‹ Les mémoires de M. Goron, ancien chef de la SûretéChapitre 7 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LAPPBSNTl&âAGE DE LA POLICE,

I Je deseeadis à Anvers, el j'avoue qa'apfte

poir fait partir pour Rennes, chez mes pa-

Dt3, ma feisme et me^ enfants, n'ayant plus

1 pocbe poor toute fortune qoe quet^pies

ÀDM de frases, j'arpestais mèUneoliiiae-

ks qaais, rMinettu Jêrdme Patcrot 4

ckarebe ^wae positioti. sociale. C'esC à

pais* û j« m'apeffcersis de la curiosité qu'é-

C'est ainsi, j'ai appris à le reconnaître pa des expériences persouneltes, qu'un rubauo un litre font un bunnéle liomme de celui qui la veille, passait pour un gredin. Les plu arrogants devant une infortune deviennes les plus plats devant une apparence de puia sance ou de notoriété.

Ce récit, d'ailleurs, ne serait point complé si je n'ajoutais que l'hûlelier fit payer à 1 famille du pauvre suicidé — un ancien hau fonctionnaire qui s'était tué dans un accès d lièvre chaude, — cent francs pour ses peine et soins, et que la cuisinière de l'hâta réclama une somme égale pour la perturbatù) qu'avait apportée dans son organisme cetl émotion inattendue I

Peu de temps après, j'eus une autre conata tation à faire qui m'apprit qu'il y avait parfo^ pour un magistrat de bien répugnante besognes dans l'accomplissement de ao devoir. Rue Gail, dans le nouveau quartie Saint-Denis, habitait une fille galante, made moiselle X...; un soir que j'étais seul a bureau, le concierge vint me prévenir qu depuis près d'une semaine il n'avait pas v

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paraître sa locataire et qu'il veoait de s'aper- Toir qu'un liquide nauséabond filtrait sous porle d'enlrôe. J'ai toujours eu une rèpuljninviaciblepourles cadavres. Les longues :ils |)Bssée3 sur les champs de bataille, mes âges dans rAmérique du Sud, où il fallait [fois de si loiu ramener le corps d'un camais tué par un Indien, n'avaient pu ra'aguer- '. ef, chose étrange, je dois avouer qu'au- Litd'liui j'éprouve encore celte répulsion Jle physique, après avoir passé tant d'auîsdana la police. Celle faiblesse chez moi sil telle que je devais me raisonner assez l>Buemeut, et me dominer pour entrer à la irgue, où j'avais affaire si souvent, pour tutater un crime ou nu suicide. Je suis par- 11 à dominer cette répulsion, parce qu'il ilUit, parce que c'était le devoir, mais je *i jamais pu échapper à cette première imessioo.

'e partis donc sans grand enthousiasme Hrlsrue Cail; mais intéressé tout de même 'l'anxiété de la découverte, me demandant Cette femme disparue s'était tuée ou avait ée. AUais-je donc avoir enfin le beau

LES SlÉMOUiKS I

crime qui hanle l'imagiualion de tous les débulanls dans la police ?

On était au mois de juillet, et il faisait une. chaleur torride. Un serrurier avait été réqui-' silionné; quand il ouvrit la porte d'entrée»

une odeur nauséabonde nou3 prit tous à In gorge, bien que la chambre à coucher reslil., fermée. .

— A vous l'hoimeur, monsieur le secrS taire, me dit le serrurier, un peu goguenarâ

Le magistrat ou celui qui le reprèsenlo es comme l'ofScier, il doit toujours donné l'exemple.

Je mis la main sur le bouton de la porte e la poussai; 'il me vint alors une bouffée d'ai? méphitique tel qu'il me sembla que c'était H mort même que j'aspirais. Le hasard voulu' que dans l'obscurité, titubant, n'ayant pla* connaissance de mes actes, au lieu d'àllei tomber sur le lit, où gisaient deux cadavrfl* putréfiés, j'allai tomber devant la fenêtre, iJiM se brisa, et je lis ainsi pénétrer dans côit^ pièce un peu d'air vital. Grandamy, le garçofl de bureau du commissariat, me saisit et 010 porta sur le balcon.

StTlsaAQW DB I.A. POL1CK

J'èlais dans un étut tel que j'eus toutes les BBiaes (lu monde à acheTer mescoastatationâ.

[ '1 y avait quinze jours et non huit jours, pmnie l'avait dit le concierge, que midemoi-

'<>X.., avait disparu.

f C'était l'épilogue d'un drame touchant qui

pil failli me couler la vie! Mademoiselle X...

