LK PASSE D UN FONCTIONNAIRE
même, sans doute, avait cbapardée la veille, ■ ua camarade s'approchait à pas de loup, y Douait un bout de âlin, puis, laissant trainer ha corde, il s'en allait un peu plus loin ; alors 1 tirait vivement et se couchait en s'envelopllpant du prix de sou larcin. Le volé, rëTeiilô 1 sursaut, cherchait en vain de tous eûtes wn voleur ; des jurons et des coups de poing B^écb&ngeaient dans robscuritè.
De plus, nous manquions d'eau; on n'avait |)as encore d'appareils distillatoires. Nous tAtions tous obligés d'aller boire à une espèce Kde tonneau dans lequel trempaient cinq ou ^ six biberons ; chacun déûlail et, tour à tour, s'approchait du biberon, en effaçant simplement d'un revers de main la trace humide b|ftis»ée par les lèvres de son prédécesseur. B Certains seraient devenus fous au bout d'un mois de cette vie sale et monoloue, si l'un d'entre nous n'avait eu la bonne idée i'emporler un jeu de loto. Nous passions nos [Ouruéeâ et nos nuits à tirer des quines et des Equataroes.
a compris alors pour la première fois la liaissauce de la cagnotte, cette cagnotte dee
O LES MEMOIKBS DE M. GORON
cercles dont, par mes fonctions à la préfecture de police, j'entendis si souvent parler depuis. Le possesseur du jeu de loto prenait deux sous par partie. Quand nous arrivâmes à la Martinique, nous n'avions plus rien, et lui avait empoché tout l'argent des 600 soldats • passagers !
A la Martinique, je tirai mes premiers coups de fusil, et sans plaisir, je vous l'assure, car ce fut sur des Français, Un bataillon de zouaves, revenant du Mexique, avait' été caserne au fort Desaix. Ces soldats se grisèrent, chassèrent les officiers, levèrent le pont-levis et tirèrent sur notre bataillon d'infanterie de marine quand il arriva pour s'emparer du fort. On se fusilla pendant deux jours, et l'ou ne pénétra dans le fort que lorsque les révoltés eurent vidé les caves. Tous étant ivres-morts, on put faire tomber le pont-levis, et les désarmer pendant leur sommeil- Ce début dans la vie militaire me fut excessivement pénible. Ce n'est pas sur des Français que j'eusse voulu tirer mes premières balles ! J'avais toujours l'idée fixe de ne pas rester l'arme au bras ; dès qu'il me fut permis de