SUBBTÊ ET SON PEUSUNNKL
dans les journaux. Je dois à la vérité de
rer que les railleries de la presse contint aJéine après l'arreslatioa de Ducret,
utût après que ce gamin criminel vint se
îtuer prisonnier.
ne savaient cepeuilaiit qu'ciie partie de
rite, les journalistes qui blaguaient !a ! S'ils l'avaient connue tout entière, ils inl sans doute trouvé un stimulant tout 'SU à leur verve.
Ici en réalité ce qui s'était passé.
cret, après son crime, n'ayant pu voler porte-monnaie eonlenanl six francs, lans Paris à l'aventure. Mourant defaini fatigue, las de coucjier à la belle étoile, misérable prit la résolutiou de se tuer prisonnier, ic le dernier sou qui lui restait, il acheta
urual, poussé par le besoin de savoir .ce disait de son crime, comme tous les as- 3 ; il avait lu ainsi que, ce soir-là, les I- vingts commissaires de police offraient nquet à leur préfet, M. Gragoon, dans les de Lemardeîay, ceux-là mêmes où se
9nt maintenant les bureaux du Journal.
rouve layait
'333 LES MÉMOIRES DE M. QOflON
Avec ce cûlé de cabotinage qu'on retrouve chez l'immense majorité des criminels, il aurait pensé d'abord à venir se constituer priaoQnier chez Lemardelay.
' — Je m'étais dit, raconta-t-il le lendftmaÏD, que mon apparition aurait èlê un agréable dessert pour M. le préfet de polks.
Mais je réfléchis que j'étais trop mal mis fli que, sans doute, on me mettrait à la porle sans vouloir m'enlendre.
Il avait raison, cet assassin de vingt ans!
S'il n'est pas toujours facile à la police d'affê* ter un criminel qui prend bien ses précautions, il est parfois très difficile à un criminel qui désire se mettre à l'abri des intempéries des saisons dans une prison de se fair^ arrêter. Le jeune Ducret s'en aperçut de reste.
Il était' venu jusqu'à, la porte de Letnlfdelay ; réflexion faite, il avait rebroussé cliemin et s'était mis à, marcher au hasard, jusqu'à ce qu^il aperçût, devant lui, la lanterne rouge d'un poste... C'était du cWê d'Auleuil, et il dit au gardien de la pais, «1 sentinelle à la porte :
LA SL'ItETÉ ET SON PERSONNEL 233
Je suis UQ assassin, voulez-vous tn'arr?
Veux-tu me f... le camp, méchant gafil l'agent en lui envoyant un coup de plus'bas que les reins. Je l'apprendrai à loquer de moi:
aïs Ducrei était entêté, il voulait absolut aller e^n prison. De plus, il avait faim. U qu'un délit de plus ou de moins ^graverait pas sensiblement son i:as, et il chez un marchand de vins, où il se fit ir un copieux repas. Quand on lui prêta la note, il dit au patron :
Je n'ai pas d'argent, je suis un assassin, !5-moi arrêter.
En voilà une crapule, qui vient faire du idale dans ma maison ! s'écria le gargo-
t le prenant au coliet, il jeta Ducret de- ,
lui allongeant un coup de pied identique lui de la sentinelle et ajoutant ; Tiens, voyou! voilà comment je me
<t assassin n'avait évidemment pas de .ce. Pourtant, au coin de la rue de la
— Jt-
i,s avoir reM6s»^^^,,g„U.
(;-e3lain3>"l"°\ toe atteler-
t commefÇ»"' «o""»^", jevu» cf.n.in.1.
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n::ÏÏ:U.e„.Me.e.ee.^^
> plus visée de toutes, et je m'aperçus, dès ce Boment-Ià, que M. Macé n'avait pas une imagination (Je romancier comme je me l'étais figuré, et qu'en effet, la mutualité de l'espionsage est la maladie de la police.
J'avais alors une activité énorme, et un besoin de dépenser le trop-pleiu de vie qui bouillonnait dans mes veines. Je ne faisais que suivre les ordres de M. T;iylor dans les œstrucLions criminelles où j'étais encore co-
I Je retrouvai une plus grande liberté d'acfion, pour instruire deux affaires de bandes e voleurs.