Pltfurl belle — ce dout je ne pus juger, car

Inie souviens de n'avoir vu qu'une figure

P'e et grimaçante, dans laquelle grouil-

sntîiea vers. Mademoiselle X—, en outre,

El romanesque, elle aimait passionncment

■ tout jeune homme que la famille de celui-

liTïil voulu forcer à la quitter. Dans un

s de désespoir, les deux amoureux s'é-

t asphyxiés classiquement, avec le ré-

fadde Jenny l'ouvrière.

t n'avais pas encore mon premier crime,

fe tiIcDlût j'eus la charge de débrouiller une

Kre criminelle qui me passionna, et me

B l'occasion d'essayer mes facultés d'în-

|lii matin, un ouvrier habitant passage

y vint déposer une plainte terrible contre

I iiomme chez lequel il travaillait et qui

76 LES UËMOlltES DE M. QOHIJN

était un des plus gros iudusLriels du quai lier, en même temps qu'un de ceux doi riioiiorabilité était la plus inconlealée. L pltiiote de l'ouvrier était formelle. II acci sait son patron d'avoir attiré chez lui i petite flUe, une enfant de cinq ans, et d'* voir consommé sur elle le plus odieux d* attentats, M. Collas, immédiatement, ava envoyé chercher l'eofant. C'était une drft de petite créature, es traordiii ai rement graa( pour son âge, qui nous regardait avec d^ yeux sérieux, et répondit avec netteté à tout les queâlioBS. Elle nous donna même, Af. Collas et à moi, la description cumplé de la chambre de l'industriel, en indiqua bien la place de tous les meubles, le suj des gravures et des tableaux accrochés al murailles, et fit la description des man' .objets qui se trouvaient sur la cheminée.

Nous lûmes frappés, comme on peut croire, par cette précision, et, toutes affair cessantes, nous voulûmes mener cette affai jusqu'au bout.

Le père avait consulté uû médecin qui ] avait donné un cerLiflcat terrible. Aucun dot

lappkëntissagk de la poi,ick 'eiuit possible, l'eafant avait bîeu été vic- 'uu attentat ignoble, et la brute qui ce crime avait très probablement pour toujours la malbeureuse petite Wature, S'il se fût agi d'un homme connu pour Q ilépravé, M. Collas n'eût pas bésité un islauLà procéder â l'arrestation de l'inculpé irlequel semblaient peser des charges aussi iTÈs, quelle que lût sa' position sociale.

*ia, par hasard, nous avions été amenés à sur M. X... une enquête minutieuse, à Suiled'une faveur particulière qu'il deman- 'il au gouvernemeni, et nous n'avions releiilisur lui que des renseignements excelûls ; c'était un homme d'une probité com- Wciale incontestée, et un patron s'occupant sort lie ses ouvriers avec une bouté pres- B paternelle. Enfin, il avait la vie la plus îuliére qu'il iùt possible d'imaginer, ne sor- '' jamais sans sa femme et ses flUes. Avait- ■Olc été pris d'un accès de folie subite ?

W' Collas, après de longues réflexions, se lOa il ne pas procéder à une arrestation Qédiate. Un inspecteur passa au bureau de X... et le priait de^venir au commissariat

*78 Les nêuciires an ». gOÏB

pour une affaire gui riittéreâsail. Le malbea reux, qui connaissait un peu M. Collas, artiT au bureau très gai ; il tendit amicalemQQt 1 main au commissaire qui le reçut avec la râ serve qu'imposnit la situalioo, et en deux mot le mit au couraut de L'accusation infâme qï pesait sur lui.

— Mais c'est impossible !... s'écria M. X„ devenu très pâle. Une accusation' àcmblabî contre moi, ce n'est pas sèrieuxl

— Si sérieux pourtant, repartit M. CoUas que voici la déposition qu'a faite l'eiriant.

Et il lut le récit précis de la Qllelle.

— Oui, c'est vrai, rèpojidit l'inforLunèfE bricanl, cette petite était très gentille, eiph: sieurs fois, quand elle venait chercher sa père à la sortie de Tatelier, je lui ai donué de bonbons. Mais, jamais, je le jure, elle n'es entrée daus ma maison !

— Pourtant, lit le commissaire,' cette des criptîon qu'elle dunae de votre chambre, es elle exacte?

M. X..., affaissé, livide, ne put que r* pondre :

— Oui, c'est bien cela. Mais je vous le jua

sur la. léle de mes enfaiils, jamais je ue l'ai

3uèe chez Qioi 1 ftlô pauvre homme sembUiL accablé sous le litis d'une futaille tei-dble.

