L APPRENTISSAGE DE LA POLICE
^^ftuîgi, vous me récoitipeusez en me doimaot ^Bes lonbons.
J'^laig entré dans la confiance de l'enfanl ; ce ne tut plus qu'un jeu de lui faire ra- Miter comment son père lui avait appris ce ^ '1 faliaîl dire et surtout la description de la BMffibre, sans omettre aucun détail.
I Cependant, le rapport du médecin étaldis- ■tlla réalité d'un attentat. Cet attentat, qui P™i commis?
I L'enfant ne Bt aucune difficulté de me le ■ Un soir qu'elle était seule à la maison, i* mère Étant sortie pour faire quelques em- J*^™s, un camarade de sou père était veii u, et P'flhrute avait commis sur elle le crime dont f accusait M. X... Elle ne savait mémo pas
■"^ant s'appelait le misérable.
■*6père, toujours sans avoir revu sa fille, "'parât de nouveau devant M. Collas et moi.
'Voua ùtes un miséralile, lui dit le com- Maire; votre fille a tout avoué ; c'est vous ' 'ni avez fait la leçon. Le coupable n'est "M, X.,, c'est un de vos camarades d'ate-
"liomme alors éclata en sanglots. C'était
vrai, M. X... était innocent; c'était un sama rade d'atelier, un Belge, reparti en hfLLe pou sou pays, qui avait souillé l'enfant. Alors, i lui était venu l'idée de profiler de ce mallieu pour se faire donner un peu d'argent pa M. X... que tout le monde disail riche. Jui qu'alors il avail espéré que le fabricant vieu drait lui offrir une grosse somme pour retirt sa plainte.
On peut juger de la joie de M. X... quan il connuî l'épilogue de cette sinistre aventun qui avait failli lui coûter l'honneur. Oe fi lui qui nous demanda de ne pas pousser plt loin l'affaire.
Son ouvrier pouvait être poursuivi poi dônuucialion calomnieuse, mais le seul rèsu tat de cette poursuite eût été un peu de bou sur le malheureux fabricant; car telle est !
puissance du fameux dicton : a II n'y a pi de fumée sans feu », que les gens les pli raisonnables hésitent à confondre la plt odieuse des calomnies, craignant toujours qu les imbéciles ne murmurent : « Tout celae louche. Qui sait s'il n'était pas coupable? »
D'un autre côté, ie père se refusait obstiné
il'PBKNTISSAGK DE LA POLICE
aient .'i Jonner le nom du vpai cou|iable. Il li'y avait qu'à le mettre à la porte en le graliliant Je toutes les êpithéles qu'il méritiiit.
Cet exemple de ce que valent en justice les lémûiiriiages d'enfants m'a, depuis, beaucoup servi. Jamais je n'ai .accepté une accusation portée par un enfant, de la façon la plus ainiple, k pins naïve même, sans la contrôler avec [Jus de soin encore que si c'eiSl été le léiDoigaage d'un voleur ou d'un complice.
Leseufanls savent jouer tous les rûles, et * Isâ jouent avec sincérité, car ils croient m faire en obéissant à leurs parents. Ne les Bïe^Vûus pas, d'ailleurs, tous les jours, au
Wire, étonner le public par la sincérité de p'ieu? On frissonne en songeant au nombre "preurs judiciaires que des témoignages (liants ont dû faire commettre.
t erreur judiciaire qui pourrait faire tomber |tâle d'un innocent, dans l'état actuel de «s législation, l'erreur judiciaire, cette e Épouvantable, dont la perspective ler-
6 le magistrat ou le policier soucieux du tïoir, l'erreur judiciaire est presque Impos- Weli Éviter d'une façon absolue; et, tant que
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je suis resté à la Sûreté, je me suis efforcé dans les limites de mes attributions, d'ob tenir que la peine de mort, la peine irrépa.
rable, ne fût appliquée qu'aux criminels don. la culpabilité non seulement était démontrée mais encore avouée. Cette impression étai telle que jamais je n'ai pu assister k une ex^t cuLiou sans un violent serrement de ccbue même quand celui que le bourreau allai frapper s'appelait Prado ou Pranzini.
Plus j'avançais dans ma carrière de magb) trat, plus je me demandais si la peine irrépà rable n'excède pas le droit de la justice ilc hommes I
Mais cette question de la peine de mort sov lève de si redoutables problèmes que je 1b consacrerai un chapitre spécial, quand je pa^ lerai des assassins i^ue j'ai été réveiller dauâ leurs cellules, à l'heure où l'aube se levait, ob les oiseaux chantaient dans les arbres, pendant que les grands bras de la guillotine se dressaient place de la Roquette.
