‹ Les mémoires de M. Goron, ancien chef de la SûretéChapitre 24 sur 28 · L AFFAIRE DITE DES DÊCOHATIONS · texte numérisé non relu

L AFFAIRE DITE DES DÊCOHATIONS

donner des instr tic lions détaillées sur la façon dont je devais procéder.

n fut convenu que je me tiendrais dans les environs de la maison et que, selon ce que me dirait l'agent qui accompagnerait M. X..., je ferais ou ne ferais p is une perquisition.

J'avoue que je trouvai la conduite du préfet toute simple et d'une correction absolue. Que n'aurait-on pas dit de lui le lendemaiu dans 9 journaux si le dénonciateur èconduit avait lit imprimer que le préfet de police avait relise l'occasion de mettre la main sur une es-

K^i M. GragnoD, ni moi, d'ailleurs, ne pyîons beaucoup à la possibilité de la vente B décorations, mais il nous appanissait, si 1 dénonciation était vraie, que celle femme [ait une intrigante dangereuse, se vantant ftiussement d'avoir des relations avec des personnages importants et sur laquelle il sérail bon de mettre la main.

. Gragnon me remitAin mandat de per-

LBÏlioD, en vertu de l'article 10 du.Code

lllistruction criminelle. Au moment où je le

biltai, le préfet me rappela è. quel point il

avail élé attaqué îd juste meut au sujet do l'a^^ taire Aubauel. — Cet employé, moyennar^ 250 irancs, avait doDUé au Figa.ro la primet*- . «lu plan de mobilisation du 17" corps, — L^^ police, n'ayant reçu aucune plaiate du tn^^ nislre de la guerre, n'avait pas eu à recb^^^ clierM. Aulianel elles journaux d'oppoaitSi^^jj l'accusaient de l'avoir laissé partir poue*- jg Belgique.

Comme je sortais de son cabinet, M. Ongnon me dit encore : « N'Iiêsitez pas à ÎAitdIa perquisition, si voire agent avu quelque ctioM ] de louche. Je ne veux pas d'une autre affaire J Aubanel. » 1

J'exécutai minutieusement le mandai que j'avais reçu.

Je choisis parmi mes hommes un agent iu* telligent, ayant à peu près la tournure d'uB commerçant de province, et lui donnai l'ordce de se rendre chez madame Limouzin, eu compagnie de M. X..., le dénonciateur. Il devait prendre le nom de Langlois, négociaalà Roanne.

En même temps, j'allai meplaceravecdeUï autres agents à la terrasse d'un café de l'ave-

'FAIRE DITB DES DÉCOIIATION

3ue de Wagram, d'où il m'élaîL possible de voir le numéro 32 de cette avenue.

Il était uue heure et demie environ quand mon agent sortit seul de la maisou de madame Limouzin et vint rae retrouver.

Il me raconta en détail sa conversation.

Madame Liuiouzin lui avait répondu qu'elle

était parfaitement à môme de lui faire avoir

— croix de la Légion d'Iiomieur,

■ Mon cher monsieur Langlois, lui avaiU

dit, ce sera tout simple. Il ne vous eu

itéra que 25,0d0 francs. Du reste, pour vous

ivrir, je vous donnerai, en garantie de

[bonne exécution de mes engagements,

valeurs signées parle général A..,, se-

eur. Venez donc demain à midi, je vous

lirai en relation avec deux généraux qui

confirmeront ce que je vous dis et

tous deux, ont leur part de la commia-

[on agent ajouta qu'il avait vu avec stuiction, dans les mains de madame Limoudea lettres portant l'en-téte du ministère [a guerre, lana ces conditions, je n'avais pas à hôsi-

ter ; je n'avais qu'à exécuter les ordres i moQ chef.

Je [léuètrai dans l'appartement de madame Limouzin, accompagné de mes agents, à l'exception bien entendu du prétendu Langlois que je ne devais pas brûler.

Je nie trouvai en présence d'une petite femme maigre, fardée, portant une perruque blonde et dont les yeux avaient une vivacité étrange.

Elle me reçut d'abord avec une polltef maniérée, souriant avec coquetterie, avec une volubililé extraordinaire, elle i l'étalage des hautes relations qu'elle poan dait.

J'entendis successivement les noms du a uéral Thibaudin, du général Boulanger, général G..., du général A..., de députés,' sénateurs.

En même temps, elle me présenta son ma) M. Limouzin, le type même du père nob!

solennel dans sa cravate blanche et sa redingote noire, qui semblait tout ahuri, et ne pas savoir un mot des affaires de sa femme.

Mais, quand madame Limouzin vit que a

L AFFAIitE UITK

DECORATIONS

beaux discours ne produisaient, sur moi, aucune emolion, elle changea d'attitude et devint ironique et insolente.

— Je voua ferai casser, monsieur, me ditelle avec un toupet extraordinaire.

Je haussai les épaules et me contentai de faire ouvrir'tous les tiroirs, notamment ceux d'une tahle placée au milieu du salon.

Je Irt'ouvai des lettres qui, pour la plupart, me semblèrent banales malgré les noms qui les avaient signées, car je savais par expérience que l'on trouvait partout, — chez lesvoh-urs de profession aussi bien que i?hez les gardiens de la paii — des cartes et des lettres de députés.

Quel est le gendarme qui n'obtient pas l'apostille de son député pour sa demande d'entrée dans la gendarmerie? Quel est le voleur de marque qui ne sollicite pas la même apostille pour obtenir sa libération conditionnelle ?

J'affirme, dût la réputation qu'on m'a faite de policier avisé en être compromise, que je ne fus frappe par le contenu d'aucune de ces lettres, même de celles du général Thibaudin, qui n'excédaient pas la ncjïveté de lîien des S5

LES MÉMOlitES DE H. GOttI

missives trouvées par moi chez d'autres iutriganles que madame Limouzio...

Je laissai celle-ci se répandre ea menaces et même en injures, et ue pensai nullemeal à l'arrêter pour oulrages à un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions.

Je n'ai jamais eu Tliabilude d'aggraver Le cas des malheureux que j'arrêtais, ou chez lesquels je perquisitionnais, par une accusation nouvelle.

Je trouvais qu'il était sut'Ssant de leur répondre aussi vertement qu'ils parlaient. Ja n'ai jamais fait poursuivre pour ce délit que les inculpés qui avaient la sottise de me menacer d'un revolver; j'y étais alors obhgô pour ne pas compromettre le prestige du chef sur ses agents.

Néanmoins, j'avais un peu hâte d'ocliapper à ce torrent boueux.

Je mis dans ma serviette tous les papiers saisis et les portai à M. Gragnou. Il est certain que, dans cette précipitation, j^avais manqué h une prescription du Code d'instruction criminelle, laquelle, il est vrai, est rarement appliquée.

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