[ J'avais une expérience suiflsanle pour ces portes d'instructions et, .certes, les deux faires dont je parle sont curieuses et proufent bien que, de nos jours, les vieilles Iradibns des Cartouche et des MaaJriu se sont pieusement conservées.
[ Je veux parler d'abord de la fameuse bande e Lalong, dit La/'onf, qui me demanda des lechercbessansaombreet qui m'offrit l'occalIoB- d'intéressantes observations psycholo- ^ques.
LES UKUOIttES DE M. GOllON
Ua malia, on arrêtait Lafont en flagrant délit de vol à l'étalage de la librairie FlaiB marioD, sous les galrjrîes de l'Odéou. Le i leur, naturellemeiit, chercha à dissimulêifl son nom etprèteudit qa'îl s'appelait Régnier; mais j'appris très vite L[ue sous le nom de Lafout, il tenait, rue d'Amsterdam, une petite librairie qu'il alimentait avec ses vols à l'étalage des librairies.
Bientôt un nouveau renseignement m'éi^Uirer tout à fait sur la moralité de l'inm^ , vidu.
Sous un troisième nom, celui de Daniel,.
même Lelong a^aitfaiL afficher à la mairie â la rue Drouot la publication de son maria^ avec mademoiselle X... de Z..., une'jeuj 311e d'une excellente famille que l'escrt avait habilement, trompée, et sur son étfl civil, et sur sa moralité.
Ces publications n'avaient pu se faire qan grâce à un certificat de complaisance délivra par le propriétaire de la maison habitée paâ Lelong, et à la production de tout un état civi|| au nom de Daniel que le gaillard avait dérobé*
Un semblable chevalier d'industrie ce de^
'La sl'heté et son personnel 237 lit pas seulement avoir sur la conscieuce le jbl de quelques bouquiua.
I Sa Loulique fut mise en observation et îOus sûmes qu'il était le chef et l'orgauisateur d'une bande.de voleurs jusque-là introuvable et qui dévalisait tous les grands magasins de mercerie de la capitale.
Lelong, avec un machiavélisme exlraordi- ^naire, attirait chez lui des employés de toutes ^Hs grandes maisons du quartier Saînt-Oeuis, ^K'maison Greltou, la maison Cahague et Favrot, la maison Aubinet. et Boudin, etc. 11 s'attachait ces jeunes gens par quelques légers prêts d'argent, et les incitait ensuite à voler des marchandises à leur patL'on pour le rembourser.
Dès que ces malheureux avaient volé une première fois, ils étaient à ia merci de Lelong. Ce misérable les obligeait, à continuer en les menaçant de les dénoncer... Des marchandises avaient été volées pour des sommes considérables et je saisis, salle Graiïard, pour 30,000 fr. de rubans.,. Mais l'incident le plus curieux de toute cette affaire fut celui qui se passa à la cour d'assises.
LHS Ml^MOIRES DE M. GOROV
J'avais été appelé, par l'avocat de l'un des prévenus, comEue témoin à décharge, et malgré moi, simplement parce qu'il me semblait que cola était juste, j'appelai l'indulgeucB du jury sur les malheureux jeunes gens qui avaient été les victimes du chantage particulier de Lelong et qui avaient été obligés, en quelque sorte, par lui, à devenir des professionnels du vol.
L'avocat général me St appeler au moment de la suspension d'audience, et noua eûmes une explication aigre-douce.
Comme il s'étonnait de voir un magistrat « témoin à décharge », je lui répondis que je croyais que le premier devoir d'un magistrats était de dire la vérité, de témoigner suivant s^ conscience, et non de faire condamner sévère-^ ment de pauvres dialîles déjà bien suffisam — ment punis par huit mois de prévention.
Cet incident m'attrista, car j'ai toujours es — timé que les individus arrêtés sont des vaincus, pour lesquels on doit avoir de l'induli^ence,* mais il m'apprit aussi quelque chose que i j'ignorais encore, et qui fit évanouir mon dernier enthousiasme social.
LA SDflETÉ ET SON PERSONNEL
Il n'est que trop vrai que beaucoup de ma- "S'Slrals considèrent comme un échec personnel l'acquittement ou môme la diminutioQ de la peine- On doit saluer ceux qui, comioe M. ravocal ë^uéral Blondel, dans un procès récent, ont ^^ Courage d'abandonner franchementeL loya- ^^tUt-nt l'accusation dès qu'elle apparaît in- ^"-^-ffi^samaieut jualiSée. J'ai toujours cousiduré *ï*-ie ce taux point d'honneur des magistrats ***-ait certainement ce qu'il y avait de plus ur- S^iat à réformer dans notre système judi- ^» a-ire.