Si la loi, parfois, paraît plus terribla qu'elle n'a peut-être le droit de l'ôtre, ilert d'autres cas où sa mansuétude est une injlW^
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pice. L'affaire que je vais raconter, et qui fut non début daus les crimes passionnels, en est «preuve bien certaine.
tîn médecin bellâtre, le docleuc Z..., avait pour maîtresse une motiiste dont la boutique e trouvait dans les environs de l'Opéra. En lnqualiiêde bellâtre, Z... était extrémemeut P''''ge: il abandonna un beau jour la mo- B pour une gentille fleuriste qui ilemeu- P'I dans le quartier Saint-Vincent-de-Paul, d la modiste, qui adorait son amant, sul jubile était la rivale qui l'avait supplantée, •^'it'voulnl tirer de celle-ci une épouvantable "^geajice ; elle remplit de vitriol une cafe- 'lere qu'elle cacha sous son manteau, et vînt ■Wleuiire à la porte de son atelier.
, ^fis passants Indignés voulaient lyncher plie misérable. Les agents eurent de la 1 la mener jusqu'au bureau du com- P'"'*ariat- La malheureuse fleuriste était épou- WtaLlement brûlée et, un instant, on crai- Ptpour sa vie. On courut chercher le docpr Z... qui arriva en babit noir, en cra- 6 blanche, aorlanl peut-être de sa soirée pfiançailles, car il se maria peu après. Cet
homme qui, eu réalité, était la cause d'u drame afifreux, semblait se rengorger et dire a Regardez I admirer-moi 1 C'est pour m< qu'une femme vient d'en défigurer une autre.
Ou aurait dit qu'il était fler d'être le héros c cette sinistre aveuture. M. Collas le reçut ava une dureté méritée.
La modiste criminelle ne fut condamna qu'à un au de prison. On a de cesindulgenci pour les héroïnes du vitriol. Mais si les juK qui se montrent si sensibles pour ces crim^ dits passionnels avaient tu le spectacle auqae j';issistai l'année suivante, il est probable qO( leur sensibilité aurait eu à s'exercer aulrS' ment. '
Dix-huit mois après ce crioie, j'élais secrétaire de M, Clément, commissaire aux délèga tions judiciaires, qui m'avait envoyé à l'tiôpila! Beaujon pour je ne sais quelles constalatioBS Je vis alors, dans la lingerie, une malheureusi créature, se tenant à peine. Je visage entiè» ment enveloppé dans des bandelettes, les biai creusés par des blessures affreuses, qu s'avança vers moi, en m'appelant par mm nom.
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—Vous ne me reconnaissez pas, me dit-elle, c'est tien naturel ; moi, je me souviens de façon doQt vous me consoliez lors de cet îiiieat affreux. Je suià mademoiselle X-.., i lut vitriolée. Pourquoi la misérable ne a-l-elle pas tuée? Maintenant, je suis uu lustre si horrible avoir, que je ne puis me tideri quitter l'hôpital. On m'y garde par irUe. Ce que J'ai de mieux à faire, c'est d'y II' ma misérable destinée, m'employant à lies les besognes, et surtout ne montrant Mis aux malades mon visage qui leur ferait "eur.
ïlla répulsion instinctive de l'iiomme pour te les difformités de la nature est telle, s je tlêlournai les yeux, quand elle retira bandelettes pour me montrer son visage Igépar le vitrioi. Involontairement, je sua- 1" 8u lépreux de la cité d'Aoste. Comme lui, ^Oallieureuse était désormais retranchée 'humanité. Et la misérable qui l'avait mise iscei état, cent fois pire que la mort, n'avait Condamnée qu'à une aunéo de prison. Elle t libre déjà ; elle pouvait vivre de lu vie lous, «lie était belle toujours ; la victime
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était condamnée à l'éternel supplice dfl horreur h tous ceuxqui l'approcheraienn
Nevdus semble-l-il pas qu'il y a une dlspro portion terrible entre le crime et le châlimenl Les vitrioleurs et les vitrîoleuses sont cûH damnés pour coups et blessures, et quand \ ictime n'a point tout à fait perdu l'usage d't, de ses membres, la peine ne saurait être graiâ Et pourtant il n'y a pas de crime où la préas ditation soit plus lâche.
J'eslime, quaut à moi, que la femme q attend sou amant ou son mari un revolver 8i . main, et qui lui tire six balles dans la tête, ei moins coupable que celle qui, làcbeœea cache un bol de vitriol sous son manteau.
Sur ce point, il est nécessaire qu'une rS forme législative intervienne. Coudamuiridi être humain à une' vie plus affreuse quelj!
mort est un crime plus odieux qu'un meurlip Il ne faut point oublier que ces atlentalSW vitriol étaient inconnus quand la loi a âflfi faite. Sans cela, il est certain que le législa teur les aurait prévus.