S... renlra chez lui, et, siiiis qu'il s'en Wtû.t, un service de surveillance l'nt établi à 1 (>orle, [)ouf qu'il lui lût impossible de lirutttlre la faîte s'il en avait envie.

^^ lendemain, à l'heure dite, il revenait au cotncnissarial afin d'être confronté avec la pelite aile. Celle confronlation fut terrible pour '"'■ 'L'enfiinl, avec un grand acceul do sincé- ■■il*. repela tout ce qu'elle avait dît la pre- ^iniere f^ig^ gung omettre un détail. Atterré pmtue un criminel, M. X... ne savait que re-

1"'^ C'est infâme. Je ne suis jias coupable ! t circonslauce aggravante, le malheureux '^'^il que le père de l'enfaul n'etail jamais 1"'* daus son appartement. M. CuUas hésï- ' ïï^tte fois, à laisser en liberté M. X... Il B^olujt que sa culpabilité fût certaine.- I * lui demandai, pourtant, de diEfurerenet je restai seul, daussou cabinel, avec r'iculfie, pendant qu'on reconduisait l'enfant

LES MKMdlnES DE M. GORON

à son père, que uoub n avions point vou laisser assister à la confroii talion, de C que, dans son indignation bien légitifr se livrât à quelque acte de violence.

— Je suis perdu, me dit M. X..., s'éoi lant sur une chaise. Je n'ai plus qu'à i tuer.

— Alors, vous êtes coupaLle? lui répliqu je vivement,

— Moi, fit-il, se relevant, je suis innocf de ce crime répugnant, je vous le jure, me sieur, sur la tête de tous les éires c me sont chers ; sur la lêle de mes filles, i la tête de ma fenjme, sur la léte de ma viei mère qui mourra de ce coup terrible !

Jusqu'à la fin de ma carrière de policier, ; été un sentimental, et je crois qu'au foi cette sentimentalité est la meilleure défei contre les entrainemenls professionnels, fus profondément ému de l'accent de sim rite de cet homme, et pourtant sa culpabil semblait certaine.

— Puisque vous êtes innocent, dis-je M. X..., vous n'avez pas le droit de vc tuer. Voire devoir est de prouver voire ini

LA^PilENTISSAGE. DE LA POLICE

cenc^ Rentrez chez vous, et allendez que le comoci issaire vous convoque de nouveau.

~ Cet homme est ionocent, dis-je à M. Collas, cj liant! je restai seul avec le commissaire. Peut-être, répondit mou patron, qui i"ai t. ijQ ggjjg [pgg Jroit ; mais comment le l"''"*-"ver? Comment expliquer cette accusatiua V

"^ c»us avions eu le temps de recueillir des rt'TiSçiguemeuts sur le père de l'enfant et ces f^'^^eignementsavaienl, été bons. Ilétait gêné, '^''*-*t la réputation auprès de ses camarades "^'l-te un peu sournois, mais il était sobre, ne fréquentait point les cabarets, et jamais il 'levait commis un acte malhonnête.

"^ Voulez-vous me permettre d'interroger '^ père comme il me conviendra? demandai- JeàH. Collas.

- Faites, dit-il; il est encore là, dans le tBJreau des inspecteurs.

Je fis venir l'ouvrier et lui dis à brûlo-pour-

— Plusieurs fois vous êtes allé dans la iiambre de votre patron?

— Obi non, monsieur, répondit-i! étour-

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diment. Une seule fois, il y a longtemps,) porter un puquet qui avait été oublie à J lier !

Mais ce fut tout ; Thomme reprit la I de ses injures contre M. X..., le misôraSi qui avait commis un crime plus lâche qu'uOi assassinat!

Je jugeai que le moment n'èlait pas venu dffi pousser plus loin cet interrogatoire, et, sausu lui permettre de la revoir, je Qs venir le petite fille, uprôs avoir donné l'ordre à Gran damy, mon garçon de bureau, d'aller m'acheter quelques bonbons.

L'enfant, loule joyeuse, suçait un sucre d'orge et me regardait en souriant, quand je lui dis doucement :

' — Tu sais, ce que tu as fait est bien mal. LE bon Dieu to punira. Tu as menti, tu Q'e£ jamais allée dans la chambre du monsieur.

— Le bon Dieu ne peut pas me punir, répondit l'enfant, puisque j'ai obéi ;ï papa ■

— Après tout, tu as raison, repris-je, il faiL ' toujours obéir à ses parenLs. Sapristi, tu a^ ijue bonne mémoire. Tu savais bien ta leçon '

— N'est-ce pas 7 dit la petite^ joyeus»-

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