu le veux?

DELIGNY. Eh ! sans doute!... parle donc!

DUMONTEL. Connais -tu ce portrait?

DELIGNY, déconcerté. Hein!... ce...

MATHILDE. Un portrait, voyons.

DELIGNY, à part. Celui de ma femme !

DUMONTEL , passant le portrait à sa femme. Des yeux charmants, une bouche ravissante.

DELIGNY. c'est... c'est le portrait de ma sœur.

MATHILDE, rccouaissant le portrait. Je ne me trompe pas!... Amélie, c'est bien elle!

DELIGNY. Hein! plaît-il? [A part.) Elle connaît ma femme!

MATHILDE. Vous ditcs, monsieur, que c'est le portrait de votre sœur ?

DELIGNY. c'est-à-dire... vous connaissez donc l'original?

MATHILDE. Bcaucoup , monsieur ; et je sais qu'Amélie de Sancy n'a jamais eu de frère.

DUMONTEL, à part. Bon ! ça se complique! ça va bien ! ça va très-bien !

DELIGNY, à part. Maudit porlr ?it!

* Duraontel, Mathilde, Deligny.

MATHILDE. Nous expliquerez-vous, monsieur ?

DELIGNY. Très-facilement, madame. [A part.) Que lui dire?

DUMONTEL, raillant. Ou'as-tu donc?...

On dirait que lu n'es pas à ton aii^e.

DELIGNY. Moi î par exemple !

MATHILDE. Enfin, monsieur.

DELIGNY. Enfin madame... (.1 part.) De l'audace î

MATHILDE. Cc portrait...

DELIGNY. J'ai dit la vérité !

DUMONTEL. Comment?

MATHILDE. Améfie...

DELIGNY. Est ma sœur.

MATHILDE. Votre sœur !

DELIGNY. Ou, pour mieux dire, ma bellesœur, puisqu'elle a épousé mon frère.

MATHILDE. Amélie serait mariée !

DELIGNY. Je vous donne ma parole d'honneur, madame, qu'Amélie est mariée.

DUMONTEL. Avcc ton frère? tu n'en as pas ; tu es fils unique.

DELIGNY. Je n'ai pas de frère ! je n'ai pas de frère, moi !... j'en ai trois.

DUMONTEL. Ah, bah!

DELIGNY. Certainement., j'ai d'abord mon frère Jules, l'époux d'Amélie... mon frère Edmond ensuite... et mon frère Edouard.

DUMONTEL. Tu ne m'as jamais parlé....

DELIGNY. Mes frères habitent la Nouvelle- Orléans.

DUMONTEL. Ah ! ils sont dans l'autre monde.

MATHILDE. Mais Amélie, monsieur, Amé- * lie?

DELIGNY. A épousé mon frère Edmond.

DUMONTEL. Edmond !.... tu avais dit Jules.

DELIGNY. Oui, oui, Jules, je me trompe, j'ai si peu l'habitude...

DUMONTEL. D'avoir des frères ?

DELIGNY. Eh, non! de les nommer, puisqu'ils sont loin de moi.

MATHILDE. Mariée! Amélie!... et je n'ai rien su, rien appris !

DELIGNY. Oui , madame , mariée à mon frère, qui, forcé pour désintérêts de fortune de quitter sa femme quelques jours après son mariage, m'avait prié de lui faire parvenir ce portrait, qui n'était point achevé lors de son départ. [À part.) Ouf! je ne m'en suis pas trop mal tiré.

MATHILDE. Oh! je veux lui écrire, lui adresser les reproches qu'elle mérite.

DELIGNY , à part. Lui écrire , diable I j'aurai l'œil sur cet(e lettre-là !

DUMONTEL. C'est cela, écrivez-lui à cette ingrate amie, et moi je...

MATHILDE. Vous , monsieur, vous avez à expédier vos dépêches.

MAGASIN THEATRAL

DUMONTEL. Quollos (U"'pcches?

MATHiLUE. Ces lelircs que vous deviez

écrire.

DELiGNY. Oui, oui ; va, mon ami, va rédiger ta correspondauce.

DIMONTEL , à part. On dirait qu'ils me renvoient tous les deux... [Haut.) Oui, oui, je vais...

DELIGNY, à part. Enfin, nous allons être seuls !

DUMONTEL , tirant sa montre après avoir fait qiiehjtics pas *. Tiens ! onze heures et demie , il n'est que onze heures et

demie je puis encore vous consacrer un

petit quart d'heure.

DELIGNY. Y penses-tu! le temps d'écrire, d'envoyer àia poste...

MATHILDE. D'ailleurs, monsieur, plus vous terminerez vite, et plus vite vous reviendrez.

Dij MONTEE, c'est vrai, le calcul est exact. .. je vais écrire d'abord, et puis... vous comprenez, je voulais.... mais il vaut beaucoup mieux... vous avez parfaitement raison... {A part.) Je ne sais plus ce que je dis.

MATHILDE, à fart. Qu'a-t-il donc?

DUMONTEL. Sausadicu, Deligny.

Il sort.

DELIGNY, à part, faisant un mouvement pour se rapprocher de Mathilde. Enfin , le voilà parti !

DUMONTEL, rentrant précipitamment. Tu n'as rien à faire dire à Paris ?

DELIGNY, reculant. Absolument rien.

DUMONTEL. C'est qu'il ne m'en eût pas coûté davantage Enfin puisque tu m'assures... A bientôt.

DELIGNY. Au revoir.

ENSEMBLE

ddmontel.

Air : Oui, le conseil est prudent, En effet, l'heure s'avance, Et pour ma correspondance, Seuls, je vous laisse un moment.

DELIGNY et MATHILDE.

Partez, partez à l'instant , |u. ^^ ami, l'heure s'avance,

Pour votœ correspondance

ï"^'^', plus q^'^r^^^ moment.

Vous n avez ^ qu un

DELIGNY

Au devoir immoler l'amour, C'est un trait des plus méritoires.

DUMONTEL, à ipart.

Les laisser seuls ; à mon retour, Je consulterai les mémoires.

ENSEMBLE

Oui, le conseil, etc.

DELIGNV et MATHILDE.

Partez, partez, etc.

* Mathilde, Dumontel, Deligny.

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