I—u vérité, du reste, c'e^t que les mayistrata ^^ Sont point, en quelque sorte, responsables ® oet état d'àme [larticulier. Ce sont les liabi- ^U.es, les préjugés de la société actuelle qui *^til créé, Daus tout le monde du Palais, y ^ïlipris les avocats, on blague le magistrat '*'*-»aut fouclious de ministère publiu qui u'ob-
I. ^^lit pas une coudamuatiou. Et, cependant, hue de progrès accomplis déjà, depuis la sup- RTessiou du résumé du président!
I Je vois d'ici beaucoup qui diront : <t En M^oilà une étrange sensiblerie, chez un poli-
,„ demande 1. 8^^ ^^^„,,, "ï"; et d»m»»»« ; sociaux, y
pelils-
,mvsl««='
LA SUnETÉ ET SON PEHSONNEL 241
banité et aussi des injustices commises, dans service de la Sûreté auquel aboutissent, ns qu'on s'en doute, presque tous les rouages B la vie parisienne.
I Et certes, ces bandes organisées, continuant
isqu'à la fin du dix-neuvième siècle les Ira-
titions de la pègre du mojen âge, sont une
des questions les plus intéressantes de la mo-
^rale et de la police.
^KAprës la bande des voleurs de magasins, ^^BUâ la bande de la • Vulige », qui avait la ^Kécialitè de dévaliser les villas de Paris.
^H Ce fut le hasard, comme toujours, qui mil ^^ police sur les traces de ces bandits.
Un matin du mois de janvier, au petit jour, trois individus entraient dans la gare de Belr-Ceiuture, porteurs d'énormes paquets. Uu irdien de la paix, intrigué par les dimensions I ces paquets, voulut leur poser quelques lieslionsj Aussitôt, deux prirent la fuite, et ^ troisième, saisi au bras par le gardien de t paix, lira un revolver pour se défendre.
f L'agent, aidé du chef de gare et de deux iiployés, le ficela comme un saucisson, et on me l'amena. C'était uu individu déjà condamné
'42 LES MÉMOIRES DE M. aORON ^^W
plusieurs fois el qui ne cUercba pas à nier longtemps. Il raconta qu'avec deux de ses coiTipiices il avail dévalisé une maison de Saint-Mandé et qu'il faisait partie d'une bande qui avait la spécialité de ce genre de vol...
J'en fis passer dix-huit eu cour il'assJses : le chef, Guillaumat, dit la « Volige », parce que son proQI avait assez l'aspect d'une planche mal rabotée; ses deux lieutenants, Boulonné^ dit le « Ronfleur u, et Poussin dit le « Zouave »^ étaient des types vraiment étranges. Toua jeunes (le chef n'avait pas vingt ans), il^ s'étaient mis en marge de la société el se doo.naienl pour voler plus île mal, certes, qu'il n« leur en eût fallu pour travailler. Lesauecdotaa amusantes ne manquèrent point aux débats.
Ces voleurs ne cièdaiguaieut pas la fumisterie. Ils laissaient volontiers des lettres Îac^ tîeusescbez les personnes qu'ilsavaienLdév^* Usées. Celle-ci, pur exemple :
« Cher monsieur, nous n'avons pas voul^ prendre aujourd'hui les poussins, qui soxjl trop petits et trop maigres. Nous reviendroo' dans un mois. Quant aux lapins, soyez iriOquille, nous vous enverrons les peaux sitûl
qu'ils seront dépouillés. Excellent, voire vio, mais il u'y en a plus. Vous ferez bien d'écrire -au foDrniaseur. »
Le plus drôle, c'est que les voleurs entoyérent les peaux de lapius, et, euviroii uu ois après, égorgèrent le restant de la volaille. La liiiude se subdivisait en plusieurs troupes 5"! farfois se reucoutraieut la nuit sans s'élre lomie rendez-vous dans les maisons qu'ils *ïalisaient. C'est ainsi qu'on s'égaya à la our li'assises au récit de quiproquos plus "■Usants que des vaudevilles, t'u Soir, Poussin et Boutonné s'étaient iul^duits dans une maison, rue des Abun- 'Bces. N'y trouvant personne, comaje ces ^^t messieurs ai maîent à prendre leurs aises, s'installèrent confortablement pour passer '^ Ouit, après avoir exploré la maison en tous ®^8 et fait quelques petits paquets. La bande, ** effet, pratiquait religieusement le principe ^^fcliiste de la prise au las, et chacun tralUait pour son propre compte ; cela empé- Ut les difScultés du partage.