Après cette étude forcée du droit criaiio^ et des crimes passionnels, un hasard mû 9
pAPpilENTISSAGK DK LA POUf^K
ercevoir qu'il y a récUeniBiit un triste rêvera 1 peite belle médaille Je la police, qui m'était I bparue suijerbe, défendaût la société et se fevouant pour elle.
J'avais élé pi'is par la fièvre de ce métier; je iesirats quitter le poste paisible que j'occupais,
il entrer aux délégaliODS judiciaires. Mon camarade Fabre, qui était secrétaire de M. Clê-
Meiii, et qui allait être nommé commissaire ï, m'avait promis de me présenter à
Mil patron, et j'allai un jourle trouver. C'était
'îi première fois que je pénétrais daus le bâti-
nifict (lu quai des Orfèvres.
— Atlendâ-moi un peu dans ce couloir, dit
Pilire; le patrou est occupé en ce moment. Je
Tieuilrai le chercher tout à l'heure.
> promenais daus la vaste galerie mal
^hiU9, par un bec de gaz, et je m'amusais t
egWtler les ècriteaux placés sur les portes :
"Délegalions judiciaires ; — service de Sûreté, [^BEmiinenca... »
Tout ù coup, je sentis une lourde main s'ap- Besanlir suc mou épaule.
"Que faites- vous ici? médit une voix dure.
'ÛveK-ujoi. Allons, et plus vite que cela.
LES liEMÙlRES DE M. GÛBffl
Et UQ robuste gaillard me prouant au collet m'entraînait.
Je n'étais pas encore patient, et mon premier mouvement fat de résister brutalement à cette brutale étreinte ; mais je réQéchis très vite qu'il était assez amusant, pour un secrétaire de commissaire de police, d'èlre arrêté comme un malfaiteur. Je me laissai faire, et tout à coup je me trouvai Lransporlè dans un cabinet que j'ai bien connu depuis, puisqu'il fut le mien, en face d'un homme blond, un peu chauve, à la figure intelligente et fine, qui, 1res courtoisement, me fit asseoir et m» déclara qu'il était M. Macé, chef de la Sûreté. M. Macé, depuis M. Claude, était le premier chef de la Sûreté qui s'était fait une réputation d'habileté et d'énergie. Les journaux no s'occupaient que de iui. On ne parlait que de lui dans les commissariats de police, £t je le regardais avec le respect admiratif du soldat pour son chef victorieux.
— Je vous demande bien pardon, mon* sieur, me dit M. Macé sans se départir de sa courtoisie un peu froide, mais je vous serais très obligé de me dire qui vous êtes e1
l'apprentissage de la pouce 93 fequH vous veniez faire dans celle giilerie?
I J'mis repris tout mon saag-frold el je refondis ; ' -J'avoue, monsieur, que je suis un peu é de la .façon inattendue dont je suis
Juis à l'honneur de faire votre conuaissacce. fsietéamenê devant vous avec une rapidité a pas laissé le temps de voua deman- |llr audience. Je me nomme Goron, je suis le
Wétaire de M. Collas, et j'allendais mon
liFabre, qui doit me présenter à M. Cléjeui, [M. Mace me regardait par-dessus ses
Welles d'ur; il sourit en euLendanl cette fP'ication, et, venaut à moi la main tendue, ledit:
-Excusez-moi, monsieur; je regrette vivefnt la maladresse de cet agent. Mais je suis imenl obligé de prendre des prêcau- PUB extraordinaires. Depuis que je suis en pie avec la police municipale, je suis l'ubjet
•ûevéritable perséculiou. Achaque instant,
"igena du contrôle viennent m'espionner.
jB*t pour cela que j'ai donné l'ordre de con- B«e dans mon bureau toute personne qu'on
verrait stationner dans cette galerie. Cette consigne n'était pas pour vous, évidemment, mais vous avez trop d'esprit pour ne point comprendre la douloureuse nécessité à laquelle je suis réduit.
M. Macé me reconduisit jusqu'à la porte, et les hasards de la vie ont fait que, depuis, nous ne nous sommes jamais rencontrés, à mon grand regret, d'ailleurs, car j'ai toujours eu une estime profonde pour son caractère...
Mais quand je revins vers le bureau de mon ami Fabre, je ne pouvais m'empêcherde faire de tristes réflexions.
Ainsi, ce ne sont pas les malfaiteurs seulement qu'es|)ionnent les gens de police? Ils se mouchardent même entre eux!
L'd vie n'est qu'une longue suite de désillusions.