SDutonné, entrant dans la chambre à couler, et trouvant le lit fait, s'y était couché
iJs
■ oO»"'" r«vè tfeo'.™*"' 'copain-
pis vraiment extraordinaire. Elle était par-
, notamment, a dévaliser entièrement,
KBuzenval, ]a villa dti commandant Henry.
i avaient pris pour quinze mille francs de
îijoux et d'argon terie.
Dans la maison du commandant Henry, il B passa encore une scène vraiment épique.
P Boutonné et ses hommes avaient envahi la Ha dans la nuit du 21 janvier. Ne pouvant but emporter dans un seul voyage, les malfaipurs revinrent le lendemain. Ou pfuL juger leur stupéfacliofe, quand ils virent les lustres de la salle à manger éclairés et, autour de la table, Poussin et quelques camarades en train de souper copieusement et de vider les meilleures bouteilles du commandant.
Boutonné, furieux, en vertu du droit du iremier occupant, ordonna à sou camarade de i céder la place. Poussin répondit par le mot 3 Cambroune à la bataille de Waterloo: .
\ Alors, les deux bandes sautèrent sur les Bmes accrochées aux murailles, les sabres, lesépées, les vieilles colicbemardes, et penlant, quelques minutes s'engagea uu combat ligue des chevaliers de la Table-Ronde.
mmmi
346 LKS MÉMOIRES DE M. OORON ^^H|
Déjà, le sang couiail des deux cûtèâ, quand Poussin demanda à parlementer. Il Bt observer que le butin était assez riche pour qu'on se le p:irtageM. Sa proposition fut acceptée d'enthousiasme; tout le monde s'embrassa j les blessés se pansèrent mutuellement et l'on triuqua fraternellement.
Tous ces misérables, réunis à des flUe^ publiques de la plus vile calOgorie, faisaiei*-, de larges hombances, car ils savaient prendra», partoul, volailles, lajiius eL vins fins. Ce q«^j m'intéressa le plus, dans l'iiistruction dacctt.e affaire, ce fut de pouvoir étudier de près le recrutement d'une associatinu criminelle de ce genre, et cette élude, sur laquelle je reviendrai dans la troisième partie de cet ou* vrage, est d'autant plus curieuse qu'elle , explique comment il peut exister un monde ^1 spécial de criminels, et comment ceux qui y ' entrent une fois ne peuvent plus jamais ea sorLir. ,
L'année précédente, Poussin, qui avait élft ,1 condamné nue première fois pour vol aveo 'j effraction et portait déjà parmi ses codétenus le surnom du Zouave, sans doute parco
LA SUHETÉ ET SON PEnSONXKL
^u'il était resté longtemps maréchal des logis fie spahis, se trouvait à la prison Je la Santé dans l'atelier où l'on fabriquait les lanternes en papier. A côté de lui était un jiîune détenu blond nommé Boutonné, avec lequel i!
se lia. Boulonné était un ancien élève de ' Ecole centrale, qui, au sortir même de I École, n'ayant pas de fortune, mais, en re- '"Uiiche, une fringale de plaisirs, s'était mis
■ vivre d'expédients et d'escroqueries. Il finit
■ ■'^^ échouer sur les tianci de la police correc- ■^«nnelle.
fuut près d'eux, était un troisième cun- '«*rnué pour qui la prison n'avait plus de '^-<irets, car, recéieur de profession, il avait l»i déjà plusieurs condamnations.
'«tj individu, nommé M trouva le
yen d'engager, avec Poussin et BouLonné, (ie ces conversations à voix sourde que
les
prisonniers savent avoir, sans donner
''^Vejl aux gardiens. Leurs peines finissaient fi'esque ii la même époque ; ils firent des pro- J^ls (l'avenir... et l'avenir, pour eux, ne pou- ^^'^èirequele vol.
"ar voici le plus terrible danger delà société
moderne, peul-élre. La prison, maintenant, , retranche un homme de la vie ordinaire, plus ^ encore, s'il est possible, qu'autrefois. Elles .^ sont rares les maisons où l'on peut enlrer^rj sans moijtrer son casier judiciaire. Plus rare^ ^ encore, celles qui acceptent le travail d'nc»malbeureux flétri par une condamnation.
Ou a tenté de faire quelque chose dans c^mci ordre d'idées, mais on u'a rien fait de bi^^^ j sérieux. Et cependant, la situation e^t gra^^^i^ quand on songe qu'il passe chaque ano. ^9 près de 200,000 individus dans les prisons de France. L'a.rmée du crime, dont il estai souvent question dans les livres, il n'est pu difficile de voir comment s'en fait le recrul ment obligatoire !
M , le vieux récidiviste, n'eut pas grand'
peine à s'entendre avec Poussin et Djutoané, et quand il leur proposa d'organiser un6 bande pour dévaliser la banlieue de Pi ils acceptèrent avec joie... Une l'ois sortis prison, tous trois se retrouvèrent, et crulement de la bande se fit à. peu près dflj même façon que, jadis celui des sergents cru leurs.
ICe fut dans les cabarBts des environs de la ace Maubert que M , enrôla quelques
TÏeux complices, jadis condamués avec lui, puis des maçons qu'une grève mettait sans ouvrage.
Je n'avais pas eucore été à môme de m'oecuper d'anarchie ; néanmoins, je fus surpris du caractère particulier des réponses de certains affiliés de cette bande, et de la façon dont un des principaux, oommé Gallicher, recrutait des camarades.
— Ce sont tes riches qui sont les voleurs, disait-il, et nous ne faisons qu'user de notre ^Jroil en leur reprenant ce qu'ils ont pris.
^BTels étaient k peu près les arguments dont ^Ballicber se servait pour décider des ouvriers exalté-^ par des prédications révolutionnaires â s'associer pour voler.
N'est-il pas étrange que les pliilosijpbes, les sociologues qui se passionnent pour des problèmes qu'il est bien plus difficile de rê- PDdre, ne comprennent pas que là est l'i
nger le plus immédiat?
JCombien de volontés fermes, de courages pàomptablea, d'intelligences alertes sont per-
250 LSS KÉMOirtES DE U. I
dus pour la société par ce recrutemeuL incea- B8Dt de l'associalion criEnicâLle ! Et combien, ^ saos doute, revieaO raient facilement au bienxix' «n et rendraient d'immenses services, s'il étai»i iii possible de leur permettre de s'évader du vicef ^^!,
U y avait plusieurs aouées que j'étais cbe^--^*ef ' de la Sûreté, quand ou m'amena un iudivldu.» Ju pris en Qagraut délit de vol au Louvre. Ilavai^ j'i ' le visage bâlé, fatigué, et une allure élrang. -^^e qui me frappa tout de suite.
Cependant l'homme, qui avait été pris e :^n ûagrant délit au moment où il glissait di dentelles dans sa poche, niait contre tou évidence. Enfin, il donnait un faux étiit civi refusant même d'indiquef son domicile.
Ce qui me frappait en lui, c'était sa tou' nure quasi-élégante, et en même temps di formules de langage tout à fait prétentieuse^' qui iudiquiiieut bien en lui un voleur de pr •*)■ fession... A mesure qu'il parlait, je réfléchi, ssais, et peu à peu la mémoire me revenait.
— Allons, interrompis-je au moment où ^ racontait sur sa famille je ne sais plus qia.^ boniment, c'est inutile, mon garçon, decouf" nuer vos histoires ; je vous connais, puisiji
Pureté et son personnel 251 moi qui vous ai lait couUamner. Vous Lafont ilit Lelong.
eflet c'élail bien lu chef de U bande des rs de mercerie.
caalheureux, alors, s'écroula sur une B, en disant :
3e suis perdu, n'essaya plus de nier, ci alors il me ra-
comment il s'était évadé de Cayenne, et Juffrances sans nombre qu'il avait endupour... en arriver h se faire preudre de eau au magasin du Louvre.
récit était effroyable. Lafont, après s'être i|>èdu bagne, était tombé entre les [uaias idiens Gallibis qui voulaient le ramener énitencier, afin de loucher la prime. 11 fait fallu, pour l'.:s en empécLier, se faire isclave. Puis, il s'était encore échappé de uveau bagne, plus effroyable s'il estposque l'autre. Alors, il s'était jeté presque ans autre arme qu'un couteau, dans la vierge.
elle torture que ce voyage^[sans Qn où
fallait point dormir pour ne pas être ;é parles crabes, où c'était la lutte inces-
' 25li
LES MËMOIitES DE M. GORJ
saate contre les fauve?, les reptiles, les éléments, la lutte pour la vie... eoGo, et la lutta sans trêve ni merci. Cette fois, le mot avaLi uDe justesse absolue, car il fallait qu'un étrhumain eût une énergie dépassant les forcâQ ordinaires pour ne s'être pas laissé tomber épuisé, sous les lianes, en attendant la mor^~-
-^ Maintenant, je suis tout à fait perJ^ reprit Lafont, quand il eut achevé son réc%; Je vais retourner là-bas. J'y mourtai. On :»3| recommence pas deux fois ce que j'ai fait.
Je lui demandai pourquoi il était venu ainsi se faire prendre bêtement eu flagrant délit dg vol, dans un magasin.
— Que voulez-vous, dit-il, il fallait bien vivre;jeu'avaispasd'autreressourcequelevol.
Et ils sont tous comme cela!
Il faut que toutes les histoires de baudes aient des côtés particulièrement romanesques. | L'hiâloire de Poussin et Boutonné, (jui fourmillait d'incidents curieux, eut un épiiOgufl . Ihéâtral. i
Ils furent arrêtés sur les dénonciations de leurs camarades, dans les environs du Munît au moment où tous deux, à l'aide de faux pi-
^^^^^l SCRETÉ KT SON PERSONNEL 253
piers, se préparaient à se marier pour faire une Su el devenir des bourgeois cossus.
L'un allait épouser une fermière fort ù son aise; l'autre, une maîtresse d'hôtel fort jolie, et très riche. U y eut même une scène de larmes et d'évanouissement, dans laquelle lea deux fiancées voulurent arracher les yeux aux gendarmes.
Mais je veux passer rapidement sur toutes les affaires que je commeuçai à instruire pendant que je n'étais que sous-chef de la Sûreté, et sur lesquelles je reviendrai quaud je raconterai ce que je fls lorsque j'assumai, entière, la responsabilité du service. Ici, je ne veux montrer que les euseignements de ohoses que je recevais chaque jour.
Icôté de cette étude du moude criminel, j^prenaîs, ainsi, tout ce qu'il était oëces- Itire de counaitro du moude parisien, de sus petits oiysléres, de ses hypocrisies, de ses (aux enthousiasmes et de sa fausse moralité.
Je me souviens que je fus fort embarnissé nd M. Taylor me chargea de faire une en- [uélesur le prétendu euièvement d'une jeune femme de la colonie espagnole qui, en plein
LBS MÉUOmES OE M. GORON
jour, disait-on, avait été jelée daas une voiture, place de l'Arc-de-Trioniphe, et entrainëeE vers une destination inconnue.
Tout Paris se passionna pendant des semaines pour ce romao, qui, comme tous 1er a romans, mettait en jeu autre chose que de^ questions de senlimeut.
I! y avait une grosse dot qu'un tuteur en; voulait point abandonner, el que le ravisse^^ ne voulait point lui laisser.
Au fond, c'était le ravisseur qui avait la meilleure situaliou, car la jeune femme ét-a/j jolie, et il était incontestable qu'elle l'ainiaii. Ce fut lui, du reste, qui finit, par gaguer h partie, el avec justice, car je ne pouvais m'euipècher de trouver étrange ralliludo de ce tuteur qui, au lieu de furcerle ravissearà rendre l'honneur à sa pupille, en répou3aul,iiû songeait, tout au contraire, qu'à empêcher lo mariage. Ce fut pourtant l'épilogue obligatoire.
Rosine épousa Almaviva et Bartbolo en W pour sa courte honte.
Ainsi finit l'affaire dite du Club des Pannél, qui me donna l'occasion d'apprendre la louta* puissance de l'